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De "GTA" à "RDR2", les jeux en monde ouvert : mythe ou réalité ?
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GTA V (© Rockstyar Games) ©Getty

De "GTA" à "RDR2", les jeux en monde ouvert : mythe ou réalité ?

Les éditeurs de jeu vidéo nous abusent-ils ?

Le principe du “monde ouvert” est dans toutes les conversations gaming des 10 dernières années. Longtemps resté comme un fantasme absolu pour les fans de  jeu vidéo, le monde ouvert est aujourd’hui la norme. Du blockbuster qui tâche, façon prod hollywoodienne à 500 millions de dollars, jusqu’à la petite sortie indé financée par la communauté, le résultat est le même : on veut des aventures dans lesquelles on se sente libre, qui vont au-delà du cadre de narration classique. Dans le discours, on y est. Sauf que dans les faits, la promesse est encore rarement atteinte. Voire jamais. 

S’il vous plaît… Dessine-moi un monde ouvert

D’abord, la base de la base. Dans le jargon du jeu vidéo, un monde ouvert, qu’est-ce-que c’est ? Schématiquement, on peut résumer ça en quelques mots : il s’agit d’un univers dans lequel on peut se balader librement. C’est donc l’opposé des aventures découpées en “niveaux”. Pour prendre un exemple précis, GTA est un jeu en monde ouvert. Super Mario Bros. est un jeu à étapes. Tout le monde suit ? 

La sainte trinité  

En remontant le fil du temps, le premier jeu à avoir offert cette fameuse liberté qui fait rêver s’appelle Ultima 1: The First Age of Darkness. Sorti en 1981, c’est un jeu de rôle dans lequel on se déplace sur une carte immense, vue du dessus, où sont placés des châteaux à explorer, en 3D basique. Il y a aussi des personnages avec qui parler, un scénario qui impose un but à atteindre, différentes classes de personnages jouables, un inventaire évolutif… Tous les ingrédients de la recette qu’on retrouve partout aujourd’hui ! 

Vient ensuite Elite, une aventure spatiale sortie 3 ans plus tard, dans laquelle on joue un commerçant qui se balade de planète en planète à la recherche de nouveaux vaisseaux et marchandises à échanger. Le tout en évitant pirates de l’espace et force de l’ordre.

Derrière son visuel minimaliste, Elite offre une liberté de mouvement totalement folle pour l’époque, avec des milliers de planètes à découvrir. C’est l’ancêtre de Starlink: Battle for Atlas et No Man’s Sky. En revanche, pas de scénario à proprement parler : on se contente de zoner dans le vide intersidéral jusqu’à ce que mort s’en suive. 

Enfin, citons un troisième candidat au titre de pionnier du mond ouvert : Link, héros de La légende de Zelda, dont la première sortie en 86 pose des bases à mi-chemin entre Ultima et Elite.

Il n’y a pas de scénario à proprement parler, aucune coupure entre l’exploration et les donjons, et le monde dans lequel on est plongé donne une impression de liberté inédite… Même si l’utilisation de certains objets impose des barrières assez rapidement. 

Liberté encadrée

À partir de ces trois piliers, les étapes franchies depuis sont essentiellement d’ordre technique : des jeux plus beaux, plus grands, plus remplis, mais finalement avec encore et toujours les deux mêmes limitations : soit un scénario qui oblige à suivre un chemin plus ou moins balisé, soit un concept qui pose un cadre dont on ne peut pas sortir, quelle que soit sa taille. The Witcher 3__, Red Dead Redemption 2, Spider-Man ou Mirror’s Edge… Aucun jeu ne peut prétendre s’affranchir des limites. Explications. 

A : le scénario imposé

Un jeu vidéo, ça repose généralement sur un scénario. Qu’on parle de Mario qui doit sauver Peach, ou des histoires interminables d’Assassin’s Creed, le résultat est le même : pour découvrir tout ce que le jeu propose, il faut passer par des étapes obligatoires. Ce principe hérité à la fois du cinéma et de la littérature n’a presque jamais été remis en cause. Certains jeux ont tenté de briser les codes, en laissant chacun·e se faire sa propre expérience aussi longtemps que possible, avant d’atteindre le but final. C’est par exemple le cas de Zelda Breath of the Wild, dans lequel on peut décider dès le départ d’aller affronter le Big Boss, ou alors de prendre le temps de monter en puissance pour se faciliter le combat ultime. 

Dans le même genre, la série Oblivion (The Elders Scrolls, Skyrim…) et son cousin Fallout offrent un degré de liberté hallucinant, puisqu’on peut passer des dizaines d’heures à s’y promener sans jamais être inquiété par un quelconque morceau de scénario.

