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Au Louvre, chez Madonna, un pont ukrainien... quand le rap prend d’assaut des endroits improbables (2/2)
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The Carters - Apesh*t (© Capture YouTube)

Au Louvre, chez Madonna, un pont ukrainien... quand le rap prend d’assaut des endroits improbables (2/2)

Suite et fin de notre guide touristique des lieux les plus inattendus choisis par nos amis rappeurs pour leurs différents visuels.

Jay-Z & Beyoncé au Louvre

Pour leur album commun sorti sans prévenir, il fallait quand même un visuel à la hauteur de la notoriété du couple, c’est pourquoi Apeshit a été tourné au Louvre, dans le plus grand des calmes.

Difficulté : on n’a pas le détail mais disons que privatiser le Louvre ce n’est pas le même budget que la location d’un box à Gennevilliers. Il fallait ensuite gérer l’espace et savoir quoi y faire exactement.

Esthétique : on a beaucoup retenu les poses du couple devant les différentes œuvres d’art mais il y a aussi les chorés des danseuses, certains costumes faits pour se rapprocher des œuvres à l’arrière-plan et plus généralement l’utilisation du Louvre, jamais filmé comme un décor de clip de rap auparavant.

Pertinence : le prestige international se pose là, le Louvre étant vu depuis les USA comme un des symboles les plus connus et un des lieux les plus iconiques en matière d’histoire de l’art en général. Et puis on ne va pas se mentir c’était aussi sûrement une excuse pour que le couple Carter puisse profiter du musée sans se faire emmerder par le public. Aux grands maux les grands remèdes.

Orelsan sur un pont en construction, en Ukraine

Pour son grand retour, Orelsan a clippé Basique à Kiev, sur un pont encore en construction. Simple ? Tout est relatif.

Difficulté : la gestion des figurants, la post-prod pour les effets et bien sûr la gestion de ce fameux pont.

Esthétique : le décor donne un côté rétro-futuriste presque post-apocalyptique (ça fait beaucoup de termes bizarres mais c’est pour la bonne cause) et combiné à l’utilisation des figurants, l’éloignement final de la caméra offre un twist pour les fans qui apprennent ainsi la date tant attendue. Sans parler de la version alternative du clip où l’apparition de robots géants à la fin enfonce le clou niveau science-fiction.

Pertinence : le but final était l’annonce de la date de sortie de l’album, grâce à la choré de tous les figurants. Les plus imaginatifs pouvaient aussi prendre le pont en construction comme le symbole de l’album qui se prépare.

Migos et la villa de Madonna

Parmi les nombreux clips qui ont accompagné l’album Culture II on trouve Narcos, où a priori les 3 rappeurs sont juste devant une grande propriété qui rappelle celles des parrains de la drogue de la série du même nom. Sauf qu’il y a un twist.

Difficulté : on ne sait pas trop qui a eu l’idée ni comment ça s’est fait mais l’immense villa qui a servi pour le tournage appartient en réalité à Madonna. Qui doit avoir autre chose à faire que tenter des Airbnb hasardeux avec des rappeurs, aussi connus soient-ils.

Esthétique : c’est un clip assez normal pour le groupe, l’intérêt vient surtout de la communication virale qui a été faite autour par la suite.

Pertinence : cela a contribué à la légende du groupe puisque Madonna a réagi publiquement sur instagram en écrivant "that’s my house in Miami, what are you doing there ??"  ("c’est ma maison à Miami ça, qu’est-ce que vous faites là-bas ??" ) ce à quoi Quavo a répondu un magnifique "trappin".

Kekra sur le bateau de croisière de DJ Khaled

Le clip d’Intermission a été tourné en partie au cours du SummerFest Cruise. C’est-à-dire un festival organisé par DJ Khaled sur un bateau dans les Bahamas, avec A$AP Rocky, Migos, Future et Lil Wayne.

Difficulté : Sachant que toutes les parties du clip sur le bateau ont été tourné sans autorisation, ça a dû être un peu technique d’obtenir des jolis plans. L’autre souci c’est que le rappeur a eu un problème administratif niveau papiers, donc il s’est fait rapatrier jusqu’en France de manière assez cavalière, mais c’est une autre histoire.

Esthétique : c’est un clip d’été donc ensoleillé de bout en bout, que ce soit à Miami, en pleine ville ou sur le bateau. Les séquences sont soignées, et globalement c’est toujours cool les clips sur des bateaux. Faites-en plus svp.

Pertinence : Kekra a toujours souligné le côté sans frontière de son personnage et A$AP Rocky a l’air de très content de lui serrer la main à un moment. Voilà merci.

Booba et le Caesar’s Palace (Las Vegas)

Booba assume toujours plus son côté américanisé avec ce clip shooté par Chris Macari à Las Vegas : on a droit au célèbre Strip où se trouvent hôtels de luxe et casinos, mais aussi le fameux désert du Nevada.

Difficulté : Booba a déclaré plus tard en interview qu’en terme pratiques ce n’était pas forcément idéal puisque concrètement c’est un endroit où il y a beaucoup de passage, donc au bout d’un moment c’était un peu spécial de tourner pendant que des Américains le dévisageaient sans comprendre ce qu’il foutait là exactement.

