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"Suprêmes" : un biopic fiévreux et ambitieux sur NTM
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"Suprêmes" : un biopic fiévreux et ambitieux sur NTM

Le Screen du 24 novembre 20214 minutes
Le film sort au cinéma aujourd'hui.

Qui était Joey Starr et Kool Shen avant de devenir les icônes du rap qu’ils sont aujourd’hui ? C’est la question que pose le biopic sur NTM Suprêmes qui sort aujourd’hui au cinéma. Après avoir été applaudi à Cannes cette année en séance de minuit, le film débarque dans les salles sombres pour nous faire découvrir les destins de Didier Morville et Bruno Lopes qui ont totalement révolutionné le hip hop français. 

Le film se concentre sur les débuts de NTM à la fin des années 80, comment deux mecs talentueux sont passés des petites salles de leur 93 natal, à remplir le Zénith de Paris en 1992. C’est la première fois que leur histoire est portée au cinéma et on le doit à la réalisatrice Audrey Estrougo. Elle a eu l'audace de raconter ces histoires incroyables et pour se faire, elle a passé des mois sur son casting avant de trouver les deux pépites qui allaient devoir se muer en NTM. D’un côté Théo Christine, totalement bluffant en Joey Starr et de l’autre Sandor Funtek, magnétique en Kool Shen. Et les deux ont travaillé leurs rôles avec beaucoup de précision, comme l'explique Théo Christine :

On a eu plus d'un an de préparation, avec des coachs tops qui connaissent NTM vraiment en fond. Il y avait Tuco, qui nous a aidé à bosser l'attitude scénique et le rap. C'est un mec qui a tourné avec eux pendant plus de 10 ans donc il connaissait bien son sujet. Il y avait aussi des danseurs avec nous, qui ont vraiment connu l'époque et qui dansaient avec eux durant leurs concerts. Donc on baignait vraiment dans le délire hip hop des années 80-90. 

Audrey Estrougo a fait le choix de prendre deux acteurs qui n'étaient pas rappeurs de base, et le résultat est impressionnant. Car si Théo Christine et Sandor Funtek sont déjà apparus dans quelques productions notables comme La vie d'Adèle pour Sandor ou Skam pour Théo, les rôles de Joey Starr et Kool Shen les propulsent à un nouveau stade de leur jeune carrière. Forcément ça a été un gros challenge pour eux, d'autant plus que les deux membres de NTM ont participé au projet. 

Y'avait une grosse pression au début parce qu'on ne veut pas les trahir et que si c'est nul on sait très bien qu'ils vont nous le dire directement. Mais une fois qu'ils ont commencé à venir nous voir, qu'ils ont été hyper bienveillant et qu'ils nous ont dit qu'on connait le truc, en réglant quand même deux trois détails, bah la pression a commencé à redescendre et leur présence est devenue totalement une force. 

Il faut dire que leur métamorphose est assez dingue et qu'elle n'a pas été facile car Audrey Estrougo a pris le parti de réalisé un film se centrant autour de scènes de concert. Si on voit quelques scène d'intimité, notamment entre Joey Starr et son père, Suprêmes mise surtout sur une grosse performance scénique de la part des deux acteurs. On les voit jouer dans des MJC en banlieue, dans un parking en bas d'une cité et puis dans des salles de plus en plus grandes… Et les deux acteurs nous transportent avec eux que ce soit dans leur fureur, dans leurs espoirs, dans leurs peurs aussi… On a pas l’impression de voir une pâle copie de NTM bien au contraire car au-delà de se glisser dans la peau des personnages, c’était toute une époque qu’il fallait qu’ils comprennent, comme l'explique Sandor : 

C'est vrai qu'au début on était trop dans le mimétisme et ça c'est pas bon car ça paraît tout de suite fake et pas naturel donc il fallait d'abord partir de nous en fait, devenir des rappeurs et des jeunes de ses années là. Il fallait apprendre tout un langage aussi, celui de l'époque, c'était pas du tout le même verlan, le même argot, ni la même gestuelle. Même les entrées en boite de nuit se faisaient pas de la même façon ! Et puis c'est aussi un dialecte de son et de corps, savoir comment on rappait à l'époque il y a 30 ans. C'était un travail en profondeur vraiment. 

Le film met aussi en avant l'aspect social, dans une époque où le rap était pas le premier mouvement musical de France. Les concerts du groupe se faisaient interdire, ils étaient catalogués comme des jeunes de cité vulgaires et violents avec les médias qui les enfonçaient. Suprême remet bien ce contexte en avant, et nous plonge dans cette ambiance rude avec laquelle le groupe devait trouver sa place, et on voit à quel point ils ont réussi à créer un vrai mouvement pour la jeunesse. 

A l'époque il y avait quand même un soupçon d'espoir, en tout cas on prenait des micros et on avait l'impression que c'était déjà une action : on actait pour que les choses changent par la musique et le rap. Aujourd'hui j'ai plus l'impression, même dans la musique actuelle, qu'il y a un truc désabusé, un peu fataliste et pessimiste à morte. Pourquoi ? Parce que ça fait 30 ans que ça dure et que ça change pas. 

En tout cas Suprêmes est un film à avoir absolument, qu'on soit fan ou pas de NTM. Théo Christine et Sandor Funtek viennent d'ailleurs d'être présélectionnés dans la liste des Révélations aux Césars 2022 pour leurs performances dans le film.