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Jeu vidéo : les Français au top du game
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Le stand Ubisoft à la Paris Games Week 2015
Le stand Ubisoft à la Paris Games Week 2015 ©Getty

Jeu vidéo : les Français au top du game

Le jeu vidéo français c'est pas seulement Ubisoft et ses hits Assassin's Creed, Rayman, Lapins Crétins ou Far Cry, c'est aussi des game designers de génie et des studios performants qui ont influencé le gaming depuis des décennies.

Du jeu vidéo français, on retient essentiellement le géant Ubisoft, 9ème place mondiale 2018, en termes de revenus, parce qu’il aligne les blockbusters : Assassin’s Creed, Far Cry, Ghost Recon, The Division, Splinter Cell, The Crew, Steep, Rayman, Les Lapins Crétins, Just Dance__… Ubi (pour Union des Bretons Indépendants, ça ne s’invente pas !), c’est la success story d’une fratrie bretonne, les frères Guillemot, qui rêvait de jolis pixels, à l’époque où les jeux vidéo se résumaient à quelques cubes et bip bip sur un écran épais comme un frigo ! Mais réduire la scène gaming tricolore à un seul acteur, aussi gros soit-il, c’est passer à côté d’un tas de studios, développeurs et jeux de qualité.

On peut situer l’arrivée du jeu vidéo dans l’hexagone à 1974, quand débarque une machine américaine appelée Magnavox Odyssey. Première tentative commerciale de console à brancher sur une télé, l’Odyssey se contente du minimum syndical, mais ça fait déjà l’affaire pour les premiers gamers français. Dans la foulée arrive l’Atari 2600, basée sur des cartouches de jeu, qui devient rapidement populaire dans les salons. Quelques autres constructeurs se jettent à leur tour dans l’arène, avec l’Intellivision, la Videopac ou la Colecovision. Jusqu’en 83, quand le krach de l’industrie jeu vidéo aux States met tout ça par terre, les consoles américaine dominent le terrain. Mais quelques boites bien de chez nous ont tenté l’affaire à l’époque, avec plus ou moins de réussite. En 1977 par exemple, le kiffe à la maison ça peut s’appeler Telescore. Matez un peu. 

Console Telescore

Telescore, c’est une bécanne fabriquée par Seb (c’est bien), une entreprise nationale plus connue à ce moment pour ses bails de cocotte-minute et de grille-pain que de jeu vidéo. Wesh, rigolez pas, vos darons ont sûrement passé des dimanches entiers là-dessus ! On pouvait choisir plusieurs “sports”, en solo ou à deux, avec deux boutons coulissants placés directement sur la console !

On en revient au krach de 83 ; le marché des consoles part en vrille, rien ne va plus, et une nouvelle catégorie de machines prend le pouvoir : pas le Terminator, mais les ordinateurs personnels ! Plus polyvalents, officiellement dédiés à l’éducation et la bureautique, les PC (pour Personal Computer) servent aussi à jouer. D’autant que les logiciels, échangés sur cassette et disquette, sont hyper faciles à pirater - oui, c’est mal, mais c’est en partie ce qui a permis à l’informatique de se répandre à une vitesse folle ! Un PC, c’est aussi la possibilité pour n’importe qui d’un peu motivé à créer des programmes… Et donc des jeux ! Parce que jusqu’ici, personne ne s’y était vraiment risqué en France, les consoles et leurs cartouches rendant la chose compliquées. Mais avant de parler jeu, restons encore un peu sur les machines : oui, il y a eu des PC bien français, même si aujourd’hui ça paraît ouf ! Thomson, figure emblématique de l’électronique, a pondu dans les années 80 plusieurs ordinateurs grand public, dont les TO7 et MO5.

Chahi, Lancel, Cuisset,  Raynal... ont changé le jeu

Voilà pour le décor côté matos. Penchons-nous maintenant sur le plus important : en France, on n’a pas que des idées, on a aussi des game designers de génie ! On peut en particulier en citer quatre, dont les œuvres ont littéralement changé le paysage du gaming :

Éric Chahi, le pionnier du gaming en France, premier “auteur” de jeu vidéo à avoir percé dans le monde entier. Sa carrière commence en 83, mais c’est après plusieurs années à coder qu’il se fait connaître, en 89, avec Les Voyageurs du Temps, un jeu d’aventure assez ambitieux. 

Il enchaîne deux ans plus tard avec ce qui va devenir son chef-d’œuvre, Another World, passé depuis sur la plupart des machines de jeu existantes - fouillez sur le store de votre smartphone/console/PC, il est forcément là ! Pour l’anecdote, sachez que Chahi a tout fait seul, à part la musique. 

