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Le succès surprise d'Akimbo, premier album de Ziak
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Le succès surprise d'Akimbo, premier album de Ziak

Avec sa drill aux images travaillées, dans les textes comme dans les clips, Ziak est une des nouvelles sensations du rap français, couronnée par une première place des ventes pour son premier album. Un succès qui questionne aussi sur la nature de sa musique.

Un premier album, et déjà un numéro un des ventes pour Ziak avec Akimbo. Un beau succès pour ce rappeur encore inconnu d’une grande partie du public il y a quelques mois. Et qui l'est toujours, puisque comme Kalash Criminel, Kekra ou Siboy avant lui, Ziak est un rappeur masqué, toujours affublé d’un bandana noir qui recouvre son visage. Depuis ses premiers morceaux mis en ligne début 2020, il a fait grimper sa popularité à coup de clips percutants pour illustrer sa musique, fortement influencée par la drill. Et ça séduit, puisqu’à date, Ziak a réalisé le 9e meilleur démarrage d’un album rap français cette année, dans un top 10 où il est le seul nouveau venu au milieu de SCH, Booba, Jul, Niska ou encore Soso Maness, d'après nos confrères de Midi/Minuit.

"Drill, tous les rappeurs veulent s'y mettre", rappelait Ashe22 l'an dernier. Un style de rap né à Chicago il y a une dizaine d’années, adoptée et accentuée par une scène londonienne bouillonnante au milieu des années 2010, et dont les productions ont influencées à leur tour des rappeurs new-yorkais, notamment le regretté Pop Smoke. Et depuis qu’il a popularisé sa drill plus festive, le style a fait des émules en France. Mais Ziak, lui, reprend plutôt les codes de la drill UK, celle d’outre-Manche. Une musique où il est beaucoup question d’éliminer ses adversaires avec violence. C’est la bande originale funeste d’un contexte social et criminel de certains quartiers londoniens. Et à cet exercice, Ziak a bien compris les codes, les flow, les ad-libs, l’argot de cette musique, bien aidé par sa voix grave si particulière. Mais Ziak fait également preuve d’inventivité dans son écriture, qu'il pose aussi sur d'autres directions musicales (garage sur "Badman Trip", rap sur "Lauiss", trap sur "Vrai / Faux").

Mais c’est aussi là que Ziak pose problème pour certains auditeurs, qui considèrent qu'il produit une musique qui fantasme et fait fantasmer sur une réalité tragique. Rapper sous masque des actes criminels, en Angleterre, correspond à une situation spécifique, pour ne pas se faire pincer par la justice. Sauf que dans le cas de Ziak, l’application de ces codes peut ressembler à une appropriation moralement questionnable. Et puis des comptes Youtube ont retrouvé d’anciens morceaux de Ziak, avant qu’il ait ce nom de scène, qui n'ont rien à voir avec sa musique actuelle. Et donc se pose l'éternelle question sur l’authenticité dans le rap. Mais ce ne sont visiblement pas des questions que se posent son public. C'est toujours une affaire de seuil de tolérance à ce qu'on veut et peut accepter en tant qu'auditeur. Au fond, quand Kaaris et Booba ont repris il y a une dizaine d’années des codes de la trap et de la drill de Chicago, est-ce que ce n'était pas déjà un cas de figure similaire ? Pour certains amateurs de musique sensations fortes, ça n'a pas d'importance. Et le succès de Ziak en est une nouvelle preuve.