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Pièce de théâtre annulée à la Sorbonne après des accusations de Blackface
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La photo qui était sur le site de la Sorbonne pour promouvoir la pièce "Les Suppliantes" avec une femme faisant le Blackface. La photo a été changé depuis sur le site.
La photo qui était sur le site de la Sorbonne pour promouvoir la pièce "Les Suppliantes" avec une femme faisant le Blackface. La photo a été changé depuis sur le site.

Pièce de théâtre annulée à la Sorbonne après des accusations de Blackface

La pièce "Les Suppliantes" devait se jouer à la Sorbonne. Toutefois, cette pièce est accusée de Blackface par de nombreux étudiants touchés et/ou indignés. Ils ont décidé d'agir pour obtenir l'annulation de la représentation.

Lundi 25 mars, la pièce "Les Suppliantes" devait se jouer dans l'amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Une représentation qui fait polémique depuis plusieurs jours à cause des comédiens grimés en noires pour jouer le rôle de personnages métèques. De nombreux étudiants ont dénoncé massivement l'utilisation de peinture noire sur les comédiens.

Tout justifier par l'art est quelque chose qui ne fonctionne plus dans notre société actuelle.

Mouv' a pu interroger des étudiants devant l'université parisienne. Une étudiante nous déclare "Le plus choquant, c'est que l'on se cache derrière le théâtre, derrière l'art... Le problème, c'est que même si c'est de la représentation, il faut que ça respect nos principes d'égalité et de liberté qui sont censés être garantis par la fac. Tout justifier par l'art est quelque chose qui ne fonctionne plus dans notre société actuelle." 

Réponse de l'Université qui ne satisfait pas

Quelques étudiants ont interpellé le service culturel de l'université Paris IV pour expliquer leur désarroi face au déroulement de la pièce. Le service culturel de la faculté a rejeté en bloc les accusations de racisme arguant «un parti pris» de la troupe. Une étudiante a publié ses échanges avec le service culturel de l'université sur Twitter tout en appelant à la contestation. 

La troupe a remplacé la peinture par des masques pour calmer les tensions. Une initiative qui a accentué le sentiment d'incompréhension des étudiants. L'un deux nous déclare "Sur le site de la fac, pour promouvoir la pièce, il y a toujours des photos en Blackface. Quand on voit l'apparence des masques, c'est encore pire, c'est une vaste blague. Les masques reprennent juste l'idée du Blackface, mais sur les masques avec des traits très gros qui reprennent les clichés caricaturaux du début du XXe siècle."

Un boycott réussi

Une opération de boycott a été menée aux alentours de 19h30 devant l'entrée de l'amphithéâtre où était censé se jouer la pièce. Un blocage inopiné qui a surpris l'université qui n'a eu d'autres choix que de renoncer à faire jouer la troupe. Les étudiants contestataires et quelques associations venues prêter mains fortes ont eu l'occasion d'échanger avec le responsable du service culturel comme le démontre cette vidéo publiée hier soir en direct sur Facebook par la page "Ligue de Défense Noire Africaine".

Après de nombreuses sollicitations sans succès, l'Université a fini par nous transmettre un communiqué en guise de droit de réponse. Nous vous publions l'intégralité du message.

"Lundi 25 mars 2019, Les Suppliantes, pièce d’Eschyle mise en scène par Philippe Brunet, directeur de la compagnie de théâtre antique Démodocos, n’a pu être jouée en Sorbonne. Les comédiennes et comédiens ont été empêchés de force de rentrer se préparer et le public a été tenu dehors par des individus accusant la mise en scène de « racialisme ». Cette pièce met en scène les Grecs Argiens et les Danaïdes, filles de Danaos venues d’Egypte, interprétés, fidèlement aux pratiques théâtrales antiques, respectivement par des actrices et acteurs portant des masques blancs et des masques noirs selon les usages de l’époque. Sorbonne Université dénonce solennellement les événements qui se sont déroulés hier soir à la faculté des Lettres de Sorbonne Université. Empêcher, par la force et l’injure, la représentation d’une pièce de théâtre est une atteinte très grave et totalement injustifiée, à la liberté de création. C’est aussi un procès d’intention et un contre-sens total contre lesquels Sorbonne Université s’élève avec la plus grande fermeté. Les accusations de racisme ou de "racialisme" sont révélatrices d’une incompréhension totale. Cette pièce préparée, pendant un an, par des jeunes actrices et acteurs, empêchés de montrer leur travail, porte justement sur l’accueil et le dépassement des conflits. La liberté, la diversité, la créativité, la rigueur et l’ouverture sont les valeurs fondatrices de Sorbonne Université. Profondément humanistes et antiracistes, Sorbonne Université et l’ensemble de sa communauté défendent ces valeurs et promeuvent une politique académique et culturelle ambitieuse, émancipatrice, inclusive et porteuse d’égalité. L’université apporte son soutien plein et entier au metteur en scène de cette pièce, aux actrices et acteurs et à toutes les personnes impliquées dans l’organisation de cette représentation. Ceux qui l’ont entravée ne montrent que leurs réflexes de repli sur soi et d’exclusion. L’université étudie toutes les possibilités pour que cette pièce puisse être jouée dans des conditions sereines. Extraits de la réponse du metteur en scène Philippe Brunet sur Facebook : « Le théâtre est le lieu de la métamorphose, pas le refuge des identités. Le grotesque n’a pas de couleur. Les conflits n’empêchent pas l’amour. On y accueille l’Autre, on devient l’Autre parfois le temps d’une représentation. Eschyle met en scène à l’échelle du monde. Dans Antigone, je fais jouer les rôles des filles par des hommes, à l’Antique. Je chante Homère et ne suis pas aveugle. J’ai fait jouer les Perses à Niamey par des Nigériens (c’est dans le dernier film de Jean Rouch), Ma dernière Reine perse était noire de peau et portait un masque blanc. »"