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Xbox One : le début de la fin ?
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XBox One à l'E3 2016 ©Getty

Xbox One : le début de la fin ?

À force d' annulations de projets et de sorties de piste à son lancement, la Xbox One est devenue la mal-aimée de la génération actuelle de consoles, face à une Playstation 4 toute-puissante et une Switch qui se vend par camions entiers...

À l’occasion de la sortie de Crackdown 3 - l’une des rares exclusivités réservées par Microsoft (PC et Xbox One, donc) en ce début d’année - c’est l’occasion de faire le point sur la boite à jeu américaine, dont l’avenir pourrait prendre une étonnante tournure. 

Pour comprendre la trajectoire de la Xbox One, il faut remonter pas mal d’années en arrière. Le milieu des 90’s. Alors que la bataille se joue entre Sega, Sony et Nintendo - Saturn vs Playstation vs N64 - Microsoft commence à se poser des questions sur son avenir. Jusque-là essentiellement éditeur de logiciels de bureautique, de Windows à la suite Office, le géant américain se contente d’une poignée de jeux vidéo dans son catalogue, comme Age of Empire, ou de choses plus atypiques, comme Flight Simulator. Mais la croissance extraordinaire de la Playstation commence à inquiéter Bill Gates et sa team ; le premier mouv se fait en 98 avec Sega, pour qui Microsoft développe le logiciel interne de la Dreamcast. Si le destin de la console est vite plié face à une Playstation 2 monstrueusement populaire, les fondations de la Xbox sont posées sur cette première expérience. Teasée par Bill Gates fin 99, la Xbox (qui devait s’appeler DirectX Box, en référence aux logiciels de développement multimédia vendus par Microsoft) fait son apparition très officielle à Las Vegas en janvier 2001. 

Plus puissante que ses trois rivales, la PS2, la Dreamcast et le Game Cube, la Xbox est conçue comme un PC simplifié, capable de jongler avec l’audio et la vidéo. Une boîte multimédia qui aligne aussi les portages de jeux PC oklm, tout en ayant des capacités assez révolutionnaire pour le jeu en ligne. C’est la console parfaite des “hardcore gamers”, qui ne veulent pas se prendre la tête à faire mouliner un PC et son matos évolutif. La formule fonctionne très bien, à tel point que Sega et Nintendo finisse derrière, la Xbox propulsant Microsoft au deuxième rang des constructeurs de consoles. 

Avec une street cred gonflée à bloc, la Xbox 360 prend la relève en 2005, près d’un an avant que Sony et Nintendo n’avancent leurs pions pour la génération suivante de bécannes. Malgré des soucis de fiabilités, la console fait un carton. Sur le papier, la Playstation 3 (qui sort fin 2006) est plus musclée ; mais sa programmation compliquée rend les jeux multiplateformes rarement à la hauteur de leurs équivalents chez Microsoft. Plus fort encore, la manette de la 360 devient la référence du marché, aussi bien sur console que sur PC. En l’espace de deux générations, le vaisseau Xbox est parvenu à égaler l’empire Playstation ! Bon, ok, si on veut être totalement honnête, faut préciser que sur cette génération, la Wii de Nintendo, bien modeste techniquement, fait largement course en tête dans l’industrie. Mais il faut comparer ce qui est comparable, la Wii ne jouant pas dans la même cour. 

En fin de parcours, la PS3 rattrappe son retard, mais son image est sérieusement écornée. 86 millions de PS3, 85 millions de 360 (et 101 millions de Wii, donc). Huit ans se sont écoulés… Et voilà que se profile la huitième génération de consoles ! Au salon du jeu vidéo de Los Angeles, en juin 2013 - l’E3 pour les intimes - le monde du gaming attend les keynotes de Microsoft et Sony, la bave aux lèvres. La Playstation 4 et la Xbox One ont été dévoilées en amont, mais on attend encore les derniers détails… Et là, c’est le drame ! Microsoft donne l’impression d’empiler les mauvaises nouvelles : connexion internet obligatoire sous peine de ne pas pouvoir lancer les jeux, reventes des jeux potentiellement taxée, restrictions sur le prêt des jeux, caméra Kinect obligatoire… Le tout pour un billet de 500€. Dans la foulée, Sony entre en scène pour briser son rival : la PS4 est un peu plus puissante (même si l’architecture des deux consoles est quasi-identique), on peut profiter de ses jeux comme on veut, et surtout, elle sera vendue 400€. Headshot, fin du game.

