MENU
Accueil
Adlivun : une BD fantastique sur une expédition maritime maudite
Écouter le direct

Adlivun : une BD fantastique sur une expédition maritime maudite

A la page du 25 mars 20223 minutes
Une BD qui nous plonge dans la terreur, la tension, la poésie, le fantastique et le mystique...

Tout commence dans le port de Douvres, en Angleterre, en 1847. Deux navires ne sont jamais revenus d’une expédition en Arctique, l'Erebus et le Terror, et tous les navires qui partis à leur recherche ne sont jamais revenus non plus… La marine anglaise promet de l’or aux volontaires capables de retrouver la trace de ces bateaux, mais le voyage terrorise même les plus aguerris, dans ce pays gelé où les icebergs se transforment vite en cimetière... C’est là qu’arrive Briggs, le capitaine de la Mary Céleste. Il porte un bandeau de pirate sur l’œil gauche, et l’histoire commence avec lui, au fond d’une taverne, qu'il quitte pour errer toute la nuit dans les rues blafardes, parler avec une femme étrange qui lui apparaît comme une vision, puis avec un vieux gardien de phare édenté. A l’aube, sa décision est prise : il va partir, pour renouer avec son passé, parce qu’il a vu quelque chose, et qu’il est hanté par la vision de ces marins qui se noient dans l’eau glacée… Son équipage accepte de le suivre dans ce voyage complètement fou. Jack, le médecin de bord, descend dans les abysses sous un scaphandre de plomb, et voit apparaître des masques sordides sous la mer, des visages sans yeux, comme des fantômes qui hantent la mer maudite. C’est le début d’une odyssée qui avance à chaque page un peu plus vers la terreur et le fantastique...

L’auteur, Vincenzo Balzano, est italien

L’auteur, Vincenzo Balzano, est italien et vient d’une famille de marins. Dans Adlivun, il revisite le mythe du Mary Celeste, un bateau qui a été retrouvé vidé de son équipage en décembre 1872 au large de Gibraltar, avec sa cargaison intacte. C’est un des plus grands mystères de l’histoire maritime et on a élaboré les théories les plus farfelues sur cette disparition : une mutinerie, des créatures sous-marines, le triangle des Bermudes, un phénomène surnaturel, un meurtre collectif… Mais on n'a jamais eu la réponse. Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, a même écrit une de ses premières nouvelles sur le sujet. Vincenzo Balzano a eu l’idée d’écrire cette BD en lisant une vieille édition d’un livre de Jules Vernes, qui s’inspire aussi de cette disparition. Il est familier de ce genre d’ambiance : il y a 2 ans, il avait déjà exploré la légende gothique d’une route américaine dans la BD Clinton Road. Dans Adlivun, il joue avec l’histoire réelle, (les dates sont différentes) et la mélange avec la mythologie des Inuits, qui fait basculer le récit vers le fantastique. Il s'autorise aussi des clins d’œil à d’autres mythes de la littérature : un membre de l’équipage a travaillé sur le Pequod, le bateau mythique du capitaine Achab dans Moby Dick , et le médecin de bord, Jack, va se révéler très proche d’un personnage sordide célèbre dans la littérature….

Le récit monte en tension au fil des pages, on vibre avec l’équipage à mesure qu’il descend dans la peur et dans un monde obscur. On tremble quand les marins découvrent un navire fantôme, éclairé par des bougies, qui abrite un enfant caché sous un masque terrifiant. On est à mi-chemin entre une ambiance à la The Thing, le film de John Carpenter, et l’univers des expéditions qui partaient défricher l’inconnu. Le graphisme est somptueux, avec des couleurs fantomatiques, une lumière pâle qui rappelle celle de la glace et du désespoir et colle parfaitement au parcours psychologique des personnages qui finissent par pénétrer dans l’Adlivun. Chez les Inuits, l’Adlivun est le lieu de passage pour les esprits défunts, où les âmes purifiées accèdent à la paix éternelle et où celles qui sont maudites restent à jamais prisonnières… Les textes sont courts mais très marquants, avec des formules poétiques qui font ressortir une question : qu’est-ce qui motive le capitaine Briggs à foncer dans l’inconnu ? Comme tous les aventuriers, il est à la recherche d’autre chose que l’argent, à la poursuite d’un rêve, d’un supplément d’âme. La réponse est dans cette révélation à la fin de son voyage: « peut-être que les Inuits ont raison de croire que chaque chose de ce monde possède une âme »