Mais malgré la latitude de mouvements, dans tous les cas on se retrouve confronté tôt ou tard au second problème : le cadre. 

B : le cadre fermé

C’est bête à dire mais aucune expérience de gaming ne permet de sortir du cadre initial. Dans un jeu d’aventure, on finit toujours par atteindre les limites physiques du monde. Et s’il s’agit d’un univers infini, généré aléatoirement - comme dans No Man’s Sky ou Minecraft - il y a la contrainte des mécaniques de jeu. Le vaisseau dont on ne peut pas sortir. Notre personnage qui est limité par son physique. Les outils prédéfinis. Le rôle que le jeu nous attribue. En clair, un monde ouvert est systématiquement une expérience fermée, sur un ou plusieurs fronts.

Le monde ouvert fermé

On peut mettre ces limites sur le dos de la puissance des machines ou des moyens techniques à mettre en place. Quand on sait que plusieurs milliers de personnes ont participé à _Red Dead Redemption 2_sur près de 7 ans, alors que le jeu reste prisonnier de son scénario et de son cadre (cowboys + bail de vengeance), on se dit que la promesse du monde ouvert - le monde tel qu’on le vit dans la réalité - est peut-être inatteignable. Et tant mieux ! Après tout, le but d’un jeu vidéo est de s’amuser, justement en s’échappant du quotidien. Et c’est en touchant les limites du cadre - le monde dans lequel on évolue ou les outils qu’on nous accorde pour avancer - qu’on obtient la satisfaction d’avoir rempli sa mission ! 

L’argument commercial du monde ouvert est finalement une illusion. Malgré les apparences, aucun jeu ne propose encore une infinité d’outils, d’environnements et d’interactions. Pas même Second Life ou Star Citizen, dont les promesses de départ se sont vite transformées en mirages. Il faut donc prendre l’idée pour ce qu’elle est : un jeu qui n’est pas découpé en étapes bien définies… Et c’est tout !

Bac à sable

Pour aller plus loin dans la compréhension du monde ouvert, quelques mots sur le concept de bac à sable - “sandbox” en vo, pour utiliser le jargon technique. Il ne faut pas confondre avec la notion de monde ouvert : un jeu en bac à sable laisse au gamer le libre arbitre pour arriver à son but. Mario Odyssey, GTA_et Dishonored sont des exemples de bacs à sable. Mais seul _GTA est un monde ouvert, les deux autres étant des expériences découpées en plusieurs niveaux. 

Explorer les mondes ouverts

Et maintenant quelques reco pour (re)découvrir les jeux mondes ouverts, en dehors des références citées plus haut :

Shenmue 1 & 2 : avant Rockstar et son GTA 3, Maitre Sega a imaginé à la fin des années 90 une aventure qui donnait l’impression de vivre dans un monde presque réel. Deux monuments, remasterisés l’été dernier. 

Just Cause 3 / 4 : le défouloir ultime, sous forme d’un immense bac à sable dans lequel on peut tout casser ! Jouez au 3 ou 4, c’est à peu près la même chose.  

Far Cry 3 / 4 / 5 : Far Cry 3 a éclaté la concurrence avec son terrain de jeu gigantesque et sa liberté de mouvements de ouf. Les épisodes 3, 4 et 5 sont très proches, donc foncez sur le premier que vous trouverez !

Sleeping Dogs : dispo sur les machines actuelles en version remasterisée, Sleeping Dogs est le mélange de GTA (la ville ouverte) et Batman Arkham (les combats techniques). Une tuerie trouvable pour quelques euros !

Terraria : jeu indé en monde ouvert 2D, histoire de changer. 

Saints Row 4 : le concurrent barré de GTA, version “il est pas tout seul dans sa tête” ! Gros kif, trouvable au fond d’un bac à soldes. 

Mad Max : le cousin de Just Cause, dans le désert et avec des mutants qui enchainent les roues arrières. 

Steep : un jeu de glisse en monde ouvert. Ouais, ça existe.

Forza Horizon 4 : un jeu de course en monde ouvert. Ouais, ça existe aussi.  

Horizon Zero Dawn : quand Sony fait du monde ouvert façon Assassin’s Creed, ça déchire. 

Borderlands the handsome collection : compil’ qui regroupe Borderlands 2 et sa préquelle, dispo sur PS4 et Xbox One. Parfait pour découvrir une série majeure du jeu vidéo. Rien que ça. 

Par Max Besnard