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Coronavirus : "Hold-up" le film complotiste sur la pandémie aux milliers de vues
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Le documentaire viral "Hold-Up" affirme dénoncer des mensonges depuis le début de la crise sanitaire (capture d'écran)
Le documentaire viral "Hold-Up" affirme dénoncer des mensonges depuis le début de la crise sanitaire (capture d'écran)

Coronavirus : "Hold-up" le film complotiste sur la pandémie aux milliers de vues

Le film diffusé en ligne s'en prend à l'Etat, aux médias, aux scientifiques et évoque une "conspiration mondiale" à propos de la pandémie de coronavirus. Financé grâce au crowdfunding, il répand un grand nombre de fausses informations.

Deux heures et quarante minutes pour dénoncer "une idéologie sanitaire autoritaire" et "une incroyable et phénoménale entreprise de manipulation globale". Voilà comment le producteur de "Hold-Up", Chirstophe Cossé, décrit l'objet du documentaire sorti sur des plateformes internet le mercredi 11 novembre. 

"Hold-up" est devenu viral, vous l'avez peut-être vu passer sur Twitter, Facebook ou sur WhatsApp. Avant même sa sortie, la bande-annonce avait déjà été vue plus de 400 000 fois sur YouTube et il a aussi été largement partagé sur les réseaux sociaux.

Le film aborde plusieurs thèmes : l'origine du virus, l'utilité du port du masque, la remise en cause du confinement, un prétendu "camps d'internement" pour les malades au Canada, ou encore les discours changeant des autorités et multiplie les fausses informations.

Des théories complotistes

"Il s'agit essentiellement d'un documentaire complotiste qui en a tous les aspects", explique Tristan Mendès France chez nos confrères de France Culture. Selon le maître de conférences associé à l'université de Paris Diderot, spécialisé en cultures numériques et collaborateur à l'Observatoire du conspirationnisme, le documentaire " n'a quasiment rien de journalistique dans la mesure où il n'y a aucune contradiction dans les 2h40 qu'il dure. [...] C'est un documentaire unilatéral, qui n'a qu'un seul objectif : nous montrer [...] qu'il y a un complot international d'une élite mondiale associée, pourquoi pas, à du big pharma, à des lobbies pharmaceutiques. Une élite qui comploterait contre les citoyens et notamment contre les pauvres."

C'est en effet l'une des accusations du film : les groupes pharmaceutiques font tout pour favoriser les traitements les plus coûteux pour augmenter leurs bénéfices. Plusieurs médecins sont accusés d'être "vendus" aux labos, notamment Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l'hôpital Saint-Antoine à Paris et Martin Blachier qui est épidémiologiste. 

Le film remet par exemple en cause l'utilité du confinement en démontrant que le pic de mortalité est arrivé après la mise en oeuvre de la mesure en France. Celui-ci a été mis en place le 17 mars et la courbe de mortalité a en effet continué à augmenter mais les scientifiques s'accordent sur le fait que les patients qui meurent du virus à l'hôpital pendant le confinement ont été contaminés avant, trois à quatre semaines plus tôt.

Le documentaire remet aussi en cause le nombre réel de personnes contaminés. Michael Yeadon qui est présenté comme étant un ancien directeur du groupe pharmaceutique américain Pfizer affirme qu'il y aurait "un taux de faux positifs 20 fois plus élevé" qu'annoncé mais sans présenter aucune donnée ou explication à ces propos.

Pendant pratiquement trois heures, les intervenants se succèdent donc et attaquent la gestion de la crise sanitaire. L'une des intervenantes du film, la députée ex-LREM Martine Wonner, avait déjà fait polémique à plusieurs reprises en estimant que le port du masque "ne sert strictement à rien" ou en demandant dans l'hémicycle la différence entre le Covid et "une énorme grippe. Le controversé infectiologue Christian Perronne, apparaît également lui qui a déjà été critiqué par le ministère de la Santé pour jeter "le discrédit" sur les professionnels de santé.

Comment a-t-il été produit et réalisé ?

"Hold-up, retour sur un chaos" a été réalisé par Pierre Barnérias, un ancien journaliste du journal Ouest-France aussi passé par TF1, LCI et France 3. Il a aussi une chaîne YouTube, "Thana TV" où il fait la promotion de ses films.

Les fonds ont été récoltés sur internet grâce à un financement participatif. Alors que l'objectif était de recueillir 20.000 euros, ce sont près de 200 000 euros qui ont été levés grâce à la participation de 5 232 contributeurs sur Ulule. Le PDG de Ulule s'est d'ailleurs justifié sur Twitter : "Le pattern sur ce type de projet est souvent le même : un pitch "euphémisé" qui permet de passer la modération, puis une radicalisation du propos durant la campagne" écrit Alexandre Boucherot. "Le pitch initial était principalement positionné sur le mode "d'autres voix sont possibles", et le propos s'est politisé au fur et à mesure de la campagne", ajoute t-il. 

La plateforme Tipeee a aussi été utilisée mais affiche maintenant un avertissement après avoir "reçu un grand nombre de signalements à propos de potentielles fausses informations présentes sur cette page ou les contenus vers lesquels elle redirige".

De vives critiques après sa publication 

Plusieurs responsables politiques de la majorité ont condamné jeudi la "propagande complotiste" du documentaire. "Ce n'est pas un docu, ce n'est pas du journalisme, c'est une propagande complotiste à budget blockbuster. Honteusement cautionné par quelques politiques en errance", dénonce la présidente déléguée des députés LREM Coralie Dubost, sur Twitter. Sa collègue Laetitia Avia évoque de son côté un film qui reprend "fake news sur fake news. Hallucinant. On pourrait en rire si la situation n'était pas aussi grave".

Certains intervenants eux-même se désolidarisent du film. C'est le cas de l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy. "Je n'ai pas vu ce film et s'il y a le moindre caractère complotiste, je veux dire le plus clairement possible que je m'en désolidarise. La crise sanitaire que nous traversons est suffisamment grave pour ne pas ajouter de la confusion aux moments douloureux que nous vivons" écrit-il sur Twitter.Il affirme s'être fait piéger et se dit scandalisé. 

Le film a été retiré de Dailymotion pour un contenu qui "ne respecte pas les conditions d'utilisation", mais il reste disponible sur d'autres plateformes.