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"Devil May Cry" : la saga infernale du petit frère caché de "Resident Evil"
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"Devil May Cry 5" (© Capcom)
"Devil May Cry 5" (© Capcom)

"Devil May Cry" : la saga infernale du petit frère caché de "Resident Evil"

Alors que l'épisode 5 débarque enfin, c'est l'occasion de revenir sur l'histoire et la destinée d'un jeu qui a quasiment créé un genre à lui tout seul.

La patience est sans aucun doute la vertu la plus importante quand on est un fan deDevil May Cry: après un lancement réussi au début des années 2000, le jeu de combat et d’action de l’éditeur Capcom s’est reproduit tous les 2 ans, jusqu’à atteindre une première trilogie de grande qualité. De là, les choses ont commencé à se compliquer : trois longues années d’attente pour Devil May Cry 4, en 2008, suivi du reboot DmC, en demi-teinte, courant 2013. Si vous avez du mal en calcul mental, on va vous aider : la semaine du 4 mars, Devil May Cry 5 - qui est donc le sixième épisode de la série - débarque sur consoles et PC, pour reprendre le fil de l’histoire, 11 après DMC4. Faut être honnête : on n’y croyait plus. En plus de la patience, il aurait direct fallu ajouter l’optimisme, ça nous aurait évité de souffrir !

“First thing first” comme disent les anglophones éclairés : Devil May Cry, qu’est-ce-que c’est ? On serait sur un baye annuel à la Call of Duty, on ne vous ferait pas l’affront de poser la question, mais comme expliqué en introduction, DMC ça rime avec destin compliqué. Pour comprendre la story, il faut d’abord remonter à la fin des années 90. Alors que Resident Evil 2 cartonne aux quatre coins du monde, Capcom, l’éditeur japonais de la saga horrifique à base de zombie et virus T, demande à Hideki Kamiya, l’un des cerveaux derrière RE1 et 2, de créer une suite sous un nouvel angle. C’est la Playstation 2 qui est choisie pour soutenir la cause, avec en ligne de mire, une représentation de l’espace plus moderne. On rappelle qu’à ce moment, Resident Evil_est un jeu qui repose sur des écrans fixes, certes très beaux, mais qui manquent terriblement de vie. Kamiya San commence le prototype, avec une histoire qui doit cette fois se dérouler en Europe, pour trancher avec les deux premiers _Resident situés aux States. Pendant près d’une année, les recherches tournent autour de châteaux en Espagne, Kamiya et sa team imaginant un jeu au style plus sombre et gothique. Dans cet univers, c’est Leon S. Kennedy, héros de RE2, qui tient le flingue. Au cours de son enquête, il est contaminé par un virus qui lui fait avoir des hallucinations. De science-fiction flippante, Resident est alors sur le point de littéralement basculer dans un délire surnaturel, à base d’apparitions chelou et de fantôme vengeurs.

Déconcertés par la tournure des évènements, l’équipe dirigeante de l’éditeur Capcom change d’avis et le projet finit presque intégralement aux oubliettes. Leon est catapulté quelques années plus tard sur Game Cube, dans un Resident Evil 4 qui se déroule finalement en Espagne, mais à l’atmosphère plus classique. Pendant ces deux années studieuses, Resident Evil 3 a pris la relève, dans la lignée directe de ses deux aînés, suivi d’un épisode un peu à part, Resident Evil Code Veronica, qui tente assez timidement d’ajouter un peu d’animation dans les décors.

Donc si on résume : le Resident Evil 4 qu’on connait aurait pu être très différent, et s’appeler Resident Evil 3. Cela dit, tout n’a pas été perdu pour les idées initiales d’Hideki Kamiya. La volonté de faire un jeu d’action au pays des démons/fantômes a simplement été recyclée sous un nouveau nom et concept : Devil May Cry, le petit frère caché de RE4 ! Ce lien de parenté transparaît jusque dans l’apparence de Dante, héros de la première trilogie DMC, au physique très proche de celui de Leon S. Kennedy. Bon, on vous épargne tous les détails du développement de Resident Evil 4, qui a connu plusieurs versions plus ou moins abouties, avant d’arriver à destination en 2005. Profitons-en simplement pour vous conseiller d’y jouer, c’est un chef-d’œuvre du genre ! 

On parle de jeux "à la DMC"...

Quand il sort durant l’été japonais 2001, Devil May Cry met tout le monde d’accord : c’est un jeu d’action ultra nerveux, rapide, spectaculairement beau et à la prise en main d’une précision absolue. Et en plus d’apporter des idées folles et jamais vues avant, il se permet de raconter une histoire assez cool, inspirée de la littérature classique européenne. La référence à la Divine Comédie de Dante Alighieri est un prétexte à envoyer son héros sur le chemin de l’enfer, pour combattre des légions de bestioles bien vénères ! Dans Devil May Cry, Dante (mi-humain, mi-démon) est un détective privé / chasseur de démons, qui se charge essentiellement d’affaires paranormales. Lui-même fils d’un démon qui a sauvé l’humanité, Dante doit aller au boulot pour empêcher un bad guy de pulvériser tout le monde. Et bien sûr, en cours de route il va falloir casser du diablotin rebelle ! Voilà pour le décor et l’ambiance ; mais ce qui a vraiment fait la différence à l’époque, d’un point de vue de gamer, c’est les mécaniques de jeu. Équipé d’une épée et de deux flingues, Dante a la capacité de créer des enchaînements bien épiques, en maintenant ses adversaires en l’air sous la force de ses coups. 

