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Playstation 1 : comment elle a changé le gaming
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Playstation ©Getty

Playstation 1 : comment elle a changé le gaming

À jamais la première

102,49 millions. Drop the mic. Quand on évoque le cas de la première Playstation, ce nombre total de ventes dans le monde peut largement suffire à boucler le débat. Parce que de toute l’histoire du jeu vidéo, la seule bécane qui a réussi la dépasser s’appelle Playstation 2, avec 155 millions. Oui, c’est mieux. Beaucoup mieux, même. Mais 102 millions, quand on connaît le parcours de la PS1, c’est finalement encore plus impressionnant. En faisant le chemin à l’envers, on découvre que cette première Playstation, celle qui a littéralement installé Sony au sommet de la chaîne alimentaire du jeu vidéo pour deux bonnes décennies, a bien failli ne jamais voir le jour. Explication. 

Mister Ken

La PS1, c’est avant tout l’histoire d’une vengeance à plusieurs milliards de dollars. Celle de Ken Kutaragi, un homme qui a voulu prouver au monde entier qu’il avait visé juste, envers et contre tous. Sa story commence dans les années 70, à Tokyo. Avec en poche un diplôme tout neuf d’ingénieur en électronique, Mister Ken frappe à la porte de Sony, roi de l’électronique grand public, qui l’accueil dans son département de recherche. Ken à la dalle, il rêve de créer la machine qui changera la face du monde, rien que ça. Il commence par imposer l’idée des écrans LCD sur le matos audio et vidéo maison, bosse sur les premiers projets d’appareils photos numériques. Des idées qui font passer Sony de la marque un peu old-school, à la boîte high-tech qui met tout le monde d’accord. Passionné de numérique et de vidéo, Kutaragi San veut aller encore plus loin. La légende raconte qu’en voyant sa fille bloquer sur la Famicom de Nintendo, papa Ken aurait eu une révélation : le jeu vidéo allait être sa porte d’entrée parfaite vers le top. 

Balance le son

Alors qu’est-ce qui se passe quand on met un petit génie de l’électronique dans une entreprise qui a pris le lead dans le domaine du son ? Une petite puce audio, nom de code SPC700, commandée par Nintendo à la fin des années 80, pour sa future console 16-bits. Un projet secret mené par Ken Kutaragi, qui est passé à deux doigts la porte pour le défendre. Le jour où ce petit secret est déballé, le boss de fin de Sony, Norio Ohga (retenez bien ce nom), va sauver la peau de Kutaragi au bord du précipice, finalement convaincu par le potentiel du deal. Et la suite lui donne raison : Nintendo balance la SCP700 dans sa Super Nintendo, qui s’impose comme la reine du son qui tabasse ! 

Grandeur et décadence

Dans la foulée, Nintendo envisage un lecteur CD-Rom pour cette même console, plutôt que de passer tout de suite à une machine de nouvelle génération. Le duo Sony/Kutaragi est immédiatement appelé à la rescousse et un double projet commence à se profiler : un lecteur qui se cale sous la Super Nintendo, mais aussi une nouvelle machine hybride, deux en un.

La Nintendo Playstation !
La Nintendo Playstation !

 

Cette hybride, c’est Sony qui la vendrait, sous le nom… PlayStation ! L’affaire est officialisée le 1er juin 1991 au CES, le salon de l’électronique de Las Vegas. Sony annonce son entrée dans le business du jeu vidéo, en précisant avoir une flopée d’éditeurs déjà acquis à la cause. Le kiffe est de courte durée : le lendemain, Nintendo annonce à son tour que son partenaire CD s’appelle en fait Philips. La boîte de Mario et Luigi a changé d’avis à la dernière minute, estimant que le deal avec Sony, qui lui fait perdre les droits d’éditions sur les jeux au format CD, est inadmissible. Humiliation suprême pour Ken Kutaragi, qui rentre à la maison sans passer par la case gaming. Mais l’affaire ne s’arrête pas là.  