Esthétique : les plans permettent un effet d’immersion en plein Vegas, évidemment ce n’est pas du Scorsese mais ça suffit le temps d’un clip. Enfin bon ça tout le monde s’en fout, l’essentiel c’est qu’un certain public a pu se rincer l’œil grâce à la plastique de Rosa Acosta, donc fessier/20.

Pertinence : la démesure de Las Vegas fait-elle écho à celle de l’ego de l’artiste ? Vous avez 4 heures. Sinon on peut aussi apprécier la mise en avant du rêve américain dans tous ses excès qui renvoie à ce que vise l’artiste en terme de réussite. Et pis lâcher "fuck la France"  dès le début en étant à Vegas, c’est carrément cohérent.

Sofiane sur l'autoroute

Normalement vous êtes au courant, le rappeur et son équipe ont arrêté la circulation sur une autoroute pour tourner un clip, ça a engendré des petits soucis judiciaires mais ça valait le coup.

Difficulté : entre l’organisation pour coordonner le ralentissement progressif puis l’arrêt des voitures, sortir les caméras pour filmer le plus vite possible, sans parler de la mise en place de la petite table de bar avec l’indispensable café, on est plutôt pas mal.

Esthétique : culot/20

Pertinence : Fianso commençait à avoir sérieusement fait le tour de toutes les cités de France, donc autant passer à l’étape supérieure et montrer que le concept "tourner un clip où on veut" n’avait pas de limite.

Eminem à l'Empire State Building

Dans le cadre de la promo de son album et aussi du film Venom, Shady a rappé le titre du même nom au sommet de l'Empire State Building en exclusivité pour le show de Jimmy Kimmel.

Difficulté : toute l’installation devait être raccord et dans la mesure où c’était un live, malgré les répétitions qu’ils ont dû faire pour se préparer, il s’agit quand même d’une performance one shot de la part d’Eminem. Et on a même Guillermo, le side-kick de Jimmy Kimmel, qui offre une sorte d'interlude comique pour que les spectateurs (et Em) puissent reprendre leur souffle.

Esthétique : entre certains plans séquence qui suivent le rappeur à l'intérieur étage après étage, les plans de fin faits à l'hélicoptère

Pertinence : Venom est un anti-héros Marvel qui a l'habitude de grimper aux immeubles et Eminem se targue d'être le Rap God, donc forcément être au sommet. Par contre rien de tout ça n'a pu sauver la qualité du film qui reste un lamentable étron.

Pins & Dimeh au Grand Canyon

Pour accompagner la sortie de leur projet Nindo, Pins et Dimeh ont choisi de clipper Muchas outre-atlantique, plus précisément dans la région du Grand Canyon. On était en plein été (juin 2017), et c'est vrai que niveau imagerie estivale, ça se pose là.

Difficulté : les rappeurs sont surtout filmés à côté de leur voiture ou près du Canyon Café pendant leurs couplets

Esthétique : les plans sur les paysages environnants sont évidemment réussis et ça change pas mal des clips habituels

Pertinence : Le titre du morceau est en espagnol et Dimeh parle d'Eldorado au début du morceau, donc c'est cohérent. De justesse mais ça passe.

Sch & PNL à la Scampia

Sch et PNL ont tourné chacun un clip dans le quartier qui sert de décor principal à la série Gomorra, qui jusqu’à présent est très populaire chez les rappeurs français.

Difficulté : ce ne sont pas les mêmes contraintes dans les deux cas. Sch a pu être filmé vraiment à l’intérieur ; PNL qui avaient des moyens plus modestes à l’époque, ont dû jouer aux filous et tourner un peu plus loin tout en ayant la cité italienne toujours à l’arrière-plan, en intercalent d’autres plans tournés en France (ceux où ils sont entourés de leurs potes).

Esthétique : dans les deux cas c’est assez réussi puisque le but principal est de faire un clin d’œil à la série, et tous les spectateurs-auditeurs ont clairement reconnu le décor dans les deux cas malgré les conditions différentes.

Pertinence : pour PNL, vu que ça illustrait le morceau Le Monde ou rien, le but est évident, ils ont montré qu’ils ne se limitaient plus à leur cité d’origine, même si on reste dans un quartier populaire il y a déjà du dépaysement. Pour Sch, le rapport est plus direct ; cela amplifie l’univers mafieux qu’il met en scène depuis ses débuts.

Missy Elliott et Da Brat dans l'espace

Missy a toujours été un peu à part. Là où n’importe qui aurait choisi une ambiance bien plus simple pour illustrer un morceau qui parle de sexe, elle s’autorise avec Da Brat un délire SF où elles débarquent sur des planètes inconnues quand elles ne gravitent pas simplement dans l’espace.

Difficulté : ne pas se prendre au sérieux, parce que taper des chorés improbables en costume ridicule devant des fonds verts, ce n’était pas donné à tout le monde à l’époque.

Esthétique : bon ça a forcément un peu (beaucoup ?) vieilli, mais comme le côté dérision était assumé, on peut saluer la réussite de l’aspect série Z un peu folklo et le côté complètement barré.

Pertinence : L’un des plus gros tubes de Missy Elliott se devait d’avoir un clip qui marque les esprits. Bref, un ovni jusqu’au bout.