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Quand le rap francophone se penche sur la protection de la planète
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Roméo Elvis (photo : Gallone)
Roméo Elvis (photo : Gallone)

Quand le rap francophone se penche sur la protection de la planète

Toute cette semaine, Mouv' s'engage pour un environnement plus propre. Mais quid du monde du rap francophone ? Si la plupart des artistes ne considèrent pas cette question comme une priorité absolue, le thème reste présent dans certains textes. Avec un engagement de plus en plus visible.

À l'origine, l’écologie et le rap ne font pas bon ménage. Grosses voitures, jet privés, consommation du streaming... Les artistes ne sont pas très regardants sur leur empreinte carbone. Mais certains rappeurs agissent et réagissent face aux problématiques de la société, en donnant de la voix ou en menant des actions pour défendre des positions, amener à une réflexion. 

Certains, et ce depuis même la fin des années 80, font du rap conscient, et parlent notamment de l’écologie. C’est par exemple le cas avec le collectif Assassin qui en 1992 rappait sur l’avenir de notre monde dans le titre l'écologie Sauvons la planète !, issu de leur album Le Futur, que nous réserve-t-il ? Ils chantaient : "Debout ! Evaluez l'envergure des problèmes ! Ceci n'est pas une demande mais un besoin pour que l'espoir revienne. L'Homme organise sa destruction, analysons la situation pour que vous puissiez comprendre ma vision". Des paroles qui pouvaient être perçues comme avant-gardistes à l'époque, mais qui sont toujours d’actualité.

Des rappeurs plus actuels parlent également de l’écologie dans leurs textes. Caballero et JeanJass par exemple, présents au You-f Festival les 4 et 5 octobre derniers, avaient évoqué la fonte des glaces dans la bande-originale du film Tueurs en 2017 : "Les souvenirs de mon enfance disparaissent peu à peu comme la banquise".

Lord Esperanza quant à lui, évoque, dans Reste à ta place, un message engagé contre le comportement humain face aux changements climatiques. "À la fois victime et responsable des mutations écologiques, le monde se meurt y'a plus d'logique", rappait le Parisien. Il avait également dénoncé les dirigeants des grandes puissances mondiales, qu’il qualifiait de menteurs quant à la réalité de la situation du réchauffement climatique. "Ils disent que nous restons stables. C'est la Macron économie, Donald Trump et Manuel mentent dans les manuels : "le réchauffement climatique est une invention des Chinois". Mais l'on consomme nos réserves terrestres annuelles en 6 mois". 

De ma génération, je suis un peu le seul à le faire

La protection de l'environnement semble être un thème qui tient le rappeur à cœur. Lord Esperanza expliquait au Point lors d’une interview en 2018 : "Mon côté engagé est plutôt mis en exergue. Les gens apprécient parce que, de ma génération, je suis un peu le seul à le faire".

L’écologie reste tout de même une thématique qui peine à s'imposer auprès d'artistes francophones. Certains artistes prennent des initiatives pour lutter et éveiller les consciences concernant l’environnement. 

Lord Esperanza ne se contente pas d’évoquer l'urgence climatique dans ses textes qu’il qualifie de "désastreuse". Il a participé en 2018 à la campagne #ChangeTaDate, initiée par le collectif Too Good To Go pour inciter les marques à lutter contre le gaspillage alimentaire et ainsi revoir leurs dates de péremption. Le rappeur français a aussi lancé une ligne de vêtements écoresponsables, conçus simplement de matériaux recyclés. Cette collection s’appellera Paramour (du nom de son label) et est justement sur le thème de la nature. 

Nekfeu a également signé une collaboration avec une marque de vêtements écoresponsables bruxelloise : Bostem. Dans son album Feu, le rappeur avait abordé la thématique du réchauffement climatique et l’impact sur la banquise. "Le peuple est endetté mais ceux qui gèrent les banques ils s'font des couilles en or sur ta tête pendant que la banquise fond", clamait-il en 2015.

Présent au You-f Festival les 4 et 5 octobre dernier, le rappeur Georgio s’est confié à Mouv’ sur la question de l’écologie. Pour lui, participer à ce genre de festival est "avant tout une manière de montrer qu’[il] soutient la cause environnementale". Georgio ajoute qu’il partage également des #CleanChallenge réalisés par des jeunes dans leur quartier pour faire briller leur cité. "C’est quelque chose que j’aurais aimé faire avec eux dans ma ville à Pantin mais j’ai été beaucoup en tournée donc je n’avais pas réellement le temps. Cependant je pourrais clairement m’investir dans ce genre d’actions lors des prochaines journées, je suis jeune et je pense que l’on est tous, d’une manière ou d’une autre concernés par les questions écologiques", a-t-il expliqué à Mouv’. 

Georgio sur scène au You-f Festival à Dax le 5 octobre 2019 ©Radio France

Les rappeurs s‘engagent également sur les réseaux sociaux : c’est le cas par exemple de Roméo Elvis. En effet, les bouteilles en plastique sont de plus en plus présentes dans les établissements scolaires belges. Conscient du danger que ces déchets représentent pour la planète, le rappeur belge Roméo Elvis a lancé, début 2019, une pétition "Pour la promotion de la gourde au sein des établissements scolaires publics". Son message est de faire prendre conscience aux jeunes et de les avertir des dangers des bouteilles en plastique pour l’environnement et pour la santé. Il cherche aussi à sensibiliser la jeunesse face à l'utilisation de la gourde. "Il est temps de se responsabiliser face à notre consommation et surtout face à l’utilisation et à la production abusive de plastique", explique Roméo Elvis. Le rappeur a invité ses fans à suivre son mouvement avec son hashtag #MaGourdeÀMoi, et a même lancé une pétition. Romeo Elvis propose des gourdes décorées de crocodiles en partenariat avec la marque de gourdes suisse Sigg.

Bien sûr, le rap de 2019 est différent du rap subversif et dénonciateur des années 90. Mais étant un style de musique hyper mainstream aujourd’hui, les rappeurs ont un réel impact, notamment sur les jeunes lorsqu’il s’agit de faire passer des messages et d’éveiller des consciences. L’écologie reste un thème difficile à aborder sans que cela vire au politique, mais des efforts sont en train d’être faits.