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Racisme : le guide lyonnais "Le Petit Paumé" dérape complètement
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Logo du Petit Paumé, l'association qui édite ce city-guide tous les ans depuis 1968
Logo du Petit Paumé, l'association qui édite ce city-guide tous les ans depuis 1968

Racisme : le guide lyonnais "Le Petit Paumé" dérape complètement

Chaque année, l’association "Le Petit Paumé", tenue bénévolement par des étudiants de l’EM Lyon, dévoile son city-guide des lieux incontournables de la ville. Problème : l’édition 2019-2020 présente de nombreux écrits racistes et aberrants, devenus plus qu'habituels ces dernières années...

« Le Petit Paumé a une liberté de ton très prononcée qui le démarque de ses pairs. Impertinent, il a rarement la langue dans sa poche et n'hésite pas à trancher dans le vif. Décalées et amusantes__, les critiques invitent régulièrement le lecteur à lire entre les lignes. Ce choix éditorial est la marque de fabrique du guide et en a fait sa renommée. » Voilà ce qu’on peut lire sur le site du Petit Paumé dans la rubrique « Qui sommes-nous ? ». Si « l’impertinence » et les « critiques décalées et amusantes » en question faisaient référence à un guide publiée par une association d’extrême droite ouvertement xénophobe, il n’y aurait rien eu d’étonnant à trouver de nombreux commentaires racistes écrits sous la présentation de certains lieux de vie de la ville de Lyon. Le problème c’est que le guide du Petit Paumé n’est pas (n’était pas) un guide à destination des fascistes mais bien réservé à l’ensemble de la population lyonnaise souhaitant découvrir des restaurants, bars, boîtes de nuits et autres « bons plans » sympathiques où organiser ses sorties. Alors comment expliquer que dans les pages de l’édition 2019-2020, distribuée par milliers le 12 octobre place Bellecour à Lyon et trouvable en quelques clics sur internet, se trouvent de nombreux commentaires totalement ahurissants et racistes qui suscitent l’indignation collective depuis ce weekend ? « Alors que je fuis une bande de rebeus place Guillotière, je m’engouffre, un peu par hasard à ho36. Bonne pioche ! Des jeunes blancs qui travaillent sur leurs ordis, tout en sirotant un bon café latte… » peut-on par exemple lire dans l’avis laissé sur le restaurant lyonnais ho36. 

Handicap, guerre et racisme dans un guide de bons plans

Des exemples comme ça, il y en a à la pelle et ils ont tous été fièrement publiés dans l’édition physique et numérique du Petit Paumé 2019-2020. Le principe du Petit Paumé est simple : tester et évaluer les différents lieux où l’on peut se rendre pour manger, boire ou s’amuser à Lyon. Pour l’édition 2019-2020, ils sont 12 à avoir tester plus de 1 300 établissements et l’on peut donc lire toutes les critiques rendues publiques depuis vendredi dernier. Parmi elles, le restaurant vietnamien « Le Petit Grain » situé rue de la Charité, a bénéficié d’un retour particulièrement scandaleux : « des Bò Bún aussi explosifs que les bombes qui tombaient sur Hanoï en 1972 », tout cela enrobé d’un culotté « les prix sont super abordables pour des plats si bons ! » comme si la personne qui avait écrit cela pouvait continuer sans problème à donner son avis après avoir fait référence aux heures les plus terribles de l’histoire récente du Vietnam. Contacté par Mouv’, le patron du Petit Grain n’était « pas au courant des avis laissés par le Petit Paumé sur son restaurant » et l’a donc appris ce lundi matin. « Vous savez, ça fait 30 ans qu’on est sur le sol français et des cons on en a vu, mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Porter plainte ? La police a d’autres choses à faire » avant de conclure : « on est une structure familiale et c’est le bouche à oreille qui se chargera de changer les avis de ceux qui ne sont pas intelligents ». 

Mais ça n’est pas tout. Le Petit Paumé a aussi pensé bon de consacrer quatre lignes pestilentielles au bar à chicha nommé « Emirates Lounge » : « Enfin un Émirat où la Sharia n’est pas appliquée, chicha au goût beurette de kalité. Ces princesses égyptiennes ont un de ces paniers à crotte !». Gras, mal écrit et surtout raciste. Sur cette lancée, vous pouvez vous faire une idée de ce que l’association a pu rédiger dans sa rubrique évaluant le restaurant « Cinq mains » tenu par l’ancien candidat de Top Chef, Grégory Cuilleron, à qui il manque une main : « comme quoi on peut être manchot sans avoir à faire la manche dans le métro ». Abject. 

Le Petit Paumé, un nid à propos indignes...

Sur la charte éthique du Petit Paumé, on peut lire que l’association « rend service aux Lyonnais » et est un "un ami lyonnais", avant de se demander quel service ces gens rendent aux restaurants cités plus haut, il faut aussi se questionner sur l’ambition réelle de cette association depuis plusieurs années. Lorsque l’on se balade sur le site du Petit Paumé, on peut choisir de lire presqu’à la carte les avis des lieux susceptibles de nous intéresser. C’est peu dire que de nombreux d’entre eux sentent à plein nez le racisme et l’homophobie, accompagné d’une écriture d’une vulgarité sans nom. Jugez plutôt :

Avis d'un club de Strip tease lyonnais Bus Paradise - Le Petit Paumé
Avis d'un club de Strip tease lyonnais Bus Paradise - Le Petit Paumé
Avis Double Side Terreaux - Le Petit Paumé
Avis Double Side Terreaux - Le Petit Paumé
Avis raciste sur l'American Bar - Le Petit Paumé
Avis raciste sur l'American Bar - Le Petit Paumé

Et ce n’est qu’une infime partie de ce que l’on peut trouver sur ce site. Sur un autre restaurant chinois, le début de l’avis laissé par l’association commence par : « Je croyais que tous les chinois se ressemblaient… ». Ces avis sont en ligne depuis de nombreuses années, parfois plus de cinq ans, et jamais le Petit Paumé n’a été inquiété pour avoir écrit de telles atrocités. Il a fallu attendre l’édition 2019-2020 pour se rendre compte que cette association censée rendre service aux Lyonnais profitait aussi de sa plateforme pour se lâcher de façon malsaine et malhonnête. 

