MENU
Accueil
Les rappeurs deviennent mangakas
Écouter le direct

Les rappeurs deviennent mangakas

A la page du 10 décembre 20214 minutes
L'influence des mangas sur les rappeurs français est colossale, et certains rendent à cette culture ce qu'elle leur a donné en prenant la plume.

Le tome 100 de One Piece est sorti en librairie mercredi (tiré à 250 000 exemplaires, soit le tirage d'un Prix Goncourt ), c'est l'occasion de rendre hommage aux rappeurs qui ont pris la plume pour écrire à leur tour un manga. La culture manga a une influence colossale sur le rap français, depuis IAM qui se disait inspiré par Albator et Cobra jusqu’aux nouvelles générations pour qui les muses s’appellent One Piece, Naruto, Death Note, Hunter X Hunter ou GTO, sans oublier Dragon Ball, référence incontournable et influence transgénérationnelle. Chez Orelsan, Gims, PNL, Demi Portion, Black M,  Vald, Népal, Alpha Wann, Freeze Corleone, Jul, Booba, Kaaris, Dinos, Kekra, Alonzo, Nekfeu et même Rohff, ont trouve des des punchlines à foison, voire des titres qui font référence à des personnages de manga. Une référence qui tourne même à l’obsession pour certains.

Orelsan a doublé Saitama, le héros de One Punch Man, dans la version française de l’animé, il s’est aussi occupé du générique, mais ça ne va pas plus loin. Au Japon, il faut citer Samourai Champloo, de Shinichiro Watanabe (à qui on doit Cowboy Bebop), qui mélange une esthétique hip-hop et l’ère des samouraï Edo, mais ça reste un anime, pas un manga.

Si l’influence du manga sur le rap est évidente, l’inverse l’est moins

Aujourd'hui, il y a deux rappeurs français mangakas : Gims et Tiers-Monde, et bientôt un 3èmecar Soolking est en train d’écrire son manga, dont on ne sait pas grand-chose pour l’instant. On peut imaginer que l'ombre de One Piece planera sur son oeuvre future : Soolking a emprunté son nom au personnage de Brook dans le manga d'Eiichiro Oda.

Le manga le plus attendu était certainement celui de Gims (qui tire lui aussi son nom de One Piece, « Mugiwara no Ichimi » étant le nom de l’équipage du chapeau de paille). Gims a eu l’idée il y a plus de 15 ans, le manga s’appelle Devil’s Relics, le tome 1 est sorti il y a 3 ans et de l’avis de sa maison d’édition, "c’est une grosse déception".

Il n’a pas eu le succès commercial escompté (21 000 exemplaires vendus), malgré un gros tirage (50 000 exemplaires) et

Il n’a pas eu le succès commercial escompté (21 000 exemplaires vendus), malgré un gros tirage (50 000 exemplaires) et une grosse promo. Devil’s Relics raconte l’histoire de Kaïs et de ses deux amis Milena et Magnum, qui se débattent dans un monde sans force gravitationnelle, plongé dans le chaos et l’obscurité après la destruction de la lune. Kaïs est doté d’une force exceptionnelle, il déteste la violence mais il participe quand-même à des combats clandestins pour donner de l’argent à sa tante qui l’a élevé. Gims s’est entouré de son frère Darcy, de l’auteur français Jean-David Morvan et du japonais Yoshiyasu Tamura, afin d'avoir "un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant_, où le désespoir est total". Le succès et la critique n'ont pas été au rendez-vous et il n'est pas certain que l’aventure de Kaïs continue, le tome 2 n'étant toujours pas annoncé.

Le succès de Nako

La bonne surprise est venue du Havre en la personne de Tiers Monde (ancien de l'écurie Din Records, fondateur du groupe Bouchées Double en compagnie de Brav, qui a fait son retour l'année dernière sous le pseudo Tiers) avec son manga Nako. Nako est un garçon de 12 ans, qui vient du village des "convaincus" (clin d’œil à Médine) et que le rite de passage traditionnel à l'âge adulte envoie dans la forêt afin de passer le "rituel des songes".  Pendant son absence, le village est attaqué… Nako grandit au fil de l’histoire, il devient plus mature à mesure qu’il affronte les épreuves de la vie, et le manga de Tiers-Monde est une vraie réussite. Il contient tout ce tout ce qu’on aime dans un shonen : une histoire solide, de l'aventure, un sens aiguisé de la narration et du suspens, de l’humour, un imaginaire libre, des interrogations sur les valeurs comme l’amitié, l’intégrité, la compétition, le destin… Et des clins d’œil à Jul et Kendrick Lamar (entre autres), ce qui ne gâche rien. Le premier arc de Nako est prévu sur 6 tomes et le tome 4 est en préparation. Dans le tome 3, Nako se retrouve obligé de collaborer avec deux équipiers dont la terrible Noa, une fille assez badass, et doit apprendre à maîtriser la force qu’il cache au cours d’un tournoi,  figure presque imposée dans un shonen. Nako a été publié en exclusivité dans la version japonaise numérique du Shônen Jump+, le magazine mythique qui a publié Dragon Ball, One Piece ou Naruto.

Le manga est illustré par Max (Maxime Masgrau), à qui on doit aussi des pochettes d’album de Médine, Demi-Portion, Brav et Tiers-Monde. Max possède un trait singulier qui sert parfaitement la narration et met en relief les émotions des personnages.

En gros, jetez-vous sur Nako en attendant de lire ce que Soolking – et d’autres – vont publier !