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Super-héros et jeu vidéo : c'est compliqué
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Marvel vs Capcom Infinite (© Capcom)
Marvel vs Capcom Infinite (© Capcom)

Super-héros et jeu vidéo : c'est compliqué

Quand on voit des films comme "Avengers", "Black Panther", "Wonder Woman" ou "Batman V Superman" taquiner, voire pulvériser la barre du milliard de dollars de recettes, on se dit qu’un complément gaming aurait du sens : malheureusement, jusqu’à maintenant les tentatives ont été pour le moins… contrastées !

À l’heure où le nouveau film Marvel Avengers: Endgame est en tête du Box Office mondial, ne vous attendez pas à découvrir au passage un jeu vidéo dérivé de tout ce joyeux bazar, qui compte, on le rappelle, 22 films depuis Iron Man en 2008 ; Marvel est sur le doss mais clairement pas pour tout de suite. Plutôt curieux donc de noter qu’en dépit d’une popularité incroyable, les films de super-héros ne trainent plus de jeu vidéo dans leur sillage. 

Avengers et la famille Marvel

Vous avez déjà entendu parler de Redwood City, aux States ?… Cette petite ville se situe dans la lointaine banlieue sud-est de San Francisco, en Californie. En dehors de ses 76K habitants, Redwood abrite une petite entreprise, fondée en 1992 : Crystal Dynamics. Un nom qui sonne chez les gamers comme une promesse d’expériences épiques… Pandemonium, Soul Reaver, et surtout Tomb Raider : tout ça, c’est à Crystal Dynamics qu’on le doit ! Sans cette mythique maison du pixel bien fait, le monde n’aurait jamais connu Lara Croft, l’héroïne ultime du jeu vidéo ; l’une des rares superstars virtuelles connues sur toute la planète, bien au-delà de ses aventures interactives. Et sachez que Crystal Dynamics a été rachetée à la fin des 90’s par l’anglais Eidos, lui-même avalé une décennie plus tard par le Japonais Square Enix. La minute “name dropping” pour les nuls : Square Enix, c’est la boite derrière Final Fantasy, Dragon Quest, Kingdom Hearts, Just Cause, Sleeping Dogs__, NieR_ou encore Hitman, pour ne citer qu’une poignée de références qui pèsent dans le game. Au fait, vous allez nous dire, pourquoi est-ce qu’on vous raconte tout ça ? Eh bien parce que Square Enix a été chargé il y a quelques années par Marvel de créer un jeu vidéo Avengers… Et c’est le duo Crystal Dynamics / Eidos Montréal (la saga _Deus Ex) qui doit mettre ça en forme ! Pour le moment, on a vu qu’un seul petit teaser de rien du tout, il y a un peu plus de deux ans :

Et depuis… Plus rien ! On sait juste que le projet est toujours en développement ; le reste n’est que pure spéculation, basée sur des bruits de couloirs. Pour résumer, il s’agirait d’un grand jeu d’action à la troisième personne (on voit le personnage de dos) avec l’accent mis sur le multijoueur. Square Enix parle d’un jeu qui tiendra la communauté accrochée durant plusieurs années ; impossible de ne pas penser à des expériences hyper-connectées / évolutives, à la Destiny ou The Division__.

Le jeu était pressenti pour être montré fin 2018, pendant la cérémonie américaine des Game Awards, la présence des frères Russo (réalisateurs des films Avengers) ayant fait monter la pression, mais c’est finalement la surprise Marvel Ultimate Alliance 3 sur Switch qui a fait le déplacement. 

Quant à Avengers Project, il y a bien eu quelques rumeurs supplémentaires pour alimenter la légende, mais en étant réaliste, il y a très peu de chances pour qu’on puisse voir quoi que ce soit de neuf avant l’E3, le salon du jeu vidéo de Los Angeles, en juin. Il serait même question d’une sortie calée avec celle de la prochaine génération de consoles, PS5 et Xbox, donc pas avant 2021. Mais là encore, on va considérer que tout ça n’est que du vent tant Square Enix n’a rien officialisé. On peut donc se rabattre sur quelques autres références en attendant. Comme Fortnite, qui se paie un nouveau contenu Avengers, comme l’an dernier avec le gant de Thanos. Une façon de marquer la sortie d’Endgame, même si c’est pas la forme qu’on attend vraiment. 

Autre option : la série de jeux de combat en un contre un (ou de “versus fighting”, pour utiliser l’expression officielle) Marvel vs Capcom. Dispo sur à peu près toutes les plateformes de jeu, la franchise met en face à face les grands noms de l’univers Marvel (héros et vilains) et les stars de Street Fighter/Megaman/Monster Hunter/Resident Evil. Facile à prendre en main, en particulier “Infinite”, le dernier épisode en date, MvsC est un grand classique du jeu de baston, conçu pour en mettre plein les yeux. Et tant pis pour les gamers qui veulent un peu de subtilité. 

