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"Grand Army" : manifeste engagé de la génération Z
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"Grand Army" : manifeste engagé de la génération Z

Le Screen du 05 novembre 20204 minutes
La série est disponible sur Netflix.

Passée inaperçue lors de sa sortie mi-octobre, Grand Army a pourtant réussi à trouver son public puisque depuis son arrivée sur Netlflix, elle fait partie du top 10 des programmes les plus vus de la plateforme.  Créée par Katie Cappiello, la série est une adaptation de sa pièce de théâtre "Slut" (salope en français).  

Grand Army est ce qu’on pourrait qualifier d’une série d’ado puisqu’elle suit des lycéens à Brooklyn. Mais au fur et à mesure des épisodes, elle s’avère plus complexe qu’elle n’y paraît, avec des personnages et des problématiques propre à la génération Z. La série s’inscrit dans la lignée de 13 Reasons Why, autre programme phare adolescent de la plateforme, même si Grand Army s'avère plus trash et un peu moins formaté que sa grande soeur. Mais comme elle, la série suit le quotidien au lycée de différents personnages : Il y a Dom, l’ado d’origine haïtienne qui lutte pour aider sa famille, Jayson victime de discrimination à son lycée, Leïla la nouvelle prête à tout pour se faire accepter, Sid complètement apeuré de faire son coming out et enfin Joey, le personnage principal jouée par la fantastique Odessa A’zion. Joey représente la meuf populaire version 2020, une fille décomplexée, féministe, naturelle... que l'on pourrait qualifier de "cool girl", comme l'a décrit mademoizelle.com dans un article très juste sur le personnage. Sauf que sa vie d'ado va basculer au moment où ses meilleurs amis vont l’agresser sexuellement. 

Odessa A'zion - Grand Army
Odessa A'zion - Grand Army

Grand Army s'attaque donc à des problématiques assez dures, où chaque personnage doit lutter avec ses traumatismes. Elle dresse un portrait d’adolescents qui se battent pour leurs droits, qui veulent réussir, qui veulent s’en sortir, qui ont du mal à s’aimer et à aimer en retour… La grande majorité des scènes se déroulent dans l’enceinte même du lycée, ce qui crée vraiment un côté intimiste et back to school assez plaisant. Le réalisme de la série est teinté des problématiques du moment. Elle s’inscrit dans les mouvements Metoo et Black lives matter dans lesquels baignent les lycéens d’aujourd’hui, dans le climat anxiogène dans lequel ils grandissent. D'ailleurs, dès sa scène d'ouverture, Grand Army s’ouvre sur un attentat qui a lieu juste à côté du lycée et affiche clairement sa volonté d'être une série encrée dans son époque. 

Grand Army confirme cette nouvelle lignée de série d'adolescent qui s'attaque à des problématiques graves et sans tabou, comme Euphoria qui traite de la dépression chez les ados ou encore Sex Education qui parle de sexe assez librement. Ces séries montrent à quel point les ados d’aujourd’hui sont forts, malgré l'image de génération de tik tokeur que les médias renvoie. Au contraire, la génération Z fait partie des premières vagues d'adolescents qui se montrent autant engagés et à l'écoute de leur époque, ce qui devrait susciter une admiration de la part de leurs aînés, plutôt qu'une critique. Ce genre de série permet justement de montrer leur façon de gérer leur vie dans un monde rempli de traumatisme. On est bien loin de Gossip Girl et autre Dawson, même si elles évoquaient aussi certaines problématiques, elles ne s'y attardaient jamais en profondeur. Ce renouveau des séries d'ado fait du bien, et si il peut en aider certain à se sentir moins seul, c'est toujours ça de gagné.