MENU
Accueil
De "Bomberman à Fortnite" : histoire du battle royale
Écouter le direct
Fortnite (© Epic Games)
Fortnite (© Epic Games)

De "Bomberman à Fortnite" : histoire du battle royale

On remonte le fil du phénomène jeu vidéo du moment, en commençant par la base.

La recette du Battle Royale

Si vous vivez sur cette planète, il y a de fortes chances pour que vous ayez entendu parler au moins une fois de Fortnite ou Player Unknown's Battlegrounds (PUBG) ces 12 derniers mois. On est même prêt à parier que vous avez téléchargé une version d’un de ces deux jeux, que ce soit sur PC, smartphone ou console. Et on vous rassure, nous aussi ; après tout, y’a pas de mal à se mettre bien, surtout quand c’est gratos !  Et pour faire un bon Battle Royale des familles, il faut respecter une liste d’ingrédients. On peut résumer la recette à cinq éléments principaux, qu’on retrouve dans chaque jeu de cette catégorie hyper populaire :

1 : Le ter-ter 

Un Battle Royale, ça commence évidemment par une zone de jeu sur laquelle on va gentiment se dégommer les uns les autres. Idéalement, cette carte doit être suffisamment grande pour accueillir des dizaines de personnes à la fois. La tendance actuelle est d’ailleurs à la surenchère : des champs de bataille de plus en plus grands, et un nombre de participants toujours plus important. Alors que la barre des 100 joueurs simultanés est devenue la norme, Mavericks Proving Grounds veut monter à 1000 joueurs à la fois ; on ne demande qu’à le voir pour le croire. Mais cela dit, méfions-nous de ce genre d’argument : c’est clairement pas les chiffres qui font la force d’un jeu !

2 : Liberté, égalité, à oualpé

Le principe essentiel du Battle Royale… Chaque combattant·e arrive sur le lieu du crime (ou des crimes plutôt, vu qu’il y en a généralement 99 par partie…) totalement dépouillé ! Le compteur est remis à zéro à chaque début de match. C’est d’ailleurs ce principe éminemment égalitaire qui fait tout le charme du genre. Et parenthèse : de façon générale, fuyez les jeux qui vous proposent de lâcher des billets pour avoir du matos plus performant - le principe du “pay to win”, payer pour gagner. La beauté du jeu vidéo compétitif c’est justement de mettre tout le monde à armes égales. Un certain Star Wars Battlefront 2 s’en souvient encore… À la limite, si c’est uniquement des éléments cosmétiques (sapes, couleurs personnalisées…), ok, ça peut le faire. Mais pas plus ! Bref, ça nous amène à l’ingrédient suivant… 

3 : À consommer sur place 

…un vrai Battle Royale, c’est du matos aléatoire, qu’on va chiner dans les décors, dès que la partie commence ! Si vous êtes éliminé, ce matériel peut alors être récupéré par les joueurs encore en action. Et bien sûr, dès que la partie est terminée, tout ça reste sur place, on ramène rien à la maison.  

4 : Collé-serré

Point important également, la zone de jeu doit se resserrer à mesure que le temps passe, pour faire monter la pression en coinçant tout le monde dans un espace confiné. 

5 : Toute sortie est définitive

C’est aussi une évidence : à la fin il ne peut en rester qu’un·e, qu’on joue en solo ou en équipe. Donc si vous êtes éliminé, vous ne revenez pas dans la partie. C’est moche mais c’est comme ça.  

On pourrait ajouter éventuellement un sixième et dernier ingrédient à la recette Battle Royale, aka “l’élément différenciant”. Traduction : chaque jeu apporte sa petite astuce pour se démarquer des autres. En dehors des choix esthétiques, ça peut être des types d’armes/outils, des modes de déplacement, des options de construction/destruction de décors… Mais bon, c’est aussi la base de tous les jeux vidéo : piller les bons plans des autres, en y ajoutant une bricole qui fait la différence. On ne retiendra donc pas cet ingrédient. Ouais, on est comme ça. 

Battle Royale Origins

Donc maintenant qu’on a la recette, voyons un peu quels jeux rentrent dans la catégorie, et au passage, qui serait le patient zéro ? Les pros du frag/headshot/respawn (rayez la mention inutile) répondront sans hésiter DayZ.

Lui, c’est sans doute le premier à avoir proposé un mode Battle Royal à part entière, tel que le genre est popularisé aujourd’hui. Impossible de nier l’évidence : H1Z1, PUBG, Fortnite… Tous ces jeux sont des followers de papa DayZ. Mais laissons-le de côté pour le moment. Parce qu’à bien y réfléchir, le Battle Royale moderne prend ses racines encore un peu avant - avec Minecraft, pour ne pas le citer - si on s’en tient strictement aux ingrédients énoncés plus haut. Dès le printemps 2012, le jeu de construction s’offrait un mode Battle Royale, par la magie des mods - les améliorations apportées directement par la communauté. Un délire directement inspiré par le film Hunger Games.