Parce qu’il faut bien connaître le processus d’évaluation du Petit Paumé. Les « testeurs » se rendent dans le lieu de leur choix, consomment et ne s’annoncent qu’au moment de payer l’addition, précisant qu’ils laisseront un avis subjectif de leur expérience dans le lieu en question. Subjectif, ce serait bien, raciste c’est moins souhaitable. Et pourtant, si on prend l’exemple du ho36 et du Petit Grain, les avis laissés sur le lieu sont excellents et permettraient à ces deux restaurants de bénéficier d’un sacré coup de projecteur puisque c’est l’objectif principal du Petit Paumé, dont chaque édition est éditée tous les ans à plus de 250 000 exemplaires, le site visité 300 000 fois par mois et l’application téléchargée 90 000 fois à ce jour, et 115 000 abonnés sur la page Facebook. Pourtant, la seule chose qui saute aux yeux sur les avis de ces deux restaurants ce n’est pas la qualité du café latte ou les prix plus qu’abordables mais bien le racisme transpirant absolument pas dissimulé. 

... Qui suscitent enfin l'indignation collective

Il aura fallu la vigilance d’un internaute pour dénoncer ce scandale qui durait depuis trop longtemps. Dimanche 13 octobre, quelques-uns de ces avis scandaleux se retrouvaient sur Twitter et suscitaient la colère et l’indignation de tous ceux qui tentaient de comprendre ce qu’il se passait. Quelques heures plus tard, le directeur de l’EM Lyon, Tawhid Chtioui se fendait de trois tweets catégoriques qui dénonçaient ces propos écrits par des étudiants de son établissement : 

Tawhid Chtioui, directeur de l'EM Lyon, dénonçant les avis du Petit Paumé - Twitter @tawhidchtioui
Tawhid Chtioui, directeur de l'EM Lyon, dénonçant les avis du Petit Paumé - Twitter @tawhidchtioui

Dans la foulée, c’est le restaurant ho36 qui a condamné ses propos en publiant sur sa page Facebook un court communiqué. L’agence de presse en charge du restaurant précise que le restaurant ne souhaite pas s’exprimer davantage mais ajoute, comme pour dénoncer un peu plus le racisme du Petit Paumé, que "ho36 toujours été un lieu de mixité et d’échange". Ces différentes condamnations démontraient de plus en plus le tollé provoqué par cette édition du city-guide, obligeant Le Petit Paumé à réagir. Dimanche soir, la rédactrice en Chef du guide, Philippine de Rivoyre, et François Désir, le président de l’association, signaient tous deux un communiqué de presse absolument hallucinant. « Nous comprenons que la critique de l’établissement ho36 de Guillotière, du fait de son caractère ambigu, ait pu faire l’objet de mésinterprétations » peut-on lire, ne faisant jamais allusion aux autres lieux de vie lyonnais dont ils ont sali l’image. Mais la suite est encore plus dingue : « Nous sommes des étudiants rédacteurs bénévoles. Nous nous mettons, parfois, dans la peau de personnages fictifs ou dans des situations extrapolées lorsque nous rédigeons nos critiques ». Des personnages fictifs fuyant « un groupe de rebeus » et se sentant plus tranquilles autour des « blancs » ? Des situations extrapolées faisant allusion à la guerre du Vietnam ? Où est la fiction lorsque l'on appelle des femmes racisées « tigresses qu'il faut nourrir de champagne » ou encore « amazones » ? "Le goût beurette de kalité " ? La seule chose extrapolée ici c’est un racisme total et un cruel manque d’idée, de bonne idée, que des excuses écrites rapidement et qui manquent de décence ne feront pas oublier.

Le Petit Paumé à la ramasse complet 

Injoignables, les différents membres du Petit Paumé ne se sont pas exprimés individuellement. On ne sait pas qui sont les auteurs de ces avis immondes mais une chose saute aux yeux quand on se penche sur l’image que donne cette association : des membres qui n’apparaissent médiatiquement que vêtus d’une belle marinière française, de la communication maîtrisée sur le bout des doigts chez Radio Chrétienne Francophone (RCF) à Lyon, des allusions au temps des chevaliers combattants et une faculté à rendre souvent vulgaire et gras les écrits autour des cultures étrangères ou populaires… La liste est longue et elle permet aussi de révéler la face sombre de cette association qui ne s’est finalement jamais cachée pour partager sur son site et dans ses pages depuis de nombreuses années des avis franchement déplacés qui déshonorent certains lieux de la culture lyonnaise. L’idée initiale est pourtant bonne et a dû aider de nombreux lyonnais à s’orienter plus facilement dans la troisième ville de France, mais quand des relents de racisme, d’homophobie et d’autres choses qui n’ont rien à faire dans un guide des bons plans se remarquent aussi facilement et aussi souvent, c’est que le mal est profond et dans ces cas-là, il vaut mieux dénoncer ce guide complètement paumé...