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Une fiche pour détecter les signes de radicalisation à la fac fait polémique
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Université de Cergy Pontoise
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Une fiche pour détecter les signes de radicalisation à la fac fait polémique

Le lundi 14 octobre, un des membres responsables de la sécurité et de la défense de l’Université de Cergy-Pontoise a fait passer à tous les personnels de l’établissement un formulaire visant à détecter chez les étudiants et les enseignants tous types de "signaux faibles de radicalisation".

Personne il y a encore une semaine de cela ne pouvait définir précisément ce qu’étaient des « signaux faibles de radicalisation ». Ce n’est toujours pas sûr qu’on le puisse aujourd’hui mais le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pourra un jour peut-être mettre en avant le fait qu’il a réussi à populariser une formule aussi floue. Après l’attaque de la préfecture de Paris qui avait fait 5 morts le 3 octobre dernier, des débats s’étaient ouverts après qu’on a appris que l’auteur de la tuerie, Mickaël Harpon n’avait fait l’objet d’aucun signalement pouvant prévenir son passage à l’acte. 

Le 8 octobre, Christophe Castaner affirmait ceci devant les députés : « parmi les signes qui doivent être relevés, un changement de comportement, comme le port de la barbe, la pratique régulière et ostentatoire de la prière rituelle, une pratique religieuse rigoriste, particulièrement exacerbée en matière de Ramadan__. Ce sont des éléments qui doivent permettre de déclencher une enquête approfondie ». Cette déclaration avait valu de nombreuses critiques au ministre mais il faut croire qu’elle n’a pas été rejetée par tout le monde. 

Dans l’Université de Cergy-Pontoise, les idées énoncées par Christophe Castaner ont même trouvé un écho franchement assez effarant. Lundi 14 octobre, Clément Carbonnier, professeur d’économie à l’Université partage son indignation sur Twitter : 

Capture d'écran du tweet de Clément Carbonnier, professeur d'économie à l'Université de Cergy-Pontoise / Twitter @Carbonnier_Eco
Capture d'écran du tweet de Clément Carbonnier, professeur d'économie à l'Université de Cergy-Pontoise / Twitter @Carbonnier_Eco

Des signes faibles de radicalisation ou une forte démarche de dénonciation ?

Cette fiche nommée « Fiche de remontée de signaux faibles » a été partagée par mail à l’ensemble des personnels de l'Université, soit près de 2 000 personnes. C’est « un fonctionnaire chargé de la sécurité du site universitaire de Cergy qui aurait pris lui-même l’initiative » précise le directeur de l’Université de Cergy-Pontoise, François Germinet, ce mardi au Parisien. Cette fiche de renseignements consiste, dans la logique des personnes chargées de la sécurité et la défense de l’Université, à faire remonter tout signe qui pourrait évoquer une potentielle radicalisation chez les quelques 20 000 étudiants et 2 000 personnels du site. Dans ce formulaire, on y retrouve, comme dans les propos du ministre de l’Intérieur, l’évocation du port de la barbe, la pratique de la prière et différents exemples de changements de comportement. Sauf que la personne responsable de ce formulaire est allée plus loin que le ministre (c’est possible !) en explicitant point par point, quelles pouvaient les multiples exemples présentant donc des signaux faibles de radicalisation : 

Fiche de remontée de signaux faibles de l'Université de Cergy-Pontoise
Fiche de remontée de signaux faibles de l'Université de Cergy-Pontoise

Parmi les signes qui révéleraient un signal faible de radicalisation, l’auteur de ce formulaire a donc pensé bon d’inclure les catégories suivantes : « arrêt de faire la fête », « consommation récente de produit hallal », « homme : port d’une djellaba », « chute inexplicable des notes ». Ces exemples sont déjà assez dingues mais il en existe d’autres encore plus fous : « a fermé ses profils Facebook, Twitter, Instagram, Whatsapp… », « arrêt de consommation de boisson alcoolisées » ou encore la géniale étant donné le lieu dans lequel ce formulaire est distribué : « intérêt soudain pour l’actualité nationale et internationale ». On ne sait pas trop ce qu’a cru cet individu chargé de la sécurité de l’Université mais ce formulaire ressemble plus à une mauvaise blague qu’à autre chose. Dommage que le sujet ne soit pas drôle du tout lui et présente, encore une fois, un racisme latent.

Le directeur de l'Université de Cergy-Pontoise, François Germinet, excusait la sécurité de l'Université et présentait ses excuses ce matin dans les colonnes du Parisien : "Je ne l'accable pas. Il a cru bien faire car beaucoup de personnels viennent le voir pour lui demander quoi faire s'ils sont témoins de tels comportements. Notre intention n'était pas de stigmatiser une communauté, notre établissement a toujours prôné la diversité. Je m'excuse publiquement auprès des personnes qui ont été blessées." Hier soir, c'est l'Université de Cergy-Pontoise qui présentait ses excuses dans un tweet : 

Tweet de l'Université de Cergy-Pontoise
Tweet de l'Université de Cergy-Pontoise

Comme l'écrivait le professeur d'économie Clément Carbonnier, c'est "une honte" et cette honte concerne toujours les mêmes sujets.