Microsoft aura beau faire marche arrière sur la plupart de ses idées initiales - allant même jusqu’à renoncer à la caméra Kinect en cours de route - le mal est fait : la Xbox One ne fait déjà plus rêver, alors qu’elle n’est même pas sortie ! 

Dès le lancement des deux consoles, fin 2013, on se retrouve avec une situation parfaitement inversée par rapport à la génération PS3 / 360. Microsoft patauge, les gamers et la presse comparent en permanence les jeux multiplateformes PS4 / Xbox One (en faveur de Sony cette fois). Signe du malaise, Sony communique régulièrement sur les ventes de sa console, tandis que Microsoft ne parle plus que de chiffre d’affaire, de revenus générés par le Xbox Live, de nombre d’abonnés, de puissance de calcul… Mais personne ne sait vraiment où se situe la console par rapport à ses deux concurrentes ! Et pourtant, année après année, Microsoft n’a jamais cessé de multiplier les opérations de charme auprès de la communauté. 

Le nerf de la guerre dans le monde du jeu vidéo, c’est les titres et contenus exclusifs. À ce sujet, la politique entamée sur les deux précédentes Xbox a été largement pérennisée sur One. Fini les jeux exclusifs à la console : chaque titre édité par Microsoft est à la fois dispo sur PC et One. Le bon côté des choses, c’est la possibilité d’entamer une partie sur une machine et de continuer sur une autre, les écosystèmes étant compatibles entre les deux plateformes. Mais c’est à double-tranchant, puisqu’avec une dose de mauvaise foi, il est facile de juger la One comme un PC au rabais, et de considérer qu’elle a totalement perdu la bataille des jeux exclusifs. Un constat absurde, puisque les joueurs PS4 ou Switch ne feront pas tourner Halo, Gears of War ou Forza, pour citer quelques exemples de base. Et puis il y a aussi les jeux indés, qui apportent un supplément de crédibilité auprès des gamers.

Microsoft a massivement injecté du cash pour s’offrir des petits studios de développement aux grandes idées, et gonfler le catalogue de ses machines. Allez faire un tour du côté de la chaîne Youtube Xbox, ce n’est pas l’offre qui manque ! Et quand on voit des dingueries à la Cuphead ou Ori and the Blind Forest, on ne peut que s’incliner. Reste qu’en face, Sony aligne à un rythme hallucinant les gros hits qui vont bien : Spider-Man, God of War, Horizon Zero Dawn, Bloodborne, Gravity Rush, Uncharted… Et malgré tout son cash et son expérience, Microsoft donne l’impression de brasser ses vieilles recettes, sans trop prendre de risques.  

Mais la Xbox, c’est aussi des services : le Live n’a plus grand-chose à prouver en terme de fiabilité, et il est maintenant possible de souscrire à une sorte de Netflix du jeu vidéo, le Game Pass, pour accéder à des tonnes de jeux en téléchargement, y compris les exclus Microsoft dès leur sortie. Et c’est sans doute là que tout va se jouer pour la prochaine génération. Si le destin de la Xbox One semble bel et bien scellé malgré tous ces efforts, il paraît de plus en plus évident qu’elle sert de terrain d’essai pour la suite. Une Xbox entièrement basée sur les jeux en streaming ? Microsoft semble y penser sérieusement avec son projet Azure. Lequel pourrait techniquement être déjà déployé sur One… À moins que la division matérielle Xbox soit abandonnée dans les quelques années à venir, pour laisser place à un portail Xbox Live entièrement accessible depuis n’importe quelle machine reliée à internet ? On peut croire que tout ça relève de la science-fiction pure, mais dans la logique Microsoft, qui s’éloigne de plus en plus du monde de l’édition pour devenir un fournisseur de services et de contenu en ligne, ça serait l’étape logique. Allez, on fait le point dans un an !

Par Max Besnard