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CBD : Thomas Traoré aka Grain de Caf mis en examen pour sa boutique
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Thomas Traoré aka Grain de caf mis en examen à cause du CBD
Thomas Traoré aka Grain de caf mis en examen à cause du CBD ©Radio France

CBD : Thomas Traoré aka Grain de Caf mis en examen pour sa boutique

Victime d'un flou juridique, il risque 10 ans de prison et 7,5 million d'euros d'amende.

Vous le connaissez sans doute sous son nom de rappeur en solo ou avec son groupe Octobre Rouge. Ou peut-être l'avez-vous déjà croisé dans sa boutique du 39 rue de Clignancourt, dans le 18ème arrondissement de Paris. En effet, Thomas Traoré aka Grain De Caf  a ouvert le 13 juin 2018 un "coffee shop" à la Française, dans lequel il vendait des produits à base de cannabidiol (CBD), un composant dérivé du cannabis, que l'on appelle aussi "cannabis light" .

Mais après trois semaines d'ouverture, sa boutique, Bestown Shop ,  a dû plier les gaules. Pourtant, le rappeur pensait être dans la légalité la plus totale lorsqu'il a ouvert les portes de son établissement. Or, il est rapidement visé par une information judiciaire ouverte par le parquet de Paris. Ainsi l'entrepreneur est placé en garde à vue avant d'être mis en examen le 12 juillet dernier pour "trafic de stupéfiant", et "provocation à l'usage de stupéfiants." "Tout était en règle, et puis patatras" , a-t-il notamment confié au journal Libération .

Comme dans son cas, nombreuses sont les boutiques proposant du CBD, à ouvrir leurs portes. Elles sont également un bon nombre à disparaître. Selon Norml (National Organization for the Reform of Marijuana Laws) ,  une association qui milite pour la dépénalisation du cannabis, une quinzaine d'établissement auraient subi le même sort que celui de Thomas Traoré. Dans un communiqué publié sur Norml France le 17 juillet , l'association explique, "Face à cette situation nouvelle, le gouvernement a choisi de restreindre sa lecture de la législation et de défendre une politique répressive. "

Et d'ajouter :

En France, en 2018, on saisit les comptes bancaires, on interpelle, on perquisitionne, on marginalise sur le simple fondement d’un « point sur la législation » et d’une « dépêche ». Ainsi, une pâtissière de talent qui réalise des cookies à base de cannabidiol, produits dans lequel la molécule de THC est présente de manière infime, a été placée en garde à vue plusieurs jours et mise en examen pour trafic international de stupéfiants. Cette fuite en avant est inquiétante. Les autorités s’affairent à tenter d’endiguer un phénomène qui se développe mondialement. L’histoire retiendra cet épisode comme une énième tentative de quelques technocrates de faire appliquer le paradigme d’une prohibition qui n’a jamais montré un seul résultat positif.

C'est quoi le problème avec le CBD ?

A priori, il ne devrait pas y en avoir. Le cannabidiol est une sorte de "cannabis allégé" aux effets relaxant , et non hallucinogènes à l'instar du THC , substance interdite à la vente en France.

Mais là ou le bas blesse, c'est au sujet du taux de THC présent dans les produits finie. Certains disent disent que le taux de THC doit être inférieur ou égal à 0,2% tandis que la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et conduites addictives (Midelca) rappelle  "Le taux de 0.2 % de THC n’est pas un seuil de présence de THC dans le produit fini mais dans la plante elle-même. Or, des contrôles réalisés dans certains produits présentés comme contenant du CBD ont révélé la présence de THC (...) La présence de THC dans les produits finis, quel que soit son taux, est interdite."

Un flou juridique qui pourrait coûter 10 ans d'emprisonnement et 7,5 millions d'euros d'amende à Thomas Traoré, et d'autres. En effet le gouvernement apparaît déterminé. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a déjà annoncé fin juin 2018 des perquisitions partout en France.

[source  Libération]

Crédit photo : Fred TANNEAU / AFP