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Rap et jeu vidéo : pour le pire et le meilleur
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Def Jam Fight For NY (© Def Jam/EA)
Def Jam Fight For NY (© Def Jam/EA)

Rap et jeu vidéo : pour le pire et le meilleur

Le rap est partout dans la vraie vie mais qu'en est-il dans le monde du jeu vidéo ? De Parappa à GTA, on vous raconte la petite histoire du rap game dans le gaming.

Cité aujourd’hui par la plupart des rappeurs comme un loisir de base, de FIFA à Call of Duty en passant par Fortnite, l’association du jeu vidéo et du hip hop est un grand classique. Il y a évidemment des tonnes de sons bien lourds, éparpillés sur les bandes-son de presque tous les blockbusters pixélisés des 10 dernières années, mais le deal ne s’arrête pas là. Alors oui, il a fallu pas mal de temps au rap pour se glisser dans le monde du gaming, mais les premiers héros de la culture street et leurs codes remontent bien au-delà de la décennie en cours !

A l'ancienne

S’il faut remonter le fil, l’origine de la culture rap dans le gaming revient sans hésiter à Sega, autrefois champion de la prise de risque et de l’innovation. Éditeur de jeux, ça oui, mais aussi fabricant de consoles, sur lesquelles Maitre Sega se prenait bien la tête pour créer des expériences à des années-lumière de la concurrence. Sans jamais se demander si le résultat serait commercialement viable ou non ! Le mythique - ou mystique, selon votre sensibilité - ToeJam & Earl sorti en 91 sur Megadrive est clairement le plus barré des enfants Sega ! TJ&E, c’est la story de deux aliens qui s’écrasent sur Terre et doivent retrouver les pièces de leur vaisseau pour rentrer chez eux. Le truc, c’est qu’ils viennent d’une planète où le rap est un mode de vie ; matez un peu leur style, on navigue dans l’ambiance street fin-80’s début 90’s. C’est un peu comme si Sugarhill Gang avait eu des kids avec E.T.

ToeJam & Earl (© Sega)

On pourrait croire qu’il s’agit là d’un exercice de style un peu chelou, voire limite caricatural, mais la bande-son et les dialogues totalement ouf ne laissent finalement aucun doute : ce jeu est une immense ode au hip hop, à l’heure où le genre était loin d’avoir conquis le monde !

Sachez que le jeu est trouvable sur pas mal de supports, en téléchargement ou au sein de compilation Megadrive, et qu’il a même eu deux suites directes : une sur Megadrive, une sur Xbox. Et encore plus fort : un quatrième épisode vient tout juste de sortir, sur toutes les plateformes actuelles (en téléchargement). 

1991 toujours, autre salle, autre ambiance : SNK balance un concurrent de Street Fighter 2, à la fois sur borne d’arcade et sur sa propre console, la Neo Geo. Ça s’appelle Fatal Fury: King of Fighters, et l’un des combattants se la joue total look hip hop. Sorte de fils caché de MC Hammer et 6ix9ine, pour situer, Duck King est - d’après sa bio officielle - le boss de la street dance, mélangé à un DJ/rappeur pro. Gros clichés, mais fallait bien commencer quelque part. 

Tout ça est bien timide, ok, donc on enchaîne avec l’artillerie lourde : 96, Playstation, PaRappa the Rapper. Un chien au flow imparable, dans un jeu de rythme monstrueux. Pas le temps de niaiser, c’est le premier grand jeu de la génération hip hop ; et au passage, c’est maintenant dispo sur PS4 en version HD refaite des pattes à la trutruffe du chienchien. 

Dans le genre rap qui tache, mention “c’était la zumba mais à l’époque on a bien kiffé”, Donkey Kong 64 et son DK Rap, parti d’une grosse blague et finalement intégré au jeu.  

C’est le moment où vous vous dites : très bien tout ça, mais en dehors de quelques effets de style, le rap est utilisé comme un argument de second zone, voire limite une façon de tourner en ridicule un perso bien stéréotypé. Difficile de contre-argumenter, sachant que les affaires sérieuses ne commencent pas avant le tout début des années 2000. La culture hip hop est alors en plein boum dans les médias, et les kids qui ont grandi avec le jeu vidéo sont maintenant ado ou adultes. Le mélanges des deux mondes prend une nouvelle dimension, avec plusieurs pierres angulaires. Continuons donc notre petite balade dans le monde des jeux qui ont du flow avec le légendaire Jet Set Radio, qui ouvre le nouveau millénaire comme il se doit. Merci Sega (encore), qui a pondu sur Dreamcast un ovni ultime : un jeu d’aventure et de street art ! Avec évidemment la bande-son qui va bien, blindées de grooves bien vénères. 

