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Google contre le monde : la nouvelle guerre du jeu vidéo
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Présentation de la plateforme Google Stadia le 20 mars à Sans Francisco
Présentation de la plateforme Google Stadia le 20 mars à Sans Francisco ©Getty

Google contre le monde : la nouvelle guerre du jeu vidéo

Google a annoncé son arrivée dans le gaming avec grand fracas : oui mais comment ? Et quelle sera la réponse des Microsoft, Sony ou Nintendo ?

Le monde du jeu vidéo tout entier aurait-il mis un pied dans une nouvelle ère, mardi 20 mars ? Au cas où ça vous aurait échappé - ouais, on ne peut pas tout savoir sur tout, tout le temps, même quand on a plein d’internets à disposition - résumons la situation : ce jour-là, Google lâche enfin son dossier gaming teasé depuis une éternité. Ça s’appelle Stadia (on ne sait pas trop pourquoi, soit dit en passant) et c’est censé incarner le gaming du turfu. La présentation se fait évidemment en direct sur Youtube (rappel : le site de streaming appartient à Google), avec une démo en direct et des slides sur grand écran pour expliquer que les consoles, les PC de gamer, tout ça, c’est du passé. Zou, corbeille, clic droit “vider la corbeille”. Eh ouais, avec juste une manette connectée à internet, on va pouvoir jouer à n’importe quel blockbuster des familles presque instantanément, sans se prendre la tête avec du matos compliqué ou trop cher. Le Netflix du jeu vidéo, pour utiliser un parallèle déjà bien installé. Un monde parfait, en apparence ; dans les faits, la situation risque d’être un peu plus nuancée que ça. Voire totalement différente. On vous explique. 

Est-ce que ça va vraiment fonctionner ? 

La promesse de Stadia (ok on a cherché : c’est le pluriel de “stadium”, “stades” en latin) c’est donc de permettre un accès immédiat à des jeux vidéo, sur n’importe quel type d’écran connecté à internet. Ordinateur, smartphone, tablette, télé… Vous voyez le principe. Imaginez un peu : vous commencez une partie de GTA sur votre PC ; vous mettez en pause, parce que c’est l’heure d’aller bosser. La partie reprend sur votre smartphone, pendant le trajet et… Ah non, attendez. Pas si vous êtes dans une zone où la 4G ne passe pas. On aurait dû commencer par là : le jeu tourne évidemment sur un PC (on schématise hein, parce qu’en vrai ça sera des serveurs informatiques), sauf qu’il ne vous appartient pas et qu’il est situé à des kilomètres de là. Ce que vous voyez sur votre écran, c’est en quelque sorte un le “reflet” du jeu, envoyé par internet en temps réel. Donc il faut une connexion permanente, sinon, merci au revoir. Étant donné que le projet ne sera pas rendu public avant quelques mois, impossible pour le moment de savoir si oui ou non il sera tout de même praticable avec autre chose qu’une bonne grosse fibre des familles. Théoriquement, le débit nécessaire pour faire tourner un jeu via Stadia en HD à 60 images par seconde s’approche de celui demandé par Netflix pour afficher un film en 4K. Soit 25 Mo par seconde, si vous voulez tout savoir ; ou pour parler matos, l’équivalent du débit maximum offert par une connexion ADSL. Google veut faire en sorte que ce débit ne dépasse pas 30 Mo par seconde pour un jeu en 4K. On veut y croire, mais là encore, on y croira quand on le verra. 

Deuxième interrogation : le tarif ? 

Pour le moment, Google ne veut pas se prononcer. On peut s’attendre à un système d’abonnement mensuel, ou pourquoi pas, à un service facturé à la consommation. Voire un système gratuit, financé par le placement pub et la collecte de données personnelles, comme Youtube. Mais côté éditeur de jeu, est-ce que ça ne va pas coincer ? Un jeu classique qui sort dans le commerce est facturé entre 30 et 60 euros. Dans le cas d’un jeu en streaming, comment l’éditeur va rentrer dans ses frais, à moins de vendre un accès stream illimité au même prix que les versions en boîte ou téléchargement… Mais quel gamer serait prêt à mettre autant dans un jeu qui ne lui appartient pas ? Le calcul est bête et méchant, mais pour le moment, personne n’a de réponse. 

Le catalogue de jeux ? 

On a vu du Assassin’s Creed Odyssey, du Doom Eternal, des logos de studios et éditeurs de jeux, OK super. Mais concrètement, est-ce qu’on aura les mêmes sorties que sur consoles et PC, au même moment ? Ou au contraire, des jeux datés, proposés plusieurs mois/années après ? Et n’oublions pas que l’absence de support physique veut dire que si un jeu est éjecté du catalogue, on ne peut plus y accéder, quel que soit l’argent qu’on y a mis. 

Il y a encore pas mal de zones d’ombre, qui soulèvent notamment des questions écologiques ou économiques : le stream vidéo consomme énormément d’énergie, celui du jeu vidéo s’annonce encore plus gourmand. Que va t’il se passer si des millions de gamers s’y mettent à plus ou moins long terme ? Et comment les fournisseurs d’accès vont supporter ces masses de données ?… Bref, autant de problématiques encore inconnues, que Google va devoir régler très vite pour réussir à convaincre une communauté connues pour son exigence. Parce que oui, on ne vous l’a pas encore dit : Stadia a beau être présenté comme une révolution, le service est loin d’être le premier à tenter l’affaire !