Et dans le feu de l’action, on a tout intérêt à envoyer les combos les plus techniques possible : le style du joueur est littéralement noté, ouvrant des perspectives de plus en plus folles à mesure que le score augmente ! Le tout, en sachant que la difficulté du jeu est assez élevée ; autant dire que pour aller au bout de l’aventure, il faut sérieusement s’accrocher ! 

Largement salué par la critique et les gamers,Devil May Cry a donc eu droit à plusieurs suites, tout en inspirant une foule de challengers au fil des années. À tel point qu’on parlait dans les années 2000 de “jeux à la DMC”. Sans lui, pas de God of War, dans lequel Kratos, héros déchu de la mythologie grecque, multiplie les combos monstrueux sur des masses d’ennemis géants !… Pas de reboot de Ninja Gaiden non plus, dans lequel un assassin masqué repousse les limites du système de combo, jusqu’à des horizons de gueudin !… Clairement, chaque fois qu’un personnage de jeu vidéo est amené à envoyer des caisses de patates sur un ennemi en l’envoyant valser en l’air, dites vous que c’est grâce à Dante ! 

Et donc, porté par un public en manque de challenge et de sensations fortes, Devil May Cry a tapé crème les 3 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Seulement voilà : entre les clones qui se sont multipliés sur son chemin et un concept assez difficile à renouveler, le bébé de Capcom a tout aussi vite pris un petit coup de vieux quand il a fallu aligner la suite. Eh oui : rendez un jeu de baston plus beau, ça restera un jeu de baston. Quand le jeu vidéo s’est scénarisé et les mondes ouverts ont pris le dessus au fil des années 2000, DMC 2 et 3 ont vite fait figure de plaisir un peu trop à l’ancienne. DMC 4 s’est ensuite contenté de travailler la forme plutôt que le fond, en ouvrant à la série les portes de la génération Playstation 3/Xbox 360. Et de là, Capcom n’a eu d’autre choix que de laisser la formule reposer un peu, avant de tenter l’inévitable reboot. 

On est en 2013 quand DmC : Devil May Cry fait surface. Cinq longues années se sont écoulées depuis DMC4, le public a évolué. Capcom a laissé les rennes de la saga au studio anglais Ninja Theory, qui s’est taillé une jolie réputation en l’espace de quelques jeux, dont Heavenly Sword, exclusivité PS3 sortie en 2007 et très largement inspirée de… Devil May Cry, évidemment ! La boucle est bouclée, mais une fois de plus, la série peine à sortir de son concept de base.DmC est ultra stylé, certes, mais répétitif et clairement destiné à des acharnés de la manette. Le jeu se vend plutôt bien mais ça ne suffit pas, malgré la glorieuse lignée dont il est issu. Il restera fils unique. 

Vous l’aurez donc compris, Devil May Cry 5 est porteur d’un héritage tellement encombrant qu’il est à la fois un atout et un immense fardeau. S’appeler DMC, c’est la perspective d’une expérience magnifiquement bien emballée, redoutable de précision, qui va nous en mettre plein les yeux. Mais à condition de s’accrocher pour dompter la bête et parvenir à en tirer le maximum, sous peine de se retrouver vite frustré. En tout cas, ici on a choisi :  la chasse aux démons est officiellement relancée !

Bonus : les meilleurs jeux à la DMC (qui ne sont pas des DMC) 

Dante’s Inferno 

Capcom a son Devil May Cry, Electronic Arts a fait son Dante’s Inferno ! Lui aussi inspiré des poèmes de la Divine Comédie, il se prétend follower de God of War… Et donc de DMC ! Bien, mais un peu trop sage. 

God of War

GoW, oui, mais lequel ? Si vous avez une PS4, tentez le 3, dispo en version Remastered. C’est l’épisode le plus impressionnant de la trilogie originale. Si vous avez toujours une PS3, foncez sur les deux premiers, réunis dans une compilation HD. Et bien sûr, le dernier épisode en date (God of War, tout court, exclu PS4) est vraiment ouf, mais il s’éloigne du concept original. 

Bayonetta 

La sorcière de chez Maitre Sega remplit toutes les conditions pour le titre de meilleure élève de Devil May Cry. Enfin surtout l’épisode 2. Mais pour ça, il faut être équipé d’une Wii U ou d’une Switch. 

Vanquish

Encore Sega, mais cette fois sur PS3 / Xbox 360 / PC. Délire futuriste à base d’exosquelettes et de robots. Une expérience bien furieuse, qui aurait méritée un meilleur destin. Laissez-lui une chance, d’autant qu’il se trouve facilement d’occasion au prix d’un café !

Ninja Gaiden 

Longtemps réservé aux Xbox, Ninja Gaiden a dynamité le concept du jeu d’action frénétique à partir de 2004. Un challenge monstrueux, pour les hardcore gamers !

Par Max Besnard