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Rap Maps : Le 13e arrondissement de Paris, place forte méconnue
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Rap maps : Le XIIIème arrondissement de Paris, place forte méconnue
Rap maps : Le XIIIème arrondissement de Paris, place forte méconnue ©Radio France

Rap Maps : Le 13e arrondissement de Paris, place forte méconnue

De la Mafia Trece à Lomepal en passant par la MZ ou le populaire Yannic, le XIIIe arrondissement de Paris est devenu discrètement un haut lieu de la scène française.

Le débat au sujet de l’arrondissement parisien le plus compétitif dans le domaine du rap n’a jamais trouvé d’issue définitive, même si certains, notamment le XVIIIème ou le XIXème se détachent assez largement, grâce respectivement à la Scred Connexion, Doc Gynéco, le TSR Crew ou Flynt d’un côté, et Oxmo Puccino, Pit Baccardi Mister You ou MHD de l’autre. Rarement cité parmi les bastions du rap de la capitale,le 13ème constitue pourtant un panel extrêmement représentatif des différents courants du genre en France , dont les premiers faits d’armes connus remontent aux débuts du hip-hop en France, et qui continue à démontrer tout son éclectisme aujourd’hui. En clair, et pour aller au plus vite à l’image la plus parlante :la scène du XIII est aussi bien constituée de chasseurs de skinheads  qui content leurs exploits sur fond de musique westcoastque de rappeurs très grand public invités chez Ruquier avec l’étiquette “brise les clichés et fait du bien” .

L’environnement

Pour comprendre le rap du coin, il faut d’abord mettre un pied dans son environnement : sur le plan des revenus moyens, le 13ème fait partie des 4 arrondissements les plus pauvres de Paris. On est donc clairement dans les quartiers populaires, l’envers du décor parisien, celui que les touristes ne voient que lorsqu’ils se perdent lors d’un changement sur la ligne 6. Malgré tout, il représente assez fidèlement ce qu’est la vie populaire parisienne, avec un brassage culturel, ethnique et religieux extrêmement important. Surtout, chose qui nous intéresse ici, le 13ème est l’un des lieux de la capitale où l’on peut rencontrer ce qui se rapproche de plus de la vie dans les quartiers de banlieue. Les cités Chevaleret  ou Olympiades  sont ainsi de ces coins dont l’architecture rappellent les zones urbaines de Vitry, des Mureaux d’Aubervilliers. Le genre de coin que l’on évoquait déjà il y a 20 ans sur la thématique du coupe-gorge, de l’insertion manquée des jeunes, et des réponses musclées des forces de l’ordre, et dont les problèmes ne semblent toujours pas réglés, même s’il faudrait tout de même veiller à ne pas noircir le tableau et à rendre la vie sur place plus dure qu’elle ne l’est réellement.

Toujours est-il quecet ancrage confère au rap du XIIIème une ambiance de cité qui le différencie des autres scènes parisiennes.  Malgré tout, de nombreux éléments du rap local nous plongent dans une réalité qui reste purement parisienne, et on se retrouve donc dans une situation d’entre-deux, qui peut constituer un juste milieu pour qui ne sait pas se décider en pur rap de banlieusard et hip-hop parisien.

Le moment où le monde a découvert le XIIIème

Si le 75013 a historiquement été actif depuis les débuts du rap en France, sa scène est restée relativement confidentielle pendant toutes les années 90, jusqu’à l’arrivée de la Mafia Trece , une entité à cheval entre groupe et collectif, qui va connaître une petite heure de gloire de 1997 à 1999. Si tous les membres du crew ne sont pas forcément originaires du 13ème arrondissement, c’est bien ce lieu qui semble les lier, et qui donne son nom au groupe. Composé de profil aussi différents et a priori incompatibles que OGK et BG Lolo  de Southcide 13 , Yannick  ("de Ces soirées là "),Leeroy  du Saian Supa Crew , ou encore Cochise , ce fameux “rappeur devenu avocat”, la Mafia Trece accueille également une toute jeune Diam’s , et correspondrait en 2018 à la réunion de Vegedream, Ekoué, Orelsan et Kalash Criminel -en gros, prenez uniquement des éléments non-miscibles, enfermez-les dans le même studio, et attendez de voir ce qu’il se passe.

