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L' E3 : le salon incontournable du gaming est-il en péril ?
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E3 2018
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L' E3 : le salon incontournable du gaming est-il en péril ?

L’E3 2019 à Los Angeles démarre le 11 juin. On vous explique comment il est littéralement impossible d’échapper à ce salon du jeu vidéo qu’on s’intéresse à la question ou non.

Durant 3 jours, les éditeurs du monde entier viennent présenter leurs futures productions, de la petite curiosité indé faites avec trois pixels, jusqu’au blockbuster catégorie poids hyper lourd, appuyé par une opé marketing à plusieurs dizaines, voire centaines de millions de dollars. 

Hé vous parlez d'quoi ?

E3 = Electronic Entertainment Expo. L’expo du divertissement électronique, en version française non-officielle. Le salon a été créé sous l’impulsion du syndicat américains des éditeurs de jeu vidéo. Son but : créer une vitrine complète pour assurer leur promo, en regroupant tout le monde - éditeurs, médias, distributeurs - au même endroit, une fois par an. Pas de public, uniquement des professionnels du business.

La toute première édition a eu lieu en 1995, et c’était déjà au Convention Center de Los Angeles. 50.000 participants, du 11 au 13 mai, venus découvrir le turfu du jeu vidéo de l’époque. Avec au passage, le lancement de ce qui va immédiatement devenir le principal centre d’intérêt de l’E3 : les conférences de presse - les “keynotes”, en v.o. - des principaux acteurs du milieu, mises en scène comme des spectacles. Premier à se lancer, le japonais Sega vient faire le point sur sa nouvelle console de salon, la Saturn, remplaçante de l’omniprésente Megadrive. Déjà lancée au Japon, la console est très attendue par le public américain ; Sega monte sur scène et lâche le prix US de sa machine : 399 dollars, et surtout, disponibilité immédiate alors qu’elle est initialement prévue pour sortir en septembre. Sega fait le show, le public est bouillant.

Dans la foulée, Sony prend la parole, avec une apparition éclair de son boss de fin américain, Steve Race : à peine monté sur scène, le patron assassine son rival en lâchant le tarif de la Playstation… “299 dollars”. Fin du game pour la Sega Saturn, qui ne parviendra jamais à se relever alors qu’elle venait à peine de toucher le sol. Magie de l’E3, les victoires se joue au k.o. et quand ça tombe, ça fait généralement très mal, vu la foule qui remplit l’arène.  

En face, Nintendo présente une version quasi définitive de sa N64, qui s’appelle encore à ce moment Ultra 64. Pour faire patienter les Nintendophiles jusqu’à sa sortie, la compagnie montre en parallèle la console “transportable” Virtual Boy, sorte de casque de réalité virtuelle hyper novateur mais qui donne mal à la tête au bout de quelques minutes de jeu. Dans les allées du salon, les visiteurs voient flou, l’aspirine coule à flot. Censé compléter la gamme Game Boy, le bail VB reste à ce jour le pire flop de l’histoire de Nintendo avec à peine 800K ventes au total dans le monde. Si vous n’en avez jamais entendu parler, c’est normal : elle n’a même pas eu le temps de sortir en Europe, stoppée en plein vol après un an de commercialisation.

Quoiqu’il en soit, le train de la hype est lancé à plein régime, et l’E3 est installé comme l’endroit où il faut se montrer et être vu pour toute l’industrie du jeu vidéo. Les éditions s’enchaînent à un rythme annuel, avec quelques petits changements en cours de route : une version japonaise de l’événement en 96, une délocalisation à Atlanta en 97 et 98, une absence totale de salon en 2007 et 2008 au profit de quelques happenings dans des hôtels de LA, ou encore une ouverture au public depuis 2017. L’exercice de la keynote est en revanche resté, bien ancré dans les habitudes… Jusqu’à l’E3 2013, où Nintendo a décidé de lâcher l’affaire, pour se concentrer sur des vidéos live, les Nintendo Direct. La compagnie garde un pied dans le salon, mais pour sa communication, c’est sur le net que ça se passe.