S’affranchir du matériel pour n’avoir que le plaisir du jeu, accessible partout et tout le temps, c’est sans aucun doute l’un des plus grands fantasmes des fans de jeu vidéo. La démocratisation de l’ADSL, suivie de l’arrivée de la fibre, ont entrouvert cette porte il y a déjà une dizaine d’années. En 2009, une petite compagnie californienne appelée OnLive y a cru très fort. Avec un boîtier de décodage à brancher sur un écran, ou depuis un portail internet sur smartphone et PC, on avait la promesse d’avoir accès à tous les hits du moment, en HD de base (720p), via un abonnement plutôt raisonnable. OnLive tient le cap pendant près de 3 ans, avant de s’effondrer, faute de succès. Sony rachète les brevets pour des futurs projets Playstation, fin de l’histoire. 

En parallèle, un autre challenger a tenté l’aventure du jeu vidéo en streaming. La boîte s’appelait Gaikai, elle aussi venait des States, et se basait sur du jeu vidéo à la demande, calculé par des serveurs informatiques à distance, pour un affichage à la volée, n’importe où dans le monde. Le service a engrangé pas mal d’utilisateurs jusqu’à son rachat en 2012 par… Sony ! Gaikai existe toujours, mais s’appelle maintenant Playstation Now. Si vous avez une PS4, vous avez sans doute déjà vu ce nom s’afficher sur le menu principale de la console. Pour une quinzaine d’euros par mois (ou une centaine par an) vous avez accès librement à plus de 600 jeux en streaming. Le service existe déjà depuis plusieurs années, et même s’il est plutôt rodé, il n’affiche pas les performances des “vrais” jeux PS4, dont les calculs sont effectués directement sur nos consoles. Pour le moment il faut surtout le voir comme une façon simple d’accéder à du retrogaming

Il est intéressant de noter que ce principe de jeu en stream a déjà également été tenté par des acteurs moins classiques du jeu vidéo. Bouygues Telecom s’y est mis dès 2012 en s’associant avec Playcast, un spécialiste de la question, via les connexions par fibre. Le système a tenu jusqu’en 2015, avant de laisser place à une offre plus modeste de jeux Android, accessibles sur sa télé. Le portail de cloud gaming “Bbox Games” n’était pas très abouti, avec une ergonomie très moyenne et des pertes de performances assez flagrantes pendant les sessions de jeu. Trop tôt, trop vite. 

BBox Gaming, l'interface
BBox Gaming, l'interface

Heureusement (ou malheureusement, si votre kiff c’est de collectionner les boîtes de jeu) 2019 va permettre au Cloud Gaming de passer à la vitesse supérieure, et pas seulement avec Google. Microsoft est pressenti pour faire un mouv assez ouf dans les mois qui arrivent, avec son projet xCloud.

Même principe que Stadia ou Playstation Now donc, mais sur PC et Xbox. Une Xbox One “light”, délestée de son lecteur Blu-Ray, serait même en préparation pour contenter les utilisateurs qui ne veulent que du jeu dématérialisé ! Plus fort encore, Microsoft envisagerait d’étendre son streaming jeu vidéo à d’autres plateformes, dont la Switch. Laquelle pourrait alors afficher des jeux beaucoup plus ambitieux que les siens, puisque les calculs seraient gérés par des serveurs, à distance. Ça peut donner l’impression de nager en pleine science-fiction, mais dans les faits, l’expérience a déjà été tentée au Japon avecResident Evil 7, streamable sur Switch ! 

On peut aussi citer Apple, qui a officialisé sa propre vision du jeu vidéo à la demande ; ça s’appelle Apple Arcade, et ça reprend le principe du Xbox Game Pass, avec lequel on peut télécharger autant des jeux qu’on veut, avec un petit abonnement. Pas de stream donc, mais ça sent le premier pas vers le grand saut du Cloud Gaming ! 

Pour boucler la boucle, il reste encore Facebook et Amazon. Les deux géants se contentent pour le moment de streamer nos sessions de gaming, mais on peut mettre un billet sur leur arrivée dans le Cloud Gaming à moyen terme, dans la mesure où l’enjeu financier est énorme, et que les deux compagnies ont les ressources techniques/financières pour se lancer. Imaginez un peu : vous matez un stream sur Facebook Live ou Twitch. Vous kiffez le jeu, vous cliquez sur un lien et boum, c’est vous qui prenez les commandes ! Ça vous parait ouf ? C’est pourtant ce que Google prépare avec Stadia (lien de lancement du jeu depuis un stream Youtube) et même ce que Amazon expérimentait en 2014.

Dans cet exemple, le jeu tourne sur une tablette Android de base, pas assez puissante pour afficher tous les éléments à l’écran. Elle calcul uniquement les éléments simples, comme le déplacements de l’arme principale et les décors, mais tous les ennemis sont calculés à distance, par un serveur, qui renvoie l’image sur l’écran en temps réel ; reste à voir si Amazon ira au bout de sa démarche. Finalement, la seule problématique pour nous, gamers, c’est de savoir comment tout ça sera facturé. Sachant que le constructeur de cartes graphiques Nvidia et l’éditeur américain Electronic Arts travaillent eux aussi sur des solutions maison. Ce qui est certain en tout cas, c’est que la bataille ne fait que commencer, et qu’il n’y aura certainement pas de la place au soleil pour tout ce petit monde…