MENU
Accueil
"Kick Off", "FIFA", "PES"... : la folle histoire des jeux de foot
Écouter le direct
"Pro Evolution Soccer 6" sur Playstation 2 (© Konami)

"Kick Off", "FIFA", "PES"... : la folle histoire des jeux de foot

Chaque année, juste après la grande rentrée de septembre, la question inévitable tient en trois mots : "FIFA ou PES ?" La question a en réalité été tranchée il y a un bon moment déjà, le géant FIFA ayant envoyé bien au fond des cages de PES une série de patates intergalactiques, patiemment travaillées au fil des saisons mais si le quasi-monopole de l’éditeur Electronic Arts, qui gère FIFA depuis plus de 20 ans, semble définitivement inattaquable, la situation n’a pas toujours été aussi basique.

Curieusement, le football n’est pas le premier sport à avoir eu sa représentation pixelisée, même s’il s’est engouffré dans la brèche assez tôt. Plus simple à représenter graphiquement, le ping pong a toqué à la porte en 1969, par le biais d’une expérimentation signée Ralph Baer et Bill Harrison.

La démo a ensuite été commercialisée en 1972 au format console, la Magnavox Odyssey, rejointe (ou plagiée, selon le point de vue) par le légendaireAtari Pong quelques semaines plus tard. Alors ouais, il faut avoir un peu d’imagination pour voir dans ces petits tas de carrés une transposition du tennis de table - en vue du dessus, précisons-le ! - mais quand Pong est arrivé sous la forme d’une borne d’arcade, fin 72, il est devenue une légende instantanée. 

À la rentrée 72, les jeux de sport sont donc désormais une réalité : en plus des raquettes, la console Odyssey propose une relecture très personnelle du foot, très intelligemment baptisée… Soccer ! Le baye est assez technique : comme la console ne peut afficher que trois cubes, il faut ajouter un calque de décor, directement sur l’écran de sa télé, pour donner un peu de vie à tout ça. Faut avouer que le principe est malin, mais ça vole pas super haut non plus. Ça fait le boulot, encore une fois avec une bonne grosse dose d’imagination… 

Les doss restent confinés au strict minimum pendant quelques années, faute de machine assez puissante pour afficher plus d’éléments. Eh ouais, c’est bête et méchant : un jeu de foot, c’est théoriquement 11 personnages à animer pour chaque joueur, plus un ballon. Beaucoup de cubes, sans compter les éventuelles “fioritures” : le score, le chronomètre, les cages, les lignes du terrain, et allez, soyons ouf, le tout agrémenté de bruitages pour capter un minimum de quoi ça parle ! Parmi les premiers courageux à relever le challenge, il faut citerNASL Soccer, sur la console Intellivision. Une bécane signée Mattel (ouaip, la boite à qui le monde doit une certaine Barbie…), capable de balancer pas mal de choses à l’écran. On est en 1979, et déjà, le turfu du ballon se matérialise, même si on est encore à des années-lumière d’un rendu qui va bien. 

1983, nouvelle avancée : International Soccer arrive sur Commodore 64, et frappe un grand coup. On peut choisir la couleur de sa team, jouer en solo contre l’ordi selon 9 niveaux de difficulté, ou en face à face avec un·e pote. Le feu, on vous dit ! Mais encore un gros point noir : la machine n’est toujours pas assez musclée pour balancer les 22 joueurs à la fois sur l’écran. Patience, on y vient. 

Ce passage symbolique, c’est en arcade qu’il se fait, avec Tehkan World Cup, du japonais Tecmo. On est 85, la caméra est passée en vue du dessus, les effets de mouvements du ballon sont plus réalistes… On y est !

La légende "Kick Off"

TWC est souvent considéré comme le pilier historique du jeu de foot, mais sa diffusion faite exclusivement par le biais de machine d’arcade le rend finalement un peu confidentiel. En vérité, le vrai patron, c’est celui qui entre sur le terrain en 89, sur l’ensemble des ordinateurs de l’époque : Kick Off, la légende !

La différence avec les concurrents ? En plus d’être ultra nerveux, Kick Off introduit une physique de la balle révolutionnaire : le ballon donne l’impression de pouvoir être tapé et poussé, comme dans la vraie vie. Alors oui, visuellement le jeu n’est pas le plus impressionnant de son époque, mais les sensations le placent bien au-dessus du game, en faisant passer les potes pour des programmes préhistoriques !

