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Sept mois avant la présidentielle, que valent les sondages ? Comment bien les lire ?
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Sept mois avant la présidentielle, que valent les sondages ? Comment bien les lire ?

Le Check info du 05 octobre 20213 minutes
Tous les candidats ne se sont pas encore déclarés ou n’ont pas encore été désignés par leur partis, pourtant, les sondages se multiplient depuis la rentrée. L’occasion de donner quelques pistes pour bien lire sans s’emballer.

Sept mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, en avril 2022, les sondages pour déterminer le résultat se multiplient. Y compris avec des personnages qui ne sont pas candidat à cette élection, par exemple le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour : dans le dernier sondage Ipsos Sopra Steria pour France Info, il recueille plus de voix que tous les candidats de droite envisagés. En clair : d’après cet institut, peu importe qui sera candidat à droite - Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier - Eric Zemmour arriverait devant, avec 15% d’intentions de vote.

D’où vient le sondage ? Quelle question est posée ? Qui y répond ?

Pour juger la fiabilité de ce genre d’enquête d’opinion, on peut donner quelques pistes. Et la première chose à faire, c’est de se demander d’où vient le sondage en question : s’il vient d’une question sur Twitter ou sur d'un site Internet du type « question du jour », il ne peut pas être représentatif. En revanche, s’il vient d’un institut de sondage, par exemple Ipsos, Ifop, BVA ou encore CSA, là, on peut aller directement à la deuxième étape : lire la question. 

Quelle question a été posée aux personnes interrogées ? C’est capital. Par exemple, la question « d’après vous, qui va remporter l’élection présidentielle », n’a rien à voir avec « pour qui voteriez-vous ? » On peut penser que c’est Emmanuel Macron qui va remporter l’élection mais voter pour quelqu’un d’autre, et vice versa. Le résultat est donc très différent.

Troisième piste : combien de personnes ont été interrogées ? En gros, moins de 1000 personnes, ça n'est pas représentatif, il faut au moins 1000 personnes interrogées pour avoir une estimation correcte. 

Quatrième point : comment ces personnes ont-elles été interrogées ? Est-ce que c’est par téléphone, ou par internet ? C’est très différent, sur Internet, on a le temps de réfléchir, de s’informer avant d’envoyer sa réponse, alors que par téléphone, si l’on a jamais réfléchi à la question posée, la réponse immédiate n’a pas forcément beaucoup de valeur. Par exemple sur la question du vote, le choix d’un bulletin se fait après réflexion, après plusieurs mois de campagne et d’information sur les programmes, et pas de façon spontanée dans un isoloir.

Pourquoi les sondages sept mois avant l’élection ne sont pas des prédictions ?

Aujourd’hui, les enquêtes d’opinion posent des questions sur un évènement qui aura lieu dans des mois, et pour lequel on est encore loin d’avoir tous les prétendants. Donc même si la question est bien posée, le panel bien fait, l’institut de sondage fiable, la valeur est nulle. D’ailleurs, les scrutins précédents nous donnent de bons aperçus. Par exemple, pour la dernière élection présidentielle, il y a cinq ans, au même moment, sept mois avant le vote, François Hollande était dans tous les sondages. Pourtant, en décembre, il a renoncé à se représenter, faussant toutes les prédictions. Pour le reste, en 2016, que nous disaient les sondages ? Ils disaient que quel que soit le candidat de l’UMP - Sarkozy, ou Juppé, ou Fillon – il serait forcément au deuxième tour devant Marine Le Pen. Le nom d’Emmanuel Macron, lui, n’avait pas encore proposé aux personnes interrogées. Conclusion : le seul moment où un sondage fait vraiment office d’indicateur, c’est quelques jours ou semaines avant le scrutin, pas avant.