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CBD : Thomas Traoré aka Grain de Caf se dit "victime d'une injustice"
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CBD : Thomas Traoré aka Grain de Caf, de la belle histoire à l'injustice
CBD : Thomas Traoré aka Grain de Caf, de la belle histoire à l'injustice ©Radio France

CBD : Thomas Traoré aka Grain de Caf se dit "victime d'une injustice"

L'entrepreneur a accepté de revenir pour Mouv' sur son business, jusqu'à sa mise en examen le 12 juillet dernier.

L’histoire démarrait pourtant très bien. Thomas Traoré, aka Grain de Caf , ouvrait le 13 juin dernier une nouvelle boutique rue de Clignancourt, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Après sa marque de vêtements, Isakin , l’entrepreneur décide cette fois-ci de se lancer dans le business du CBD . Derrière ses trois lettres, se cache le cannabidiol . Un composant dérivé du cannabis, aussi appelé "cannabis light".

"J’ai un ami à Besançon qui s’est lancé dans ce business. Après un article de L’Est Républicain, les gens faisaient la queue devant sa boutique. Alors il m’a proposé, quelque temps après, de devenir franchisé de sa marque" , se souvient Thomas Traoré, déjà sensible à cette thématique. "J’ai découvert le CBD pour ses vertus thérapeutiques. Il permet notamment aux vieux fumeurs d’arrêter progressivement le cannabis traditionnel" , détaille-t-il.

Mais outre le cannabis en lui-même, Grain de Caf est surtout excité à l’idée de devenir franchisé. Après tout pourquoi pas. Le commerce ça le connaît déjà. Mais avant de pouvoir ouvrir son propre Bestown Shop , l’homme souhaite d’abord se renseigner. En effet, l’équation cannabis + vente a de quoi faire douter.

C’est pourquoi avant toute chose, l’homme s’est renseigné auprès d’un avocat . "Il m’a dit que la vente de CBD était parfaitement légale. D’ailleurs, je me rappellerai toujours de ce qu’il a précisé, "faites juste attention à l’importation du produit en fonction de la législation de certains pays.""

Le début des ennuis

Tous les voyants sont donc au vert. " Je n’allais pas ouvrir un magasin qui a pignon sur rue sans savoir au préalable si c’est autorisé" , s’amuse Thomas Traoré. Puis arrive enfin le grand jour. Nous sommes le 13 juin 2018 . Bestown Shop  Paris ouvre ses portes . Toujours aussi pointilleux, Thomas Traoré prévient la Brigade anti-criminalité (BAC) du 18e arrondissement de l’ouverture de son magasin. Les policiers ne trouveront rien à lui redire, si ce n’est de faire attention à ne pas causer de trouble à l’ordre public.

"Le message est vite passé" , confie le père de famille, qui veut éviter tout problème avec la justice. Il tient à rester discret. Voilà pourquoi, "les produits n’étaient jamais affichés en vitrine. Il fallait rentrer pour voir ce que je vendais."  Et en l’absence de règles claires, Thomas Traoré définissait les siennes. "Pas de ventes aux mineurs, ni aux femmes enceintes. Les études sur le sujet n’ayant pas abouti, je ne voulais prendre aucun risque" , argumente-t-il.

De fil en aiguille, les affaires fonctionnent. Plusieurs rappeurs se bousculent  pour venir essayer les chocolats, thés, et autres marmelades en vente chez Bestown Shop Paris.

Parmi les autres visiteurs, beaucoup de curieux  bien sûr, mais aussi des malades  auxquels on a prescrit du CBD. " Souvent des personnes qui veulent atténuer les effets de la chimiothérapie, ou des malades atteints d’arthrite et de sclérose en plaques. Certains faisaient plusieurs centaines de kilomètres pour venir s’approvisionner dans ma boutique" , s’étonne encore Grain de Caf.

Mais très vite, les contrôles de police vont venir perturber la mécanique de son business . Dès la première semaine , trois policiers viennent vérifier les papiers du franchisé. Un premier contrôle administratif étonnant, mais auquel le gérant ne porte guère plus d’attention que cela. Même s’il admet aujourd’hui, " j’ai ma boutique de vêtements juste à côté, et ça ne m’est jamais arrivé."  M’enfin … A quoi bon poser des questions ? Thomas est en règle, et il veut le faire savoir.

Les semaines se suivent et les contrôles se ressemblent . Lassés, les policiers lui confieront que ce n’est pas de leur ressort. Les ordres viennent de plus haut. Bien qu’en règle, Thomas Traoré et sa boutique dérangent. Jusqu’à ce jour . Trois semaines et demi après l’ouverture de son établissement aux airs de pop-up store, 11 policiers débarquent  au 39 rue de Clignancourt. Tous ses produits sont saisis, et le commerce est mis sous scellés.

Grain de Caf est placé en garde à vue  pendant 48h, ainsi que 12h au palais de justice, où il est présenté à un juge. La sanction tombe. Thomas Traoré est mis en examen pour "trafic de stupéfiants" , et "provocation à l’usage de stupéfiants" . Il n’a plus le droit d’exercer son activité.

"A Paris, on a servi d'exemple"

Aujourd’hui, le quadragénaire est amer. Il se dit victime d’une injustice . "Ce qui m’arrive est disproportionné. Je suis mis en examen pour un produit considéré comme légal, et ce, malgré un revirement juridique."  Thomas Traoré fait référence ici à la mise au point de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) , qui interdit la vente des fleurs de cannabis et autres produits finis, même s’ils ne contiennent pas plus de 0,2 % de THC. La Mildeca rappelle également que le CBD fait partie des composés actifs majeurs du cannabis, à l’instar du THC.