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Le féminisme, phénomène d'édition en 2021
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Le féminisme, phénomène d'édition en 2021

A la page du 22 octobre 20215 minutes
Le féminisme fait recette en librairie. Essais, romans, BD, poésie, littérature jeunesse, il mélange tous les styles.

Le mouvement #metoo, lancé en 2007, a explosé il y a 4 ans, dans le sillage de l’affaire Weinstein. Il a des conséquences concrètes sur l’égalité homme-femme et des conséquences éditoriales : les essais féministes ont connu une croissance de 15 % entre 2017 et 2020, et l'année 2021 s'annonce encore plus productive sur le sujet. La mode s'étend aussi à la distribution : une librairie féministe a ouvert à Lyon la semaine dernière et la première édition du Salon du livre féministe se tiendra demain à Paris demain, avec une trentaine d’autrices.

L'inégalité au coeur du problème

Mona Chollet est la star des essais féministes de la rentrée avec Réinventer l'amour : comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles. En 2018, elle avait publié Sorcières (vendu à 250 000 exemplaires ), un ouvrage dans lequel elle a contribué à remettre les sorcières à la mode en les réhabilitant comme des figures féministes. 

Mona Collet : couverture du livre "Sorcières"
Mona Collet : couverture du livre "Sorcières"

Dans Réinventer l’amour, elle pose une question : comment peut-on imaginer le couple hétéro sans que la femme soit inférieure à l’homme ? Elle déconstruit le culte de la passion et analyse tout ce que l’inégalité produit comme effets au sein du couple. Tout en croyant à l'amour, elle questionne aussi le désir : comment peut-on vivre le désir sexuel loin des clichés que la société – et nous – avons construit ?

Mona Chollet : coverture du livre "Réinventer l'amour"
Mona Chollet : coverture du livre "Réinventer l'amour"

Toujours sur le couple, Lucile Quillet publie Le prix à payer, où elle montre que le couple coûte beaucoup plus cher aux femmes qu’aux hommes, avec l’argent qu’elles doivent dépenser (pour l’apparence, la maternité, le matériel) et l’argent qu’elles gagneront jamais par rapport à leur conjoint.

Lucile Quillet : couverture du livre "Le prix à payer" (crédit : LLL)
Lucile Quillet : couverture du livre "Le prix à payer" (crédit : LLL)

Le couple inspire également un recueil de 8 histoires écrites par 8 autrices différentes : Nos Amours Radicales_. E_lles questionnent le lecteur sur un éventail de sujets, qui va de la charge mentale au viol conjugal, et posent des questions universelles : comment une femme peut vivre harmonieusement avec un homme ? Qui est responsable de quoi dans le couple ?  Le premier des 8 textes pose ce constat : 

On n’apprend pas aux hommes à aimer les femmes. On leur apprend à les posséder..

couverture du livre "Nos Amours radicales" (crédit : Hina Hundt)
couverture du livre "Nos Amours radicales" (crédit : Hina Hundt)

La force féminine 

Les livres féministes ne parlent évidemment pas que du couple. Il y a les livres de portraits, par exemple Guerrières, quand les femmes prennent les armes, une roman graphique de Louise Dekeuleneer et Louise Depuydt, qui raconte l’histoire des femmes combattantes, depuis les batailles de l’Antiquité jusqu’à la guerre d’Afghanistan, en passant par les années pirates. 

Louise Dekeukeneer : couverture du livre "Guerrière" (édition Jourdan)
Louise Dekeukeneer : couverture du livre "Guerrière" (édition Jourdan)

Dans un registre plus actuel, Engagées de Charlotte Daubet, donne la parole à 13 personnalités féministes, qui sont chacune engagées à leur manière (écologie, antiracisme, éducation sexuelle). Elles racontent comment elles se battent pour un monde plus égalitaire et donnent des conseils pour agir, avec des actes simples qu’on peut faire chaque jour pour aider le monde à changer.

Des revues, des poésies 

En librairie, le féminisme prend aussi la forme de revues ; par exemple Engagées de Charlotte Daubet, revue féministe trimestrielle dont le 3ème numéro est sorti en septembre, mélange des articles, des interviews et des analyses.

Mais le féminisme, c’est pas que des essais : on peut aussi citer le recueil de poésie Caillasses. Les poèmes sont écrits par Joëlle Sambi, une belge qui a grandi à Kinshasa, lesbienne et militante afroféministe. Ils sont à la fois des cris de colère, une dénonciation de toutes les dominations et de toutes les violences, un mélange de mots en feu, ça prend aux tripes, elle mélange le français et le lingala, c’est de la poésie !

Joëlle Sambi : couverture du livre "Caillasses"
Joëlle Sambi : couverture du livre "Caillasses"

Le feminism-washing ?

Le féminisme en librairie mélange donc tous les styles, jusqu'aux livres pour enfants ! On a parfois le sentiment que c’est un argument marketing pour les maisons d’éditions (c’est ce qu’on appelle le feminism-washing). Et ce qui est intéressant, c’est que les livres féministes ne tirent pas tous dans la même direction. Par exemple l’écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano a un problème avec le féminisme : 

Je déplore la tendance du féminisme à vouloir tout étiqueter, tout coloniser. Car désormais, dès lors que des femmes prennent la parole ou agissent, le qualificatif féministe, dont elles peuvent n’avoir aucune connaissance, leur est imposé telle une camisole de force.

Pour elle, le féminisme est une une forme d’impérialisme, et elle affirme que les femmes subsahariennes doivent échapper au féminisme occidental qu’elle considère comme "victimaire". Elle l’explique dans son essai L’Autre Langue des femmes, et elle publie en parallèle Elles disent, un beau livre dans lequel elle fait dialoguer des femmes à travers les époques et les cultures : Toni Morrison, Maryse Condé, Angela Davis, Nina Simone, Linda Lé, Rosa Parks, Jeanne Moreau, Tina Turner, Virginie Despentes 

Léonora Miano :  "L’Autre Langue des femmes" (édition Grasset)
Léonora Miano : "L’Autre Langue des femmes" (édition Grasset)

Virginie Despentes, qui dans King-Kong Théorie (2006) avait posé en 106 pages des mots incisifs sur le viol, la prostitution, la pornographie, et posé les bases d'un nouveau féminisme pour la génération actuelle.