Quoi qu’il en soit, laMafia Trece, avec ses origines à mi-chemin entre le 13ème et le reste du monde, explose en 1997 avec un premier album autoproduit qui parvient à se placer en radio et s’écoule finalement à quasiment 100.000 exemplaires. Si le crew a pu taper aussi haut en partant du statut de collectif lambda d’un quartier lambda, c’est avant tout grâce au travail mené par Don Joe , déjà à l’origine d’une première compilation entièrement dédiée au XIIIème arrondissement en 1995, Génération E.  Signé chez Sony, le groupe revient en 1999 avec deux autres projets et la même réussite , avant de se séparer assez logiquement étant données les aspirations divergentes de chacun des membres. Ces deux percées nationales auront tout de même permis de mettre le XIII sur la carte du rap français, à une époque où ce chiffre n’évoque encore pour les auditeurs que la région marseillaise.

Le nom qui fait frissonner les puristes

Une autre définition du puriste, certes, puisque Southcide 13 est plus orienté sirènes-synthés que piano-violon, mais pour le reste, tous les critères sont là : des rappeurs engagés (et pas seulement dans les textes), un discours politisé, et beaucoup de fond. Pour résumer, Southcide 13 (groupe composé de OG Kim et BG Lolo, un temps épaulés par 1K et Bobbax), ce sont d’anciens chasseurs de skinheads, membres des Ducky Boys, qui se lancent dans le rap pour raconter leurs aventures passées. Si on est à fond dans la réalité parisienne des années 80 de ce point de vue,la forme va plutôt chercher du côté de la Californie.  Auteurs de d’Album de famille  en 2000 et de Du Berceau au tombeau  en 2007, les petits gars de Southcide 13 n’ont pas forcément connu le succès à grande échelle, mais ont marqué leurs auditeurs au point de voir ces deux albums certifiés classiques par leur fan-base.

La discographie indispensable

Celle du groupe Krystal , l’un des plus actifs dans le 75013 depuis une grosse dizaine d’années, et plus particulièrement de Rochdi , le membre le plus prolifique du groupe en solo. Difficile de faire plus ancré dans le XIII, d’autant que le quatuor Madj-Joubbin-Rochdi-Mike le chat noir place généralement la rue Chevaleret au centre de ses aventures -des aventures dont le mot d’ordre reste le hardcore et les rues sales de Paris.  Plutôt fournie si l’on combine tous les projets (groupe et solo), la discographie de Krystal est franchement très solide, et continue à s’enrichir à un rythme discontinu -on ne va pas se mentir, la fan-base de Rochdi vit très mal son absence depuis deux ans.

Le gros succès

S’ils semblent forcément moins concernés par le fait de représenter leur arrondissement qu’à leurs débuts, les petits gars de la MZ  ont pendant un temps beaucoup insisté sur leur appartenance à la cité Chevaleret, et continuent de rappeler de temps à autre que sans elle et son environnement de “banlieue intra-muros”, ils seraient aujourd’hui des individus très différents de ce qu’ils sont devenus. Même séparés, Dehmo , Hache-P et Jok’Air  citent d’ailleurs encore régulièrement le 13ème, notamment en interviews.

L’exception

Si les rues du 13ème arrondissement décrites jusqu’ici font la part belle aux rappeurs hardcore plus intéressés par la chasse aux skins ou les pratiques sexuelles immorales qu’aux figures de skateboard, un rappeur aussi bien vu par les médias généralistes et le grand public que Lomepal  a bien grandi dans le même coin que Krystal et Southcide 13. Aurait-il participé aux expéditions avec OG Kim et BG Lolo s’il était né 20 ans plus tôt ? Aurait-il décrit des ébats sexuels avec le diable s’il était né 10 ans plus tôt ? Southcide 13 et Krystal auraient-ils été invités chez Ruquier et Barthès s’ils étaient nés en 1991 ? Tant de questions qui ne trouveront jamais de réponses -et entre nous, c’est pas plus mal.

Crédits photos : @YaRienNadir (Jok'Air) - Daniel THIERRY / Photononstop/ AFP (Paris XIIIe arr.) - Julie Oona (Lomepal)