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Qui lacère les tentes des migrants au cutter à Calais ?
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Qui lacère les tentes des migrants au cutter à Calais ?

Le Check info du 30 novembre 20212 minutes
Le ministre de l’Intérieur affirme que c’est une société privée et pas les gendarmes ou les policiers. Mais cette société est mandatée par l’État et ces destructions se font sous la protection des forces de l’ordre.

Depuis le naufrage la semaine dernière où 27 personnes sont mortes en essayant de traverser la Manche, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, explique que ce drame est la faute des passeurs et que la politique de la France en matière d’immigration n’a rien à se reprocher. Pourtant, beaucoup d’associations qui s’occupent des familles errant dans ce qu’on appelle la jungle à Calais dénoncent la politique de l’État : notamment la confiscation quasi-quotidienne des tentes, couvertures et affaires des migrants et même la lacération au cutter de ces tentes par les forces de l’ordre. Sauf qu’hier, Gérald Darmanin était sur BFMTV et il a affirmé que "ce ne sont pas les policiers et les gendarmes qui prennent des cutters et qui lacèrent les tentes, la lacération des tentes que j’ai fait arrêter était faite par une société privée".

Les preuves à l'appui

Pour vérifier cette affirmation, il y a énormément de photos et de vidéos disponibles, puisque ces destructions sont documentées par des journalistes et par des associations depuis des années. On y voit toujours la même scène depuis 3 ou 4 ans : des personnes en combinaison, sans brassard de police, qui lacèrent des tentes au cutter, sous la surveillance de gendarmes, ou de CRS.

La vidéo ci-dessus a été tournée par l’association Human Rights Observer à Calais, en 2018. Le CRS explique que "c’est une opération de police". Cette vidéo a trois ans, mais la dernière fois qu’une telle scène a été filmée, c’était il y a quinze jours, le 16 novembre, par le journaliste Louis Witter.

Une société privée missionnée par l’État et encadrée par les forces de l'ordre

Techniquement, ce ne sont effectivement pas les gendarmes qui lacèrent les tentes. Ce sont les employés de la société de nettoyage. Mais à chaque fois, les forces de l’ordre n’interviennent pas, au contraire elles encadrent les salariés de la société et les protègent de toutes questions de journalistes ou de membres d’associations. Donc, c’est bien l’État qui organise ces destructions lors des évacuations, puisque c’est le ministère de l’Intérieur qui a mandaté cette société privée précisément pour détruire les abris. À la fin, lacérées ou pas, les tentes sont détruites quoi qu’il arrive, elles finissent à la benne. Ce qui pose la question suivante : l’État peut-il confisquer ce type d’abri quand il fait zéro degré dehors, quand il n’y a pas forcément de solutions de relogement, quand cela pousse des personnes à errer dans la forêt en pleine trêve hivernale ? Une situation déjà soulignée par la Commission nationale consultative sur les Droits de l’Homme qui a dénoncé dans un rapport en février dernier la violation des droits fondamentaux des exilés par l’État.