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"Bye Bye" de Ménélik : les dessous d'un scandale
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"Bye Bye" de Ménélik : les dessous d'un scandale

Culture hip-hop du 14 février 20224 minutes
En 1997 sort le tube "Bye Bye de Ménélik. La voix féminine est celle de la rappeuse chanteuse Imane D mais la maison de disques a préféré mettre en avant une autre artiste. On vous raconte.

Imane D est l’anagramme de son vrai prénom Medina. En 1996, Medina a 20 ans, elle est étudiante, habite à saint Denis, et se fait repérer dans une soirée open mic. Elle rencontre Albert, plus connu sous le nom de Ménélik qui lui propose d’enregistrer un morceau. Le frère de Medina est rappeur (M'widi), elle sait donc qu’il existe déjà des histoires d’arnaques en maisons de disque. Elle part en studio avec une ébauche de contrat que la manageuse d’Alliance Ethnik lui a préparé.

Improvisation et one shot

"Mon objectif était d'arriver et de casser le micro, de prendre le micro, le pouvoir et de m'imposer, déjà parce qu'il n'y avait que des hommes et en plus parce que ceux qui arrivaient à faire des prouesses en one shot étaient les mieux réputés. Et j'arrive, one shot ce que les gens écoutent c'est le one shot. Et le deuxième shot, c'était des propositions, il fait le refrain et moi je fais nanana qui est une improvisation en studio".

Quand tu découvre que tu ne fais pas partie du clip

Quelques semaines après l'enregistrement, elle apprend qu’il y a des départs chez Sony la maison de disque avec laquelle elle a signé son contrat. Et dans la foulée, elle découvre qu’un clip a été tourné avec sa voix mais sans elle. Le fameux clip dans lequel on retrouve Mouss Diouf, Bambi Cruz, MC Solaar, Julia Chanel, KaMel, Charlie (de Charly et Lulu), ou encore Pascal Nouma. Et pour la partie féminine, c’est l’artiste Myas qu’on voit dans le clip et non Imane D.

Imane D est sur le contrat, sur le disque, le titre radio et le remix, je suis créditée partout. Mais il y a une ambiguïté, Myas a bien enregistré un titre, sa version à elle, elle a été présentée comme l'artiste qui rappait et qui chantait mais ce n'était pas elle,* sa voix était beaucoup plus grave la mienne est celle que tout le monde a entendu."

La compensation judiciaire

Ni la maison de disques ni Ménélik ne répondent à ses coups de fils. Mais elle trouve la force de se battre dans les règles. Un ami lui prête de l‘argent pour payer un avocat. Médina attaque Sony pour entre autre usurpation d’identité. Le procès dure un an, et c’est inédit le moucheron face au dinosaure, comme elle dit, remporte le procès. Une forme de reconnaissance.

"Quand il a été disque d'or, la maison de disques m'avait quand même envoyé et fabriqué un disque d'or avec Imane D, c'est l'ironie du sort, on ne te reconnaît pas, tu ne passes pas en promo, mais on te fabrique un disque d'or. Et quand je gagne le procès, c'est une deuxième reconnaissance. Mais ce n'était que le début de mon histoire professionnelle. Je me dis, c'est bon, ce n'est pas une gifle, mais une droite que tu as eu, on t'a mis par terre, on t'a écrasé maintenant qu'est ce que tu fais de ça, transforme-toi, vas-y."

L’exemple même de l’empowerment

Medina, ce petit bout de femme de 21 ans a donc défendu ses droits puis s'est relevé, elle est devenu animatrice à la Télé puis attachée de presse de pas mal d’artistes dans le hip hop et la musique africaine. Aujourd’hui aucune amertume, 25 ans plus tard, elle kiff toujours autant ce morceau que tout le monde connaît.

Je suis toujours émue, pas de regret ni de frustration. Ça reste un morceau frais, c'est ce que je retiens et je suis heureuse d'avoir incarné cette femme et d'avoir pu avoir une vie privée , c'est le côté positif, j'ai gardé la vie privée et pas l'amertume.

Medina Koné alias Imane D est l’exemple même de l’empowerment, de la force de lutter contre les grosses machines à une époque ou ça ne se faisait pas. Aujourd’hui Médina a sa propre agence de communication .