À cette époque, Éric Chahi est employé par l’éditeur Delphine Software, qui appartient à Paul Cuisset. Ça tombe bien, c’est le deuxième nom de notre liste ! Cuisset est lui aussi auteur, au cv tout aussi impressionnant que son collègue. Il a notamment créé Flashback, un jeu d’aventure sorti en 92, dans la lignée d’Another World. Lui aussi est dispo sur la plupart des machines actuelles, et il a le mérite d’avoir incroyablement bien vieilli. Étape obligatoire dans une vie de gaming !

Notre héros suivant s’appelle Frédérick Raynal ; avec Alone in the Dark, il a carrément inventé le jeu de survie et d’horreur, joyeusement repompé des années plus tard par un certain Resident Evil ! Bon, malheureusement, le bail est parti un peu en live dans les épisodes suivants (Raynal n’a pas pu garder la main sur la saga), mais ce jeu mérite une place au Panthéon des jeux vidéo !

Concluons avec Michel Ancel - le meilleur pour la fin, dirons les rageux - qui doit beaucoup à Ubisoft, mais l’inverse est tout aussi vrai ! Ancel, c’est un génie de la programmation, qui a tout plaqué dès le lycée pour devenir codeur. C’était à la fin des années 80, et rapidement, l’autodidacte se fait repérer par Ubi, pour qui il est d’abord graphiste, puis réalisateur. Rayman, Les lapins Crétins__, Beyond Good & Evil… Tout ça c’est lui !

30 ans plus tard, Michel Ancel est toujours à fond ; il planche actuellement sur Wild, un jeu d’aventure assez chelou, dans lequel on peut prendre la forme de n’importe quelle espèce vivante. 

Mais surtout, il avance depuis 2007 sur Beyond Good & Evil 2, une expérience totalement épique, qui semble destinée à la prochaine génération de consoles et PC.  

Voilà pour les stars du gaming hexagonal, catégorie grands anciens ; pour compléter le doss, il faut également citer un nom qui a percé avec la génération PS3 : David Cage, boss de fin du studio parisien Quantic Dream, et réalisateur de plusieurs hits qui ont cartonnés au niveau planétaire ! Heavy Rain, Beyond : Two Souls et Detroit : Become Human, c’est lui ! Au-delà des millions de jeux vendus, on retient de Cage une signature très forte en tant que créateur de jeu, avec ses aventures façon “film dont vous êtes le héros”. On kiffe ou pas, mais il faut admettre que Cage sait y faire pour marquer les esprits !

Les studios français qui sortent du lot

Vous vous dites surement que là, on a fait le tour des spécialités locales françaises, option gaming. Mais en réalité il y a tellement de studios de développement en France, qu’il faudrait des jours pour en parler ! On va pas vous faire la complète, mais lâchons tout de même quelques mots sur des maisons qui sortent du lot ; si l’envie vous prend de postuler dans l’industrie du jeu vidéo, c’est ici que ça peut se passer :

The Game Bakers : deux anciens cerveaux d’Ubisoft, Audrey et Emeric, ont monté leur boîte en 2010 à Montpellier, en toute indépendance. Après Squids et Combo Crew sur mobile, c’est le génial _Furi_qui a fait la différence, sur consoles et PC. 

Motion Twin : studio phare de Bordeaux, et responsable de Dead Cells, aka l’un des meilleurs jeux 2018. Le monde entier en a parlé !

Asobo : autre figure de Bordeaux, ce studio développe depuis plusieurs années de projets expérimentaux pour les lunettes de réalité augmentée de Microsoft, les Hololens. 

Dotemu : studio parisien qui s’est distingué récemment avec les remakes de Pang, Wonder Boy et Windjammers. La team avance maintenant sur des dossiers plus personnels, comme Streets of Rage 4. En attendant des projets 100% originaux ?

Focus Home Interactive : encore un studio parisien, qui a notamment signé le récent Call of Cthulhu. 

Amplitude Studios : Paris toujours, avec la team derrière Endless Space. Gros, gros morceau !

Ankama : direction Lille, où sont cuisinées les sagas Dofus et Wakfu.   

Dontnod : si vous aimez les jeux d’aventure qui vous retournent les tripes et le cerveaux, foncez sur Life is Strange, développé entièrement à Paris. 

Arkane Studio : voilà la preuve qu’il n’y pas que l’Île de France pour accueillir des grands noms du jeu vidéo ! Arkane, c’est (entre autres) la saga Dishonored, qu’on vous conseille plus que fortement à essayer au moins une fois dans votre vie de gamer !

Nadeo : allez, un dernier pour la route, sans mauvais jeu de mot ! Eux, c’est la série TrackMania, star des compétitions d’esport. Rien que ça. 

Par Max Besnard