Mais Hunger Games ne sait pas fait tout seul, puisqu’il est lui-même une sorte de descendant illégitime d’un monument japonais sorti en 2000, sobrement intitulé… BATTLE ROYALE !!! Mené devant la caméra par l’empereur du film qui tâche (rouge sang), Takeshi Kitano, l’affaire est d’une simplicité parfaite : une classe de collège est balancée sur une île où tout le monde doit s’entretuer, pour que l’ultime survivant.e puisse retrouver sa vie d’avant. Si on doit parler de l’origine de Fortnite et ses potes, avouez que là on est au cœur du sujet !

Maintenant, si on remonte encore plus loin, il y a une autre référence à citer. On revient un instant au fondamentaux : une aire de jeu fermée/pleine de combattants, un seul survivant, du matériel aléatoire et qui repart à zéro à chaque partie, une aire de jeu qui rétrécit… Ça ressemble un peu à Bomberman tout ça, non ? 

C’est de la bombe, bébé 

Bomberman, qui débute sa carrière au Japon en 1983, est au départ une aventure solo. On incarne un héros paumé dans un labyrinthe, qui doit creuser son chemin vers la sortie à coup de bombes.

Le jeu est amélioré au fil des versions, qui débarquent sur à peu près toutes les machines des années 80. Au début des années 90, Bomberman récupère un mode multijoueur - de 2 à 5 personnes, selon la console utilisée - en arène fermée. 

Vous allez nous dire : “Bomberman c’est bien, mais c’est pas ce qu’on appelle des batailles massives”. Alors oui et non. Le jeu n’a jamais atteint les chiffres démesurés du Battle Royal moderne. Mais il a clairement fait de son mieux, avec les moyens du bord ! La version qui tournait en 96 sur Sega Saturn - très intelligemment baptisée Saturn Bomberman - a poussé le délire jusqu’à 10 joueurs à la fois, sur un, seul écran. Pour l’époque, c’était ouf.

On peut donc affirmer sans trop se mouiller que les 100 joueurs simultanés de Fortnite ou PUBG feront surement un peu pitié aussi dans 30 ans ! Faut toujours replacer les choses dans leur contexte… 

Comment on en est arrivé là ?!

Avance rapide jusqu’en 2012. En mars, le premier Hunger Games arrive au ciné. En avril, Minecraft s’en inspire, immédiatement suivi par DayZ, un mode spécial du jeu de survie Arma 2. À ce moment, les joueurs se fightent contre des zombies gérés la la machine, mais en septembre de la même année, Brendan Greene, connu en ligne sous le pseudonyme PlayerUnknown, cuisine dans coin un mode Battle Royale pour DayZ. Deux ans plus tard, il se lance avec PlayerUnknown’s Battle Royale, un mode dérivé du jeu Arma 3, qui va finalement devenir PUBG. De là, tout le monde s’engouffre dans la brèche, dont Fortnite, qui au départ n’était qu’un jeu de survie pour quatre personnes vs des zombies dirigés par la machine. Mais en voyant le succès de PUBG et compagnie, le studio Epic Games flaire rapidement le bon coup et décide de boucler en quelques semaines un mode Battle Royale, accessible gratuitement. C’est lui qui regroupe aujourd’hui plus de 100 millions de fans à travers le monde ! Une popularité qui est parvenue à faire oublier que derrière, il y a bien un jeu scénarisé, complet : Fortnite Sauver le Monde__. 

Alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

La machine à cash Battle Royale fait rêver les studios de développement, tout le monde veut sa part du gâteau. Actuellement le marché est vampirisé par trois jeux : Fortnite, PUBG et Call of Duty Black Ops 4, qui a réussi à s’y glisser plutôt brillamment avec le mode Blackout.

Le reste de la mêlée a pris cher, excepté H1Z1, qui se fait une place en marge grâce à la scène esport. Dans un avenir proche, le risque c’est d’arriver à saturation, avec des titres beaucoup trop nombreux, programmés vite fait, juste pour ratisser quelques billets. 

On peut envisager deux scénarios : le premier, c’est qu’avec autant de forçage, la pyramide va vite s’écrouler et finir aux oubliettes de l’histoire. Le second, c’est que Fortnite va continuer à rouler au top pendant longtemps. On aurait tendance à pencher pour cette deuxième hypothèse ; après tout, si Bomberman, notre patient zéro du Battle Royale, est toujours là, pourquoi pas imaginer jouer encore à Fortnite dans 30 ans ?…

Par Max Besnard