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Golden Blocks, le secret pour attirer les jeunes vers l’athlé ?
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Au bout de la ligne droite, un seul gagnant
Au bout de la ligne droite, un seul gagnant

Golden Blocks, le secret pour attirer les jeunes vers l’athlé ?

La saison 2018 des Golden Blocks vient tout juste de se terminer. Cette compétition de sprint pour ado et pré-ados a été imaginée par l’ex-athlète Ladji Doucouré. Mouv’ a assisté à la finale qui regroupait une centaine de jeunes. Objectif : tester ses limites et, pourquoi pas, décrocher un contrat de sponsoring. Suffisant pour susciter des vocations ?

Samedi 20 octobre, 12 heures : le mini-labyrinthe installé sur la place de la République à Paris ouvre ses portes. Et aussitôt, une nuée d’ados pénètre dans cette enceinte noire et rouge. Accompagnés de parents et d’éducateurs, chaque groupe de jeunes se voit remettre sa tenue du jour : un maillot blanc floqué au dos d’un numéro de département et du nom de la ville représentée à la manière des maillots de foot. Evry pour le 91, Orly pour le 94, Saint-Quentin pour le 02, Nantes pour le 44 ou encore les Mureaux et Mantes-la-Jolie pour le 78. 

En attendant le début de la compétition, les athlètes du jour se mêlent aux spectateurs pour aller sur les différents stands: coiffure et bar à ongles pour les filles, barbier pour les garçons… mais aussi l’atelier « Pimp my sneakers » pour customiser ses baskets. Et ceux qui ne peuvent pas tenir en place peuvent mesurer leur vitesse sur les tapis de course. 

Le tout ambiancé par un DJ (qui balance de la pop urbaine) et le duo d’animateurs-mc Pedro et Dandyguel, sans oublier des shows de double-dutch, d’afrodance ainsi qu’un concert de rap du groupe 13 Blocks. Il s’agit là du package désormais habituel qui entoure les évènements mêlant sport et entertainment avec l’appui de grandes marques. Chaque finale donne lieu à une entrée des coureurs qui imite celles des boxeurs, peignoir noir sur le dos, musique et chorégraphie de danseuses jusqu'à la ligne de départ.

Le show avant l'entrée en piste
Le show avant l'entrée en piste

Ce type d’habillage est peut-être aujourd’hui la clé pour donner un souffle nouveau à l’athlétisme français. Dans le classement des sports les plus pratiqués en France, l’athlétisme serait relégué à la 10e place avec 300 000 licenciés. C’est deux fois moins que l’équitation (660 000) et moins que le golf (407 000) ! Ladji Doucouré pose un constat : « plus grand-chose ne motive les jeunes à courir. » Mais le double champion du monde d'athlétisme (110 mètres et relais 4 x 100 mètres) veut faire bouger les choses et revenir à l’essence du sport : le défi.  Selon lui, les jeunes dans les quartiers aiment se défier : « toi je te défonce » assène-t-il, en fronçant les sourcils et pointant l’index vers l’avant :

L’athlétisme français a trop de codes, trop de règles.

Il y a quatre ans, l’ancien hurdler a donc lancé l’idée de faire s’affronter des jeunes, en un contre un, au sprint. Avec son association High Frequency Team, ils ont élaboré les Golden Blocks qui reprennent les codes de la culture urbaine. 

Pour l’édition 2018, Ladji Doucouré a écumé son concept dans une douzaine de villes afin d’opérer la sélection de jeunes qui auront accès à la finale parisienne. Les jeunes s’opposent tour à tour dans trois catégories : les 8-10 ans, les 11-13 ans, et les 14-16ans. À noter que chez les 8-10, filles et garçons se défient sans distinction. À la clé, un sponsoring par Nike pendant un an. Et Hachim (qui a concouru dans la catégorie 14-16 ans) le reconnait :

Cela m’a clairement motivé.

Inscrit en club, il pratique essentiellement du sprint. : « Je fais du 60, 100 et 200. Ce sont des courses courtes et très rapides, c’est ce que j’aime. Quand on parle de vitesse on pense automatiquement à Usain Bolt. » Le nom du Jamaïcain revient inlassablement dans la bouche des jeunes coureurs comme étant la principale source d’inspiration. Le panache des victoires du recordman du monde du 100 et 200 mètres fait rêver. Et on a pu observer, le temps d’un après-midi, certains jeunes imiter leur idole en levant les bras avant la ligne d’arrivée.

En finale des Golden Blocks, on ne lâche rien
En finale des Golden Blocks, on ne lâche rien

Maëlla aime bien Bolt mais son modèle est féminin : Marie-José Pérec, seule athlète française triple championne olympique (en 1992 et 1996). « Dans ma famille, on aime l’athlétisme, on m’a beaucoup parlé d’elle. C’est la plus importante. ». Inscrite en club à l’âge de quatre ans, elle espère un jour marcher sur les pas des athlètes guadeloupéens. L’adolescente originaire des Mureaux a couru avec des bracelets estampillés Guadeloupe et Marie-Galante. 

À l’inverse, son amie Serena, 16 ans, est issue d’une famille « pas du tout sportive ». Elle a participé pour le fun aux qualifications dans sa ville : 

J’ai essayé et j’ai gagné des courses. J’ai aimé ça. J’ai adoré l’adrénaline de la course. Je n’étais pas du tout sportive à l’origine mais ça m’a donné envie. Je rejoins le club des Mureaux cette année.

Elle poursuit avec enthousiasme. « J’ai pu aller jusqu’en ¼ de finales, c’est déjà bien. Je suis un peu déçue. J’ai donné le meilleur de moi-même et c’est ce qui compte. Il y avait de vraies concurrentes face à moi ».

Au bout de la ligne droite, un seul vainqueur
Au bout de la ligne droite, un seul vainqueur

Les Golden Blocks étant ouverts à tous, différents types de profils se retrouvent sur la piste : basketteurs, footballeurs ou coureurs occasionnels, tous ont l'occasion de faire valoir leurs différences. Cela donne des courses assez imprévisibles : positions de départ peu académiques, démarrages tardifs ou remontées folles. Bilel, 8 ans est un des plus petits participants mais court à une vitesse épatante. Malheureusement pour lui, il sera éliminé après avoir fini sa course dans le couloir de son adversaire. Branco, son oncle est tout de même satisfait. « Il me demandait toujours de faire la course avec lui. J’ai vu qu’il avait un potentiel. J’ai eu l’idée de l’inscrire et il est bon », explique-t-il. Le Bellevillois aurait même tapé dans l'œil d'éducateurs assure le tonton : « lors des qualifications il a été repéré__, plusieurs personnes se sont rapprochées de nous. » 

Ladji Doucouré espère susciter des vocations et permettre l'éclosion de nouveaux talents. Son rêve ? Faire émerger les futurs médaillés français aux Jeux olympiques de Paris en 2024. En attendant, il est déjà satisfait de permettre à des jeunes de sortir de leur quartier :

Ce qui me faisait courir, c'était de pouvoir prendre le bus, découvrir de nouveaux endroits, faire des rencontres, sortir de ma banlieue. Beaucoup de jeunes ne sont jamais venus à Paris sur la place place de la République, c’est une première pour eux.

Et c'est déjà une victoire.

Par Samba Doucouré.