MENU
Accueil
L’intervention d’Alexandre Benalla n’était "ni rapide, ni technique, ni efficace"
Écouter le direct
©Radio France

L’intervention d’Alexandre Benalla n’était "ni rapide, ni technique, ni efficace"

Coach de Muay-thaï et de MMA, Freddy Lepine, 67 ans, a accepté de revenir pour Mouv' sur l’intervention de l’ancien chargé de sécurité du chef de l’Etat, le 1er mai dernier à Paris. Intervention qu'il juge non professionnelle.

C’est l’ascension rapide d’un homme, dont la chute fut tout aussi précipitée. À titre de comparaison, Alexandre Benalla, c’est un peu comme si la carrière de Moha la Squale s’en arrêtait là . À 26 ans, l’homme a été mis en examen pour violences contre un manifestant en marge du défilé du 1er mai à Paris.

Son nom vous dit forcément quelque chose. On l’a même accusé d’avoir accéléré la descente du bus des bleus sur les Champs-Élysées , à leur retour de Russie il y a un mois. Mais Alexandre Benalla aura surtout réussi à faire louper sa troisième mi-temps à Emmanuel Macron.

L'histoire commence le 1er mai 2018, jour de la fête du travail. À l’époque, l’intéressé ne le sait pas encore, mais c’est pour lui le début des ennuis. Équipé d’un casque à visière des forces de l’ordre, le chargé de la sécurité du chef de l’Etat est censé être en observation aux côtés de la police nationale. Quand soudain, il outrepasse ses fonctions pour prêter main forte aux policiers qui l’entoure . La scène, filmée par un manifestant de La France Insoumise (Parti fondé par Jean-Luc Mélenchon), est violente. La vidéo devient virale, et indigne.

Et si tout le monde croit à une simple violence policière, à l’Élysée, on sait déjà qui se cache derrière ce coup de force. Il s’agit en effet d’un des plus proches collaborateurs du président de la République, Alexandre Benalla. Celui qui assure sa sécurité au quotidien. Il écopera, en catimini, d’une suspension de 15 jours seulement…

Bref. Il faut attendre le 18 juillet 20h10 et un article du journalLe Monde , pour que le grand public sache enfin qui se cache derrière ce fameux casque de policier. Freddy Lepine, 67 ans, est coach de MMA et de Muay-thaï . Mouv’ a déjà fait son portrait pour la série "Dans l’ombre de la cage" , consacrée au MMA.

Cette fois-ci,il accepte de décrypter pour nous la violence de l’intervention  d’Alexandre Benalla."J’ai découvert son nom [à Alexandre Benalla]par voie de presse. J’avais vu la vidéo de son intervention tourner sur les réseaux sociaux" , se souvient-il. Et d’ajouter, "je ne vais pas me faire l’avocat du diable, il n’a, jusqu’à preuve du contraire, tué ni violé personne."

Peut-être, mais l’homme n’en serait pas à son coup d’essai.

"Rambo"

Sa carrière dans la sécurité, Benalla la commence au sein du service d’ordre du Parti socialiste en 2010. Son chef de l’époque, ainsi qu’il le confie à l’AFP, se souvient de "quelqu’un de calme et de posé" . Un an plus tard, le jeune Benalla sera même affecté à la sécurité de Martine Aubry (actuelle mairesse de Lille) lors des primaires socialiste de 2011, remportées par un certain François Hollande, qui sera élu président de la République quelques mois plus tard. Là encore, le garçon est décrit comme "plutôt discret" .

L’ascension continue, et avec elle, un premier accroc.  Après Martine Aubry, le voilà désormais aux côtés d’Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif. Celui-ci explique au Monde , "je m’en suis séparé au bout d’une semaine après une faute professionnelle d’une première gravité : il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite ".

Une péripétie qui n’affectera pas pour autant la progression de Benalla. Bien au contraire.  Il effectuera un passage à Casablanca dans une société de sécurité, avant d’intégrer le service d'ordre d’Emmanuel Macron pendant la présidentielle . D’après l’AFP, nombreux sont d’ailleurs les journalistes à se plaindre de son comportement "musclé" . Au siège d’En marche (aujourd’hui appelé La République en marche (LREM)), le mouvement lancé par Macron en avril 2016,son sobriquet est "Rambo" .

La suite, on la connaît. Après la victoire d’Emmanuel Macron en mai 2017, Alexandre Benalla devient chargé de mission en matière de sécurité, j usqu’aux révélations du journal Le Monde. Et ce malgré ses incartades.

Depuis, comme avec DSK au moment de l’affaire du Sofitel, les accusations vont bon train. Les Jeunes Communistes de Bobigny et Drancy ont affirmé dans un communiqué qu’un de leurs camarades "a été frappé après avoir été traîné à l’écart"  par Alexandre Benalla en marge d’un rassemblement à Bobigny, en 2016. La scène a été filmée et révélée par Buzzfeed News .

Pour Freddy Lepine, Benalla n’était pas dans son rôle . Pire encore, pour un professionnel de la sécurité rapprochée, son intervention n'est pas "au niveau" . "On est ici sur une personne qui s’est cru intouchable. L’attitude qu’il a eue laisse penser à un homme qui a pété les plombs" , explique le coach. "Même à mon époque en tant que portier de discothèque, on avait une connaissance plus approfondie, c’est de la bêtise humaine" , ponctue-t-il.

Alors que l'opposition parle d'une affaire Benalla-Macron, de son côté, LREM préfère évoquer une "dérive individuelle" ,  à l'image du Premier ministre Edouard Philippe lors d'une séance de questions au gouvernemet mardi 24 juillet.

Toujours est-il que l'affaire va beaucoup plus loin. Trois armes à feu ont carrément été trouvées au siège du parti du président de la République . Vincent Crase, l'autre principal mis en cause dans l'affaire Benalla (tous les protagonistes sont ici) portait d'ailleurs un pistolet durant la journée du 1er mai.

Cette histoire aux relents mafieux laisse Freddy penseur. "Est-ce qu'il avait vraiment besoin d'en arriver là ?"

Alexandre Benalla considère quant à lui, dansune interview au JT de 20h de TF1 le 27 juillet , ne "pas avoir commis d'actes répréhensibles par la loi" , et nie avoir porté des coups au manifestant en question. Il exclut ainsi toute faute professionnelle de sa part. Aberrant pour Freddy, qui conclue, "quand la politique ou le pouvoir te donne l'impression d'être important et intouchable" ...

Crédit photo : Thomas SAMSON / AFP