Le monde du gaming a vite oublié tout ça, mais avant le passage du rouleau-compresseur Disney sur Marvel, Sega avait eu le temps de cuisiner quelques jeux pour accompagner les films du MCU… On va pas se mentir, globalement c’est indigeste, et on reste poli ! Iron Man par exemple, qui reprenait en 2008 l’intégralité du film du même nom, y compris la tête de son acteur principal. Si vous voulez voir à quoi ressemble Tony Stark/Robert Downey Jr. version PS2, c’est ici :

Même genre de bail pour Thor ; le Dieu du Tonnerre a été pixélisé en 2011, toujours par Maître Sega, qui en a fait une sorte de God of War pour kids. Ultra édulcoré, le jeu a pour lui une prise en main plutôt réussie et bien dynamique. Pour le reste - scénar’, réalisation, intérêt - on est proche du zéro absolu. À choper d’occasion, pour un euro symbolique, si vous êtes du genre fanatique total de Marvel. Et encore, on est sympa. 

On aimerait vous dire que Captain America, sorti quelques mois plus tard, a eu droit à un traitement plus glorieux, mais ça serait mentir Sega a ressorti la photocopieuse à pixels, pour sa piteuse adaptation du film. Un bon gros gâchis de plus, alors que le matériaux de base a pourtant de quoi inspirer un grand jeu d’action digne de ce nom. Dommage, ratage. 

On pourrait continuer la liste comme ça pendant des heures, tant les adaptations Marvel en jeu vidéo font souvent pitié. Heureusement il y a aussi des moments magiques ; évidemment, on pense à Spider-Man, sorti l’année dernière sur PS4. Le jeu propose un scénario bien à lui, en dehors des films (il surfe plutôt sur les comics), mais se permet quand même d’ajouter des éléments venus du MCU, notamment quelques costumes bien sentis. Il est l’exemple parfait de ce que la mythologie des super-héros peut apporter au jeu vidéo, quand des studios de talent se penche sur la question. En l’occurrence ici il s’agit d’Insomniac Games, qui s’est déjà illustré avec les très chouettes Sunset Overdrive et Ratchet & Clank. 

Bon, si vraiment votre kiff c’est de revivre les films, manette en main, il y a aussi l’option Lego, qui couvre les débuts des Avengers. Jouable à deux en coop, blindé de références et de vannes bien furieuses, Lego Marvel’s Avengers a beau avoir 4 ans dans la vue, il se tient toujours aussi bien ! Peut-être pas la référence esthétique la plus folle, mais pour ce qui est de retrouver l’univers du film, on n' a pas encore fait mieux. 

Et chez DC ?

Notez qu’on a couvert uniquement les jeux Marvel ; le concurrent direct DC Comics ne s’est absolument pas mouillé coté jeu vidéo depuis une éternité ! Au temps des consoles 16-bits, il y avait bien quelques tentatives, comme l’adaptation du Batman Returns de Tim Burton :

Mais globalement, DC n’a pas vraiment eu son heure de gloire avant que Warner et le studio RockSteady ne viennent mettre tout le monde d’accord en 2009, avec un certain Arkham Asylum. Lui, il a tout compris : un système de combat absolument ouf, repris depuis par à peu près tous les jeux d’action (demandez donc à Assassin’s Creed_ou le dernier God of War!) ; une mise en scène épique, façon Hollywood ; un scénario tordu, inspiré des meilleurs comics Batman ; et une galerie de personnages hyper charismatiques, servant de moteur narratif. Bref, une réussite complète, qu’on ne peut que vous conseiller d’essayer, si ce n’est pas encore fait ! Sachez que ce premier jeu de ce qui est devenu ensuite une quadrilogie a reçu à sa sortie lerecord Guinness du jeu de super-héros le mieux notéde tous les temps ! Alors, qu’est-ce qui fait la différence avec les autres adaptations de comics ? Tout simplement le fait que ses développeurs n’ont pas essayé de coller à quelque chose d’existant, à tout prix, pour rentabiliser un plan marketing foireux. _La série Arkham, c’est avant tout des expériences de jeu très solides, renforcées par une mythologie forte. Enlevez les références à Batman, il reste quoiqu’il arrive un jeu complètement dingue ; l’univers du Dark Knight, c’est juste la “cerise sur le pompon”, le bonus qui rend le jeu encore plus fou. 

On espère donc qu’Avengers Project suivra le même chemin, sous peine de se retrouver dans la case malheureusement trop remplie de sous-produits hollywoodiens anecdotiques. Vu le temps de développement, on peut garder espoir ; allez, on y croit !