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"Haut et fort" : quand le hip-hop devient l'hymne à la liberté de la jeunesse marocaine
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"Haut et fort" : quand le hip-hop devient l'hymne à la liberté de la jeunesse marocaine

Le Screen du 17 novembre 20214 minutes
Le film sort aujourd'hui au cinéma.

Après avoir fait vibrer le Festival de Cannes, Haut et fort s'apprête à venir toucher le public en plein cœur cette semaine. Le réalisateur franco-marocain de Much Loved Nabil Ayouch a posé sa caméra dans un centre culturel de Casablanca qu’il a lui même crée.

Un centre qui permet à la jeunesse marocaine de s’exprimer via l’art. Haut et fort navigue entre fiction et réalité puisque le film suit l’histoire du rappeur Anas qui débarque dans ce centre culturel pour transmettre les valeurs du hip-hop à ses élèves. Une histoire totalement vraie qui a inspiré Nabil Ayouch à en faire un film après avoir passé un an avec Anas et les jeunes du centre.

J'ai observé cette jeunesse s'exprimer avec talent, notamment à travers le rap et le hip hop, pendant un bon moment avant d'être convaincu que ça allait être ça mon prochain film. Je les ai écouté, j'ai écouté leurs textes, leurs paroles et j'ai essayé de comprendre d'où ça venait. Ils m'ont raconté leur intime, ce qui les hantaient et ce qui les bouleversaient et c'est ça que j'ai trouvé passionnant : à la fois leur énergie et la manière dont ils arrivaient à parler de toutes leurs problématiques.

Haut et fort est filmé tel un documentaire où l'on assiste à des conversations entre les jeunes sur des sujets de société comme les attentats, la religion, les parents, le sexisme… Mais c’est surtout la manière dont ils expriment leurs peurs et leurs interrogations qui est géniale, via cette musique omniprésente et ce désir de création.

J'avais envie à la fois de rester dans des problématiques politiques sociales et engagées, mais j'avais aussi envie d'aller chercher une forme nouvelle. Je voulais que le film soit le témoin de l'énergie de ses jeunes, de leur pêche, de leur état d'esprit et de l'espoir qu'ils suscitent. Et c'est pour ça que j'ai souhaité faire un film musical, que ça chante, que ça danse et que leur parole ne s'exprime pas qu'à travers des débats.

Et ce désir de film musical est clairement une réussite. Haut et fort s'avère être une comédie musicale hybride tournée dans les rues de Casablanca, avec des jeunes plus talentueux les uns que les autres. Et tout ça a été un très gros travail en amont.

On a travaillé avec des coachs et avec un chorégraphe qui a bossé avec eux pendant 3 mois tous les numéros dansés avec beaucoup d'assiduité et des danseurs professionnels derrière eux. Et puis il y a eu aussi toute la partie chantée, les raps et les slams, et on voulait absolument que ça viennent d'eux, que les mots exprimés soient leurs mots. Donc il a fallut évidemment un accompagnement, et c'est Anas qui joue le professeur dans le film qui a fait ce travail avec eux.

Et même si les sujets traités sont parfois lourds, le film n'en reste pas moins feel-good, Nabil Ayouch a réalisé un film sur une jeunesse marocaine libre, qui semble contrasté avec la nôtre qui vit dans un climat beaucoup plus anxiogène.

Là bas j'ai le sentiment qu'on a un peu échappé à cette ambiance parce que cette jeunesse, qui aurait pu très bien être dans une barque au milieu de la Méditerranée ou être à la place de kamikaze qui se font péter, elle a réussit à s'emparer grâce au hip hop d'un outil, d'un instrument qui lui permet de se raconter.

Il est vrai qu’au Maghreb, le rap est devenu un vrai outil contestataire, la bande son principale du printemps arabe et c’est aussi ce qui leur permet de se différencier de leurs parents même si ce n'est pas toujours facile.

Quand ils nous confient leurs enfants dans nos centres, les parents sont directement méfiants à se demander qu'est-ce qu'on va leur apprendre derrière ses murs, est-ce que c'est pas notre idée de la culture qu'on va leur imposer etc.. Et puis surtout comment leurs enfants vont en ressortir : plus libres, plus émancipés surtout pour les filles ? Du coup pour franchir ses obstacles, on a ramené les parents dans les centres, pour leur montrer qu'il fallait qu'ils soient fière de leurs enfants, de leurs filles, qu'ils voient tout ce qu'ils accomplissent.

Evidemment par moment ça ne fonctionne pas, comme le montre Haut et fort, et des parents interdisent à leurs enfants de refaire du rap, ou de revenir dans les centres. En tout cas, c'est un film vibrant, qui donne un nouveau souffle aux films sur la jeunesse par moment un peu à côté de leurs pompes. Nabil Ayouch s'est empreint de ce qu'il connait et de ce qu'il aime pour signer une vraie ode à la liberté.