Kick Off a connu un succès planétaire, et plusieurs suites. La dernière tentative remonte à l’Euro 2016, mais n’a pas atteint les sommets de ses glorieux ancêtres. Notons aussi une version entièrement dédiée au management, Player Manager, en 1990, deux ans avant la naissance d’un certain Championship Manager (rebaptisé Football Manager en cours de route… Mais ça c’est une autre histoire). 

Les années passent et les challengers se multiplient. Sur PC, Sensible Soccer fait le taf, en reprenant à son compte les codes posés par Kick Off, avec toujours plus de réalisme dans les déplacements des joueurs et du ballon. 

En arcade, où les machines sont encore à l’époque bien au-dessus des performances affichées sur PC, la 3D fait son entrée avecVirtua Striker. Lui, c’est un colosse, dérivé des autres licences Sega “Virtua” : Virtua Fighter et Virtua Racing. 

Pour la forme, on peut citer au passage Soccer Brawl, du japonais SNK, transposé ensuite sur la console Neo Geo. Du foot option patate et coup bas, pas réaliste pour un sou mais vraiment fun à prendre en main. 

On en prend plein les yeux dans les salles de jeu, on se la joue technique sur PC… Et pendant ce temps, sur console, on fait avec les moyens du bord. Nintendo ouvre le score au lancement de sa Super Nintendo avec Super Soccer, qui met en avant une représentation en pseudo 3D. Même si les sensations de jeu sont plutôt basiques, l’effet de profondeur est tellement ouf qu’on lui pardonne ses défauts de jeunesse. 

"FIFA" et "PES" débarquent...

Les footeux commencent à kiffer, sans savoir qu’en coulisse, le futur géant est déjà en embuscade. L’américain Electronic Arts signe un deal historique avec la FIFA, pour récupérer les licences et joueurs officiels. Coup d’envoi en 1993. 

Novembre 94, un challenger sort du vestiaire. Il s’appelle International Superstar Soccer, développé pour Super Nintendo et Megadrive.

ISS_est géré par l’éditeur japonais Konami. Ça ne vous dit rien ? Deux ans plus tard, ce même Konami sort Winning Eleven au Japon, sur la première Playstation. Tout en 3D, il force le respect et lance une course perpétuelle au réalisme, dans laquelle va rapidement se jeter _FIFA. 

En Europe, Winning Eleven s’appelle International Superstar Soccer Pro jusqu’en 2001. À partir de là, il devient officiellement Pro Evolution Soccer__. Autrement dit, PES. Ça chauffe avec FIFA, mais PES prend la couronne. 

Quand on parle de moments clé dans l’histoire des jeux de foot, PES 6 fait partie des monuments obligatoires. Conscient d’avoir pris du retard sur le créneau, Electronic Arts décide de jouer le tout pour le tout en misant sur la nouvelle génération Xbox 360 / PS3, tandis que PES reste sur le banc PS2. À partir de FIFA 07, le futur se dessine, et la question rituelle de septembre “PES ou FIFA” devient “FIFA est passé devant cette année” ?

On va pas se mentir, en alignant des moyens financiers monstrueux, FIFA a littéralement bouffé PES tout cru. On n'y croyait pas il y a 10 ans, mais la nouvelle donne, c’est de se demander si PES sera encore là pour la saison suivante. Grandeur et décadence d’un grand prince, qui a définitivement abandonné l’idée de lutter contre son rival. PES, c’est une vision plus légère du foot, un peu à l’ancienne, qui ne se cache plus derrière une ambition bien au-dessus de ses moyens. Il est là pour les soirées entre potes, et c’est déjà pas si mal ! 

On en viendrait presque à oublier que de temps en temps, un petit courageux vient tenter sa chance sur le terrain de FIFA. Jamais avec une attaque frontale, évidemment, mais parfois avec des idées bien senties. CitonsInazuma Eleven, qui mélange foot et jeu de rôle. Une sorte de Pokémon en crampons. Toujours chez Nintendo, la série Mario Strikers entretient la tradition maison des jeux de sport décalés. On aimerait bien la voir débarquer sur Switch, parce que depuis l’(excellent) épisode Wii en 2007, c’est plutôt calme chez Mario. Si vous avez une 3DS qui prend la poussière, on peut aussi mentionner Nintendo Pocket Football Club, sorte de version rigolote du tout-puissant Football Manager de Sega.

Et puis allez, vous le connaissez surement, mais si vous kiffez les tirs au but et les caisses de compétition, n’oublions pas Rocket League comme ça on pourra dire qu’on a gardé le meilleur pour la fin. Les rageux peuvent rager, et si ça les gêne, bah c’est la même. 

Par Max Besnard