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Aya Nakamura à Coachella : pourquoi et comment ?
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 Aya Nakamura - Palais des Festivals (Cannes) - Toni Anne Barson
Aya Nakamura - Palais des Festivals (Cannes) - Toni Anne Barson ©Getty

Aya Nakamura à Coachella : pourquoi et comment ?

L’info n’a échappé à personne ce vendredi : l’un des festivals les plus prestigieux du monde, celui de Coachella, accueillera cet été Aya Nakamura.

Une belle consécration pour la chanteuse séquano-dionysienne, qui partagera l’affiche avec des stars du calibre de Frank Ocean, Travis Scott, Lana Del Rey, Rage Against The Machine et Megan Thee Stallion. Aya étant l’une des artistes les plus clivantes du panorama musical français, ses détracteurs ont crié au scandale tout le week-end sur les réseaux sociaux, tandis que ses nakamuros se félicitaient de voir leur idole continuer à repousser les limites. Dans les faits, tout parait donc très simple : ce n’est qu’un nouveau chapitre de la success-story Aya. Mais pourquoi les organisateurs de Coachella ont-ils donc fait ce choix ? 

Les chiffres ont parlé

C’est l’explication la plus logique, et donc la moins marrante : depuis deux ans, Aya enchaine les singles de Diamant en France, explose les compteurs sur Youtube (Djadja approche la barre du demi-milliard de vues) et cartonne dans toute l’Europe (triple platine aux Pays-Bas, double-platine et Italie, platine en Espagne, etc). Elle fait partie des 30 européens de moins de 30 ans les plus influents sélectionnés par Forbes, a fait la Une de la majorité des journaux télévisés français, et déchaîne les passions dès qu’une info sur sa vie privée filtre sur les réseaux sociaux. En bref, Aya est une véritable superstar, elle est l’une des artistes européennes les plus légitimes à l’affiche d’un grand festival international, et qu’on aime ou non sa musique, on ne peut pas nier les chiffres. 

Les organisateurs de Coachella ont voulu taquiner Matthieu Delormeau

Personne n’a vraiment compris pourquoi, mais le chroniqueur-animateur passé par NRJ12 et C8 nourrit depuis quelques temps une violente aversion envers Aya Nakamura. Ce qui semblait avoir commencé comme une blague devient de plus en plus sérieux, et les médias people nourrissent de semaine en semaine leur actualité de gros titres sur la thématique “le chroniqueur tacle la chanteuse”. 

Quel rapport avec Coachella ? Tout démarre en 2016, avec cette séquence que tout le monde a oublié dans laquelle Joeystarr “gifle” Gilles Verdez en direct. Les réactions pas du tout surjouées de Cyril Hanouna et du chroniqueur en question secouent quelque peu les réseaux sociaux, engendrant une pauvre victime collatérale : l’utilisateur Twitter américain “Joestarr187”, un mec qui n’a rien demandé à personne mais qui est mentionné (et insulté) pendant plusieurs jours par les téléspectateurs très malins de l’émission. 

Sa vie ne devient pas un enfer pour autant et le garçon finit même par s’en amuser, mais on connaît le patriotisme américain : s’en prendre à l’un de leurs concitoyens, c’est s’en prendre au pays entier. Pour ne pas risquer l'incident diplomatique, on choisit alors la voie détournée : FBI et CIA travaillent conjointement pour cibler les points faibles de chaque membre de l’équipe TPMP. Après dix-huit mois d’enquête, l’opération Coachella se met en place. On envisage d’abord de faire monter Joeystarr sur scène, mais on se rend vite compte que sans Kool Shen, on aura du mal à faire déplacer les foules. On pense alors à Nabilla : avec un bon coach, un ingé-son chevronné, quelques auteurs, et un bon plan marketing, elle serait parfaite. Alors que le plan est sur le point d’être enclenché, Aya Nakamura explose et devient une star. Matthieu Delormeau la tacle, elle répond : les étoiles sont alignées. L’opération Nabilla est annulée, on passe donc à l’opération Aya. Joestarr187 va enfin être vengé. 

Aya Nakamura n’a pas de casier judiciaire. 

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour PNL et les services d’immigration américains, ça veut dire beaucoup. 

C’est encore la faute de 6ix9ine

Parmi les 16600 noms cités par 6ix9ine au cours des différents interrogatoires subis au cours de l’année 2019, le public et les médias ont principalement retenu ceux de Trippie Redd ou Shotti. Les données fournies par Tekashi sont cependant si nombreuses qu’il faut du temps et énormément de ressources pour toutes les recouper et en tirer des informations concrètes, un peu comme quand le CNRS reçoit des milliards d’informations en provenance de l’espace et ne peut en tirer quelque chose qu’après des années entières d’analyses. La longue liste des données recueillies par les enquêteurs auprès de 6ix9ine comprend donc entre autres le portrait-robot d’une jeune française en voyage scolaire à New-York en 2006 : âgée “de dix à douze ans”, selon le rappeur elle aurait “oublié” de signaler à un commerçant un trop-rendu de monnaie de “1 à 1,50 dollars, peut-être même 1,60. 

Comprenant rapidement que l’information n’aurait pas une grande incidence sur sa future condamnation et qu’il en faudrait un peu plus pour obtenir la clémence des jurés, 6ix9ine panique, jusqu’au moment où il entend, du fond de sa cellule, le remix de Pookie par Lil Pump. C’est l’illumination : en incriminant une star française, il marque un point auprès de la justice américaine. Née en 1995 et donc âgée de onze ans au moment des faits, Aya Nakamura est ciblée comme la principale suspecte dans cette affaire. Côté administration US, on est tellement content de pouvoir embêter les français qu’on en oublie de vérifier si la chanteuse a réellement effectué un voyage scolaire à New York en 2006. Le plan se met alors en place : inviter Aya Nakamura à Coachella et la boucler dès qu’elle aura posé le pied sur le territoire américain. 

Jul a annulé car on ne l’a pas laissé monter sur scène en roue arrière

Si le nom d’Aya Nakamura s’impose assez naturellement dès lors que l’on souhaite inviter un(e) artiste français(e) identifié(e) “musique urbaine” sur la scène d’un grand festival international, d’autres rivalisent avec elle sur le plan des chiffres, de l’influence et de la notoriété, et auraient donc pu prendre sa place. L’un des noms les plus évidents est celui de Jul, qui enchaîne record sur record depuis une demi-douzaine d’années, et empile les tubes avec une facilité assez déconcertante. Le marseillais reste, et c’est ce qui fait en partie son succès, très naturel, et loin de céder aux sirènes du star-system. Il continue à se promener en claquettes-chaussettes-survet, à se balader en trottinette électrique, et à monter sur scène en roue arrière. 

On imagine donc très bien ses exigences au moment où la proposition de Coachella est arrivée sur sa table : 600 invitations pour son cercle très restreint de proches ; quelques canettes de Monster déposées en loge ; et un petit Stunt pour monter sur scène en Y, comme il a l’habitude de le faire. La cascade pose cependant un gros problème d’assurances aux Etats-Unis, la requête de Jul est donc logiquement déboutée. Déçu, le rappeur préfère ne pas donner suite, et repartir rider en trottinette. Coachella tente alors sa chance avec Aya Nakamura, à qui on concède contractuellement “tout type de caprice ne comportant pas d’entrée sur scène sur une ou deux roues.