Vengeance 2.0

Au début de l’été 92, Ken “j’ai le seum intergalactique” Kutaragi sort de son labo pour tenter un dernier coup de poker : convaincre son boss Norio Ohga - encore lui - de se venger de Nintendo, en sortant quand même une PlayStation, mais bien plus puissante que prévue dans le deal initial. Kutaragi a déjà un prototype qui fonctionne et tous les éditeurs principaux sont chauds. L’ingénieur, jamais à court d’arguments, présente son bébé, le projet PSX, en parlant d’un “synthétiseur d’images”. Un bail surpuissant, à des années-lumière de la Super Nintendo, qui domine à ce moment le marché mondial. Partagé entre l’envie de mettre Ken San au placard et celle de coller un revers des familles à son ex associé, Ohga finit par craquer : sans consulter le reste des décisionnaires chez Sony, il donne carte blanche et carte bleue à Kutaragi. La PlayStation devient Playstation et va littéralement roue-arrièrer ses rivales. 

La puissance

Le reste de l’histoire peut se résumer en quelques lignes… La Playstation sort le 3 décembre 1994 au Japon et fait d’entrée de jeu un carton plein. La puissance, gros, comme dirait MHD. Des jeux d’une beauté absolue, une manette qui déchire, la possibilité de lire des CD audio, et surtout, un marketing révolutionnaire : la Playstation vise les adultes, à l’opposé de ce qui se pratique habituellement dans le jeu vidéo.

La com’ devient encore plus agressive en Europe quelques plus tard ; elle fait passer la concurrence - Nintendo, surtout - pour des vendeurs de jouets !  

La politique commerciale de Sony fait des miracles : en fin de parcours, la PS1 affichait près de 1300 références, contre moins de 300 pour la Nintendo 64 et la Sega Saturn, qui se sont retrouvées toutes les deux totalement hors circuit en quelques mois. Les rajeux diront que la facilité avec laquelle on pouvait pirater la PS1 avait été calculée pour aider la console à inonder le marché, mais complot ou pas, le catalogue a fait rêver des millions de gamers… De ce côté, elle met largement ses rivales à l’amende. Tekken, Ridge Racer, PES, Resident Evil, WipeOut, Gran Turismo, Final Fantasy 7, Metal Gear Solid… Impossible de faire le compte tellement le nombre de hits est énorme ! La PS1 a propulsé des dizaines de sagas qui existent encore aujourd’hui. Point barre.   

Playstation Remix

La Playstation a eu droit à plusieurs versions, plus ou moins connues. La PS One, plus petite et bon marché que la version originale.  

La Net Yaroze, destinée aux développeurs amateurs.

La version test, verte ou bleue, destinée à la presse et aux développeurs pro, qui fait des tourner des jeux non-finalisés.

La version Video CD, capable de lire des films, en plus des CD audio. 

La PlayStation c’est aussi deux manettes : la version originale de 94 et la Dualshock de 97, avec ses deux sticks analogiques. D’ailleurs, petit décryptage des 4 célèbres boutons PS, comme expliqué par son designer, Teiyu Goto : 

« Le Triangle se réfère au point de vue : il représente la tête de tout un chacun ou une direction, et je l'ai voulu de couleur verte. Le Carré symbolise une feuille de papier : il représente les menus ou les documents, le tout de couleur rose. Le Rond et la Croix représentent le oui et le non. Je les ai faits respectivement en rouge et en bleu. »

Sony DualShock
Sony DualShock

Retour vers le turfu

24 ans après, la Playstation a encore quelques beaux restes. Sony vient de lancer ce 3 décembre une version mini de sa star, qui inclut une vingtaine de jeux et deux manettes.

Pas possible d’étendre sa librairie, il faut se contenter de l’offre de base, et les deux manettes livrées dans le pack sont les versions originales, avec une simple croix de direction. 

Vous pouvez aussi passer par une PS Vita, une PS3 ou une PS TV, pour télécharger les rééditions officielles des jeux. Sony en propose une bonne centaine, si vous voulez vraiment replonger dans ces jolies vieilleries. Et sinon la dernière option c’est de mettre la main sur la machine d’époque, qui se négocie quelques euros sur le net ou en brocante. Faudra peut-être la retaper un peu, mais après tout, les PS1 un peu cramées qui galèrent à lire les jeux, ça fait aussi partie du trip nostalgique ! 

Par Max Besnard