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Écrans, cannabis, tabac, médicaments : ces addictions qui ont augmenté à cause de la crise sanitaire
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photo : Mohammed Abed
photo : Mohammed Abed ©AFP

Écrans, cannabis, tabac, médicaments : ces addictions qui ont augmenté à cause de la crise sanitaire

Depuis un an les Français se battent contre l'anxiété, l'ennui et la solitude provoqués par la crise sanitaire en augmentant leurs consommations d'écrans, de médicaments, de cannabis et d'alcool.

On le sait, on l’a ressenti, la crise sanitaire née de la pandémie de Covid-19 a très largement influencé sur notre moral. Perte de motivation, petit coup de déprime, anxiété, solitude et ennui nous ont accompagnés ces douze derniers mois. Une étude BVA-Addictions France publiée le 8 avril pose des chiffres sur ces états et affirme que nos addictions ont augmenté au cours de l’année passée, comme un moyen de se substituer à la morosité.     

Le Covid fatigue

Selon cette étude menée sur un échantillon de 2 001 personnes, représentatif de la population française, 86% des personnes interrogées estiment que les restrictions sanitaires ont un impact négatif sur leur moral et leur santé psychologique. Pour essayer de se changer les idées et d’améliorer l’état d’esprit, plus d’un tiers des personnes consommatrices de tabac, de cannabis et de médicaments psychotropes ont augmenté leur consommation, surtout pendant le premier confinement, très strict et changeant drastiquement nos modes de vie en seulement 24 heures. 

Plus globalement, même les Français n’ayant déclaré aucun problème d’addictions auparavant ont eu recours à plusieurs moyens de tromper l’ennui et la baisse de moral :  

  • 60% des personnes interrogées ont augmenté la consommation d’écrans 
  • 35% ont augmenté la consommation de tabac 
  • 33% ont augmenté la consommation de cannabis 
  • 33% ont augmenté la consommation d’anxiolytiques 
  • 33% ont augmenté la consommation de somnifères 
  • 26% ont augmenté la consommation d’anti-dépresseurs 
  • 21% ont augmenté la consommation d’alcool 

Les écrans pour passer le temps

La hausse la plus fulgurante est celle de l’utilisation des écrans. Un Français sur six a augmenté le temps passé devant son ordinateur, son téléphone, sa tablette ou sa télévision. Les étudiants sont les plus accros. Ils ont passé en moyenne 5h42 par jour devant les écrans.  

Plus de cannabis malgré la difficulté de ravitailler

Produit souvent considéré comme un moyen d’échapper à son environnement, la consommation de cannabis a, elle aussi, augmenté chez un tiers des personnes interrogées. Les circuits de distribution ont pourtant été largement ralentis par le confinement. Addictions France a enregistré très peu de témoignages de personnes ayant eu du mal à se fournir notamment grâce à la mise en place de la livraison à domicile.  

Plus ou moins d'alcool

Dans ce tableau noir, la consommation d’alcool a autant augmenté que diminué, on peut donc considérer qu’elle reste stable. "Ceux qui avaient des difficultés avec l'alcool ont davantage consommé, explique Bernard Basset, mais de l'autre côté, les occasions de boire de l'alcool dans le cadre de relations sociales ont été restreintes par les mesures sanitaires." À l’inverse, le psychologue Lisandru Colombani met en lumière le fait que "des gens se sont saisis de ce moment pour tenter d’arrêter plus rapidement."  

Les personnes dépendantes encore plus dépendantes 

Les dégâts sont plus importants sur les personnes déjà suivies auparavant pour des addictions. Six sur dix ont augmenté leur consommation de tabac et d'alcool et la moitié ont consommé plus de cannabis. Elles ont donc dû bénéficier d’un suivi plus important pendant cette période. 27% d'entre elles ont commencé à prendre au moins un médicament (anxiolytiques, antidépresseurs ou somnifères) au cours de l’année écoulée. Interrogé par France Inter, Bernard Basset, secrétaire adjoint de l’’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA), décrit ces comportements comme un "un effet substitution notamment parce que c'est plus facile d'accès et vécu comme plus légitime pendant cette période." Problème, l’accès aux soins a été largement restreint durant cette crise et quatre personnes sur dix ont dû renoncer à une consultation, des soins, un accompagnement, un rendez-vous d’information ou de suivi concernant leur addiction.

L'étude révèle enfin des inégalités concernant les répercussions psychologiques. Elles ont davantage touché les personnes dans une situation financière très difficile, celles déjà suivies pour une addiction, celles ayant connu un arrêt de leur activité professionnelle lors de l'année écoulée, celles qui étaient seules ou ont subi des violences au cours des deux confinements et les étudiants.