MENU
Accueil
« Plus on sera calmes, plus on sera crédibles »
Écouter le direct
Les lycéens de Claude Monet et Gabriel Faure se mettent en route pour une manifestation dans le quartier parisien de Stalingrad
Les lycéens de Claude Monet et Gabriel Faure se mettent en route pour une manifestation dans le quartier parisien de Stalingrad

« Plus on sera calmes, plus on sera crédibles »

Blocages sans violence, création d’un mouvement politique bien à eux, rédaction de tracts d’information et réseaux sociaux : c’est ainsi que les lycéens de Gabriel Faure et Claude Monet (13e arr. de Paris) font passer leurs revendications contre la réforme du bac, du lycée et Parcoursup. Mouv’ est allé à leur rencontre.

Comme la veille, les lycéens de Gabriel Faure (13e arr. de Paris) ont pris tout ce qu’ils leur tombaient sous la main pour bloquer l’entrée de l’établissement en ce vendredi 7 décembre, peu avant 8h. Même choses avec les élèves de Claude Monet (13e arr. de Paris) qui ont également organisé un blocage avant de partir à la manifestation, prévue dans le quartier de Stalingrad en fin de matinée. Banderoles, mégaphones, quelques barrières et poubelles étaient leurs « armes ». Mais pas de violence ni de débordement durant ces deux jours de mobilisation. L’ambiance ? Bon enfant et presque studieuse. 

Les revendications des lycéens de Claude-Monet (Paris)
Les revendications des lycéens de Claude-Monet (Paris)

Pour une majorité d’entre eux, le blocage est le meilleur moyen d’exprimer leur désaccord. « Cela peut donner des résultats. En voyant les actions de tous lycées de France, le gouvernement et Emmanuel Macron seront obligés de nous entendre », estime Wafa en seconde au lycée Gabriel Faure. Son amie Louna ajoute : « Les blocages les dérangent, ça fait désordre. » 

« C’est ensemble et unis qu’on se fera entendre »

Lounes est aussi en seconde : « Les blocages servent à attirer l’attention des médias qui relaient notre message. C’est aussi le fait que l’on soit nombreux à se mobiliser qui donne du poids à ce mode d’action__. C’est ensemble et uni qu’on se fera entendre. ». 

Thomas, en terminale S, n’est pas convaincu : 

Je pense que cela ne suffira pas à faire changer les réformes. Mais ça montre qu’on essaye de faire quelque chose contre les réformes.

Vers 10 h, une dizaine d’élèves ont fait route vers le lycée Claude Monet où ils s’étaient donné rendez-vous grâce à Facebook et Snapchat. Mélissa et Leila, 16 ans toutes les deux, expliquent : « C’est grâce aux réseaux sociaux qu’on communique. Ils permettent d’entrainer plein de monde et de les mobiliser. »

Blocage du lycée Claude Monet
Blocage du lycée Claude Monet

Léa, en seconde à Claude Monet, avoue : « Le blocage c’est le seul moyen qu’on connait pour témoigner de notre mécontentement__. On n’a pas d’autres droits. On n’est pas majeur. » Elle est impressionnée de voir qu’avec ses camarades, ils parviennent à mettre en place ce genre d’actions : « Je viens d’arriver au lycée. Voir tous ces lycéens mobilisés et solidaires c’est vraiment impressionnant. »

La manifestation est l’autre moyen d’action de ces lycéens. Elle est cependant moins suivie que le blocage. Une partie d’entre eux seulement s’est rendue à Stalingrad (nord-est de Paris).

Lucas, en Terminale S souligne : « Le blocage sert surtout à justifier notre absence en cours. La manifestation ne le justifie pas. On peut y aller sans être pénalisé si le lycée est bloqué ».

Créer son mouvement pour avoir plus de crédibilité.

Les lycéens de Claude Monet ont fait plus que déposer des barrières devant l’entrée. « On s’est organisé pour faire une collecte de fonds pour payer des mégaphones par exemple », raconte Léa.

Guillaume et Lucas sont en Terminale S. Ils ont voulu donner une autre image du lycéen qui ne veut pas aller en cours. Guillaume explique : 

Il faut que notre mouvement soit organisé et politisé sinon on nous prend juste pour des jeunes qui sèchent. 

Lucas ajoute : « C’est pour cette raison et pour s’entraider avec les lycées alentours que l’on a créé la ZBEUL, comité de mobilisation du lycée Claude Monet. Cela signifie Zone bordélique d’émancipation et d’union lycéenne. » Il poursuit : « On s’est par exemple réunis avec le lycée Montaigne pour aller prêter main forte au lycée Rodin, plus difficile à barricader. On partage les frais de scotch, de feutres et de papier ». 

Une page Facebook relaie leur message et donne les prochains rendez-vous. « On a été contacté par l’UNL (Union nationale des lycéens) mais on ne se reconnait pas dans leurs idées et leurs modes d’action. Ils sont trop violents ou associés à des débordements », précise Lucas.

Les deux garçons ont également pris sur eux de rédiger et faire imprimer des tracts d’information pour chaque nouvelle action. Tous les élèves interrogés s’opposent à la violence. Lounes, 17 ans, met en avant : « La violence est un argument pour le camp adverse ». Nathan en Terminale ES renchérit : « Plus on est calme, plus on est crédible ».

C’est donc dans le calme et avec leurs propres moyens que les élèves de ces deux lycées se sont mobilisés. « Toutes les quinze minutes, quelqu’un a pris la parole sur les sujets qui nous préoccupent pour expliquer la situation et donner notre point de vue, raconte Lucas. C’est un moyen de montrer que notre mouvement est sérieux. Cela a aussi permis d’alimenter le blocage pour qu’il ne s’essouffle pas au cours de la journée. De cette manière, nous avons pu prévenir tout le monde de la manifestation et de la grande assemblée à République en début d'après-midi. C’est avec ce genre de rassemblement pacifique qu’on peut donner du poids à nos revendications».

Une convergence des mouvements avec les « Gilets Jaunes » ?

Sur la question de la convergence de ce mouvement avec les « Gilets Jaunes », les avis étaient assez partagés. Pour Leila, 16 ans, « les deux mouvements sont liés ». Pour Louna, en Seconde à Gabriel Faure : « Il y  aune concentration de tous les mécontents de la politique d’Emmanuel Macron, que ce soit pour la réforme du bac ou la taxe sur les carburants ». Thomas en Terminale S considère que « le mouvement des gilets jaunes a donné de l’élan à celui des lycéens ». Alina, en seconde à Claude Monet, avoue : « C’était le bon moment pour nous faire entendre aussi ». 

Message des lycéens de Gabriel-Faure (Paris)
Message des lycéens de Gabriel-Faure (Paris)

Jenna, en Seconde, n’est pas de cet avis : « Je pense que le mouvement des gilets jaunes ne nous concerne pas ». Inès, en seconde également, est convaincue que les deux mouvements ont besoin l’un de l’autre : « Ce sont deux générations qui s’entraident. Il y a quelques gilets jaunes qui sont venus nous aider à bloquer le lycée. En échange, certains d’entre nous les ont accompagnés pour manifester. Je pense néanmoins que nous lycéens devons avoir notre mouvement ».

Léa, en Seconde, estime même que le mouvement des gilets jaunes fait de l’ombre à celui des lycéens. « On n’a pas les mêmes causes défendre. Il ne faut pas nous confondre. Avec les gilets jaunes, on n’entend pas nos revendications. »

Anais Grammatico