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Fortnite : des avocats l'accusent de rendre les joueurs dépendants
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Image d'un individu s'apprêtant à jouer à Fortnite : Battle Royale
Image d'un individu s'apprêtant à jouer à Fortnite : Battle Royale ©Getty

Fortnite : des avocats l'accusent de rendre les joueurs dépendants

Le cabinet d’avocats québécois Calex va mener une action en justice contre Epic Games, le studio derrière le mastodonte aux 250 millions d’utilisateurs "Fortnite : Battle Royal". Ce dernier est accusé d’avoir mis divers moyens en œuvre pour créer une forme importante d’addiction chez les joueurs

« Ils ne mangent pas, ne se douchent pas et ne sociabilisent plus ». Suite à l’appelle à l’aide des parents de deux mineurs québécois montrant des signes importants de dépendance au jeu Fortnite, et malgré les multiples clauses dans la section «termes et conditions» du jeu le protégeant devant la justice de nombreux pays (mais pas celle du Québec), une action collective contre Epic Games a été intentée en fin de semaine dernière par des avocats québécois. Les créateurs du jeu vidéo le plus joué de tous les temps sont accusés d’avoir « utilisé les mêmes tactiques que les créateurs de machines à sous, soit des programmes de récompense variables__, pour s'assurer de la dépendance de ses utilisateurs, le cerveau étant manipulé pour toujours désirer davantage » comme l’explique le cabinet Calex dans sa demande d’action en justice déposée la semaine dernière auprès de la Cour Supérieure du Québec. Les avocats mettent en lumière certaines pratiques du jeu conçues selon eux pour provoquer une réelle dépendance des joueurs. Parmi elles, les récompenses, défis et autres objets virtuels (skins mis à jour très fréquemment et permettant une nouvelle apparence des personnages) qui ont un objectif clair : que le joueur passe un temps incalculable devant son ordinateur ou sa console et qu’il dépense sans compter.

La dépendance aux jeux vidéo, un sujet sérieux 

Jean-Philippe Carron, l’avocat montréalais à l’origine de cette action en justice, affirme dans le dossier que l’« on parle d'un jeu qui a été développé par des équipes de psychologues spécialisés pour créer un caractère d'addiction et on reproche à la compagnie de ne pas avoir divulgué tous les risques et dangers inhérents au produit ». Lui et son équipe d’avocats reprochent à Epic Games d’avoir omis, ou volontairement négligé, de communiquer aux utilisateurs les potentiels risques qu’ils pouvaient rencontrer en jouant à Fortnite, ce qui, à Québec, est une infraction à la loi sur la protection du consommateur. Toujours selon la justice canadienne, les avocats de Calex estiment également que Fortnite « porte atteinte intentionnellement et illicitement aux droits à la vie, à la sécurité et à l'intégrité des utilisateurs, contrevenant ainsi à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec ».

En mai 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) adoptait la notion de « trouble du jeu vidéo » qu’elle définissait ainsi : « un comportement [] qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables ». Cinq mois plus tard, ce que dénoncent les avocats de Calex entrent totalement en adéquation avec la définition proposée par l’OMS et va même plus loin. Les avocats avancent dans leur dossier qu’il existe déjà des  « centres de réhabilitation spécialement dédiés à l’addiction à Fortnite », preuve s’il en faut de l’urgence de la situation. Rappelons aussi que parmi les 250 millions de joueurs de Fortnite, des dizaines de millions sont encore des enfants qui deviennent, de fait, parfois, des victimes sans s'en rendre compte du jeu avec lequel ils ne devaient initialement que s’amuser.