La bagarre !

La même année, le futur monstre de l’édition, Activision, sent le vent tourner et lâche un chèque au Wu-Tang Clan, pour s’offrir Shaolin Style, un jeu de baston calé entre le trip mystique et le concert bien furieux. Ça balance des high-kicks sur le son du Clan, ça vole vraiment pas haut, mais c’est instantanément culte auprès des fans. Pour les autres, c’est un énième jeu de fight, qui parodie plutôt mal Mortal Kombat, avec des contrôles pas ouf et une réal de base.

Pas encore le gros doss du game, mais la voie est ouverte. Et les choses vont sérieusement s’améliorer. Def Jam, ça vous dit quelque chose ? Le label des Beastie Boys, de LL Cool J, de Public Enemy… Un temps dirigé par un certain Jay-Z… Et fondé par Rick Rubin, futur collaborateur d’Eminem et Kanye, entre mille autres. Eh bah tout ça pour dire que le label se fait lui aussi pixeliser la face, avec la trilogie Def Jam Vendetta / Fight for New York / Icon. Encore des jeux de fight, avec ici toutes les stars du label, mais cette fois réalisé avec pas mal de savoir-faire. On imagine que des bails de droits à l’image empêchent la série de revenir, et c’est bien dommage, parce que dans le genre, y’a pas eu beaucoup mieux. Voire pas du tout. 

Et devinez qui va s’y engouffrer juste après ? 50 Cent, évidemment, l’empereur de la com’ option street créd’, avec le très mauvais Bulletproof en 2006, suivi de l’hyper thug Blood on the Sand. Si vous aviez rêvé de voir Curtis James Jackson III se la jouer Rambo du ghetto, votre vœux est exaucé… Et dans le cas contraire vous pouvez rager, 50 est au-dessus de tout ça. 

Et la musique ?

Résumer la culture rap à des octogones et des guns, c’est mignon, mais le vrai bail, c’est la musique non ? L’inspiration hip hop dans le jeu vidéo a donc pris en parallèle une autre tournure, tellement évidente qu’on se demande pourquoi il a fallu attendre 30 ans pour qu’elle se matérialise ! Dans les jeux de karaoké d’abord, avec la série Singstar, qui a intégré petit à petit des vrais sons rap, pour se la jouer MC de salon. Mais aussi et surtout Def Jam Rapstar (aucun lien avec la trilogie d’action du même label), dans lequel seul compte le flow, avec des sons US mais aussi bien de chez nous, quand le jeu a été localisée en France ! NTM, Rohff, La Fouine, Sefyu, Disiz… Un mini tour de France de la rime, pour kicker devant son écran. Dommage que l’expérience soit restée un one shot… 

Ensuite, le point de vue opposé, avec les platines deDJ Hero, pour se glisser littéralement dans la peau du beatmaker en live. Et pour finir, pas de hip hop sans battle de danse. Mission remplie par Dance Central et The Hip Hop Experience, pour transformer le salon en dancefloor. 

Autant de références qui ont été un peu perdues au fil du temps et des modes, à force de se répéter peut-être un peu trop souvent ? Ou alors, en ayant creusé dans le réalisme, alors que la meilleure direction était justement l’inverse ? Après tout, l’expérience gaming la plus hip hop dans l’âme n’est peut-être pas celle du son, mais de l’attitude… On pense à GTA, qui véhicule la panoplie complète (sons, personnages, scénar’, ambiance…) du ter ter à l’américaine. De Liberty City à Los Santos, de Vice City à San Andreas, GTA résume à lui seul toute la diversité de la rue, flirtant presque en permanence avec le mauvais goût et la dérision, sans jamais s’y frotter complètement. Bien sûr, on pense aussi à ses (ex-)challengers, comme True Crime et surtout Saints Row, et ses délires de localisation improbables… En France, l’éditeur THQ s’était, à l’époque du deuxième épisode, payé les services de Booba pour caser une poignée de skins Ünkut. Alors lequel d’entre eux est le plus méritant ? La culture hip hop n’étant plus aujourd’hui un simple outil pour des opérations marketing déclinées en jeu vidéo, la vraie réponse coule de source : les deux univers sont désormais indissociables ! Demandez donc à Orelsan ou Drake leur avis sur le doss ; il est décidément bien loin, le temps du DK Rap…