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"La ville nous appartient" : l'enquête qui a inspiré la "suite" de The Wire
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"La ville nous appartient" : l'enquête qui a inspiré la "suite" de The Wire

A la page du 15 avril 20223 minutes
Le livre du journaliste Justin Fenton dévoile une affaire de corruption gigantesque dans la police de Baltimore, dont la réputation était déjà sérieusement entachée par la mort du jeune afro-américain Freddie Gray en 2015. La série We Own This City (OCS) en est l'adaptation.

Même ville : Baltimore. Même théâtre : le trafic de drogue. Même protagonistes : les policiers. Sauf que 20 ans après la série The Wire, tout a changé. La Ville nous appartient a été écrit par le journaliste Justin Fenton, qui a couvert les affaires policières pour le Baltimore Sun pendant 13 ans (de 2008 à 2021), un job occupé avant lui par David Simon, le showrunner de The Wire. Pendant toutes ses années, deux faits majeurs ont détruit la réputation de la police de Baltimore. Le premier, c’est la mort de Freddie Gray en 2015, un jeune Afro-Américain tué lors de son interpellation, qui a provoqué des émeutes dans toute la ville. Le deuxième, c’est une affaire de corruption gigantesque qui a éclaté 2 ans plus tard, en 2017. Pendant le procès, David Simon a appelé Justin Fenton et il lui a proposé d'écrire un livre, qui serait adapté en série. Justin Fenton s’est donc servi de ses articles et des témoignages recueillis pour raconte cette histoire.

Mensonges, violences, extorsion

C’est une enquête qui se lit comme un polar, impossible à lâcher quand on est rentré dedans. Le niveau de détail hallucinant permet de comprendre l’ampleur de la corruption. Le livre s’appuie sur plus de deux cent entretiens : des anciens policiers, des travailleurs sociaux, des habitants de Baltimore, des juges, des avocats, des victimes d’erreurs judicaires, des dealeurs… Quand Justin Fenton a commencé à bosser en 2008, la ville avait un des taux de criminalité le plus élevée des Etats-Unis, la drogue inondait les rues et les victimes de meurtre par armes à feu étaient légion. Pour y remédier, les autorités ont décidé de crée une unité d’élite au sein de la police de Baltimore : la Gun Task Force, qui disposait d'un pouvoir énorme et d'un champ d’action quasi illimité. Au fil des années, plusieurs officiers de cette unité vont devenir des criminels. Mensonges, violences, extorsion, ils vont cocher toutes les cases, jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés pour racket en bande organisée grâce à une mise sous écoute du FBI.

La coruption policiaire 

Le livre aborde le meurtre de Freddie Gray et la mort de Georges Floyd (Fenton affirme qu'il a été influencé par le mouvement Black Lives Matter), mais souligne aussi que la corruption policière n'a pas pas de couleur de peau puisque les policiers incriminés sont blancs et noirs. La thèse de Justin Fenton, c’est que l’institution policière est coupable dans son ensemble : on n’a pas affaire à des cas isolés. Il donne plusieurs points de vue, y compris ceux des policiers corrompus, et il avoue même qu’il a ressenti de la sympathie pour certains d’entre eux, qu’il voit comme des victimes du système. Par exemple, pour ce policier qui affirme qu’ils a commis ces crimes pour salir la réputation de la police parce qu’il voulaient se venger de sa hiérarchie. Pour Fenton, c’est la pression de cette hiérarchie qui pousse souvent les policiers à la corruption. Ça ne l’empêche pas de décrire les crimes commis par ces policiers, qui revendaient la drogue confisquée aux dealers ou plaçaient des fausses armes dans les voitures de citoyens innocents pour avoir plus de résultats à leur actif. En refermant le livre, on comprend un peu mieux l’échec de la police dans les rues de Baltimore, qui a complètement raté sa relation avec les habitants, notamment quand un citoyen déclare : « c’est toujours nous qui dirigeons ce bordel. Les policiers ne peuvent faire que ce qu’on leur permet de faire. Mais nous, les citoyens, même les dealers, nous sommes les leaders de cette ville ; c’est nous qui menons la marche. »

15 policiers ont été accusés et certains d’entre eux ont été condamnés à 25 ans de prison. We Own This City, la série inspirée du livre sera diffusée sur OCS à partir du 25 avril.

La Ville nous appartient, éditions Sonatine, 2022
La Ville nous appartient, éditions Sonatine, 2022