L’E3 2019, le programme 

Tout ça se passe du mardi 11 au jeudi 13 juin, toujours au Los Angeles Convention Center. Officiellement, le salon est signé jusqu’en 2023, mais la feuille de route est susceptible de changer en fonction des résultats. Pour ce qui est des rendez-vous à ne pas manquer, vous pouvez déjà noter ces quelques dates (heure française), avant ou pendant le salon :     

  • Jeudi 6 juin 18h, Google prend la main pour lâcher la date de sortie, le prix et le catalogue de lancement de Stadia, son portail de jeu en streaming ;
  • Samedi 8 juin 18h30, découverte de Star Wars Jedi The Fallen Order en direct sur le web chez Electronic Arts, suivi de FIFA 20 à 20H ;
  • Dimanche 9 juin 22h, keynote Microsoft. Deux heures de discussion et jeux, avec en fil conducteur la 4ème génération de Xbox montrée pour la première fois, vraisemblablement renforcée par du jeu en streaming avec xCloud. Dans la fournée 2019, on devrait aussi avoir Gears of War 5 et Halo Infinite… Et askip, Great Rune, une collab entre le studio FromSoftware (Dark Souls, Bloodborne, Sekiro) et l’auteur George RR Martin (Game of Thrones), sous forme d’un grand monde ouvert, dans la mythologie nordique. Lourd. 
  • Lundi 10 juin 22h, keynote Ubisoft. Ça va parler glisse avec Roller Champions, un jeu de roller derby en multi, ambiance Rocket League et du retour de deux grandes licences maison, Ghost Recon et Watch Dogs… Et pourquoi pas, un nouveau Splinter Cell ?
  • Mardi 11 juin 18h, Nintendo Direct (en live sur le net, donc) pour causer de Mario Maker 2, Pokémon Sword / Shield, Fire Emblem, Animal Crossing (on espère), Pikmin 4 (on espère encore plus) ou Metroid Prime Trilogy HD (on y croit pas du tout mais ça serait quand même ouf) pour patienter en attendant l’épisode 4, dont le développement risque de prendre encore quelques années ?

Pas de Sony, moins de Keynotes... pourquoi ?

Le gros coup de théâtre cette année, c’est l’absence de Sony, qui zappe le salon pour la première fois de son histoire. On peut supposer que le constructeur et éditeur japonais veut laisser Microsoft dévoiler ses premières cartes pour la future Xbox, et ajuster les plans de la Playstation 5 en fonction. 

Il paraît de plus en plus clair que Sony va déplacer sa comm’ sur le web, comme Nintendo le fait depuis 2013, et sans doute favoriser des événements maison plutôt que d’affronter la concurrence en face à face. Se déplacer à l’E3 ça coûte très cher et il faut se battre pour se faire une place au soleil ; l’éditeur Electronic Arts (Battlefield, FIFA, Anthem, Apex, les Sims) fait lui aussi l’impasse sur sa keynote cette année, au profit d’une prise de parole sur le web et d’un gros stand sur le salon pour montrer son line-up. Difficile de dire si tout ça marque le début de la fin pour l’E3, mais ce qui est certain, c’est que cette édition 2019 va être regardée de très près, que ce soit les annonces où les chiffres de fréquentation. 

Encore un truc..

Malgré les fuites et spoils plus ou moins orchestrés par les éditeurs, l’E3 reste un terrain de jeu assez imprévisible. Selon le buzz généré par Microsoft, et même si ça paraît improbable sur le papier, il n’est pas totalement impossible que Sony balance quelques infos sur la PS5, directement sur le web, pour contrer son concurrent ; ou que Nintendo se décide à parler des prochaines versions de la Switch, pressenties depuis plusieurs mois maintenant ? Et puis il y a le mammouth Google, qui a donc choisi de ne pas faire le déplacement à LA ; une keynote sur le web pour lâcher toutes les infos sur son portail de jeu en streaming Stadia, qui sera peut-être un gros coup dur pour le salon…

Quoi qu’il arrive, il va falloir garder un œil sur les jeux, qui restent le nerf de la guerre ! Au hasard… Cyberpunk 2077, Death Stranding, Marvel’s Avengers et Doom Eternal, quatre gros morceaux dont tout le monde parle déjà. Et comme toujours à l’E3, l’effet de surprise va faire son boulot pour des jeux dont on ne soupçonne même pas encore l’existence… Cet E3 2019 va marquer un tournant dans l’histoire du salon ; espérons que ce virage soit abordé correctement, sous peine de voir l’événement finir dans le décor une fois pour toutes. En face, les challengers ont faim : le salon ChinaJoy de Shanghai (du 2 au 5 août) et la Gamescom de Cologne (du 21 au 24 août) ont tout ce qu’il faut pour récupérer la couronne de principal salon jeu vidéo du monde. À la fin, il n’en restera peut-être qu’un…