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"Le Sommet Des Dieux" : un manga incontournable
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"Le Sommet Des Dieux" : un manga incontournable

A la page du 24 septembre 20214 minutes
Un manga culte sur l'alpinisme et le dépassement de soi, racontés à travers la rivalité entre deux alpinistes au caractère bien trempé, qui pose une question philosophique : que poursuit-on quand on repousse sans cesse ses limites ?

La sortie mercredi du film Le Sommet des Dieux est l’occasion de revenir sur le manga éponyme, qui a été publié entre 2000 et 2003 au Japon et entre 2004 et 2005 en France. Dans ce manga, pas de super-pouvoirs, de boules de cristal ou de roi des pirates, seulement un décor hostile : les montagnes, et des alpinistes qui s’affrontent par sommets interposés. Le Sommet des dieux est l’œuvre de Jiro Taniguchi, mort il y a 4 ans, qui a vendu plus d’un million et demi d’albums en France, qui possédait une grande culture de la BD européenne, et c’est l’adaptation d’un roman célèbre au Japon écrit par Baku Yumemakura en 1997. 

En 5 volumes et plus de 1600 pages, Le Sommet des Dieux narre le destin de 3 héros, ou plutôt un narrateur et 2 héros. 

Le point de départ de l’histoire, c’est la découverte d’un vieil appareil photo par un photographe féru d’alpinisme, Fukamachi, dans les années 90 à Katmandou. Il se rend compte que plusieurs personnes veulent mettre la main dessus parce que c’est cet appareil avait été emporté en 1924 par George Mallory et Andrew Irvine, deux alpinistes bien réels qui s’apprêtaient à gravir le sommet de l’Everest, et qui ont disparu en montagne. L’appareil photo pourrait répondre à la question que tout le monde se pose : ont-ils gravi le sommet ?

Au fil de son enquête, le narrateur va croiser le destin de 2 alpinistes exceptionnels, qu’on va retrouver à travers une série de flashbacks. 

Le Sommet des Dieux, Jiro Taniguchi, éditions Kana
Le Sommet des Dieux, Jiro Taniguchi, éditions Kana

Le plus impressionnant des deux s’appelle Habu Jôji. C’est un génie de l’alpinisme, qui a eu une enfance difficile, et qui n’a que ça dans la vie. Un personnage sombre, asocial, au caractère ombrageux, un peu violent, obsédé par la montagne, qui ne renonce jamais quitte à risquer la mort. Il veut toujours être le premier à ouvrir des voies inédites dans des conditions extrêmes : par moins 40 degrés, en solitaire, sur des parois à pic, en portant 50 kilos sur le dos pendant plusieurs jours… Son rival Hase Tsuneo, est plus médiatique, plus charismatique, les sponsors l’adorent, il est prêt à plus de concessions. 

La folie de l'ascension 

Le Sommet des Dieux met en scène un 4ème personnage : la montagne, omniprésente à chaque page. Déjà grâce aux dessins, qui sont extrêmement dynamiques, avec un sens du détail très travaillé – en lisant on a réellement la sensation que les sommets sont écrasants – et parce que les montagnes sont plus qu’un décor : elle sont la raison d’être des personnages. On parle quand-même de sommets  qui culminent à plus de 8000 mètres, une altitude synonyme de danger et donc de tension permanente. Pour écrire Le Sommet des Dieux, Taniguchi a interrogé plusieurs alpinistes, survolé l’Everest et accompagné quelques treks. 

On suit les protagonistes au Népal, dans les Alpes européennes ou dans les montagnes japonaises, on les accompagne dans les préparatifs des expéditions, on vit avec eux leurs doutes, leur folie et les ascensions, qui sont spectaculaires et très tendues. 

L’écriture de Jiro Taniguchi est virtuose, car il réussit à montrer les émotions en quelques dessins, sans forcer les expressions du visage comme ça peut être le cas dans les mangas plus grands public, et en très peu de mots : quand on est face à la nature, c’est soi-même qu’on affronte, un peu comme quand on monte sur un ring. C’est un manga sur le dépassement de soi, qui met en scène des êtres humains poussés par une passion déraisonnable, qui risquent leur vie à chaque sortie : on ressent le corps qui tremble, le manque d’oxygène, les poumons qui se nécrosent, les doigts qui gèlent. Ils repoussent les limites du corps - et de l’âme - dans des expéditions toujours plus difficiles, et la question que pose Le Sommet Des Dieux est simple : pourquoi s’infligent-ils ça La réponse, qui n’en est pas vraiment une, est donnée par Habu Jôji : "parce que le sommet est là"

Habu Joji en pleine ascension, Jiro Taniguchi - éditions Kana
Habu Joji en pleine ascension, Jiro Taniguchi - éditions Kana