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Les Indes galantes : l’improbable rencontre entre le hip-hop et l’opéra
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Les Indes Galantes @Little Shao
Les Indes Galantes @Little Shao

Les Indes galantes : l’improbable rencontre entre le hip-hop et l’opéra

Waacking, voguing , bboying, krump… 29 danseurs hip hop sont réunis dans un ballet baroque à l'Opéra Bastille, dirigés par Bintou Dembélé, une des pionnières de la danse hip hop en France.

L’histoire commence en 2017 : un cypher (un cercle) s’organise autour de Krumpers sur "la danse des sauvages", morceau datant de 1735 et extrait du ballet les Indes Galantes de Jean Philippe Rameau. Une musique d’ailleurs utilisée pour le générique de la série de Canal + Les Sauvages (avec Roshdy Zem et Sofiane Zermani).

La vidéo de Clément Cogitore exécutée pour la 3ème scène (plateforme digitale de l’Opéra de Paris) fait un carton sur les réseaux. Le court-métrage a même obtenu plusieurs prix l’an dernier, notamment au festival de Cannes ou à celui de Clermont-Ferrand. 

Bintou Dembélé (44 ans), la chorégraphe du cypher et l’artiste contemporain Clément Cogitore se lancent alors dans la création inédite du ballet pour l’Opéra Bastille et revisitent les Indes Galantes dans un monde ultra contemporain.

Les indes Galantes © Little Shao
Les indes Galantes © Little Shao

Je suis la première chorégraphe noire, de classe populaire, du hip hop à me produire à l’Opéra

Originaire de Brétigny-sur-Orge (Essonne), Bintou Dembélé est l'une des figures majeures de la danse hip hop en France. Après ses premiers pas dans les années 80, elle a notamment dansé avec Mc Solaar et puis elle a développée la danse hip hop dans les battles, dans les spectacles mais aussi à la TV. La curiosité et les voyages l’ont ensuite emmené dans le monde de l’opéra. Si son frère Ibrahim, breakeur reconnu, avait déjà dansé à l’opéra (La Chauve-Souris de Coline Serreau en 2000 avec les Wanted Posse), c’est la première fois que la direction artistique d’un opéra est confiée à un artiste qui n’est pas issu d’un conservatoire classique.

"Je suis la première chorégraphe noire, de classe populaire, du hip hop à me produire à l’Opéra ! C'est un honneur et cette fierté, elle est plurielle. Je peux me dire qu’on peut être entièrement soi tout en gardant sa façon de parler, son geste, ses récits. Et cela peut être pertinent dans un lieu comme l’Opéra Bastille. Aujourd’hui, on est en train de dire, on ne peut pas faire sans nous ! On est force de proposition esthétique et artistique." 

Les Indes galantes © Little Shao
Les Indes galantes © Little Shao

Pour "les Indes Galantes", Bintou a réuni la danse électro, née dans les clubs à Paris, le voguing, le waacking, le bboying mais également le krump apparu dans les années 90 suite au tabassage de Rodney King par des policiers à Los Angeles (cf documentaire Rise de David Lachapelle) : "Toutes ces danses ont pour moi suivi le cheminement du hip hop et s’adressent à une population effectivement un peu à la marge. Mais aujourd’hui, toutes ces danses ont leur légitimité d’être sur une scène comme l’Opéra Bastille__. C’est pour moi l’occasion de réunir plusieurs générations de danseurs – ils ont entre 20 et 43 ans – et d’échanger sur nos danses, nos passions." 

Le spectacle est un succès, chaque représentation se terminant par une standing ovation : "Ce qui a changé, c’est qu’en ayant dansé une trentaine d’années, monté ma propre compagnie et fait des spectacles, j’ai dû faire avec un manque de moyens. On a constitué nos outils et notre savoir à l’arrache. On a cassé nos corps, on s’est abîmés mais on est là et on reste debout. Etre dans cette maison là aujourd’hui, ça me donne un pouvoir d’agir__."

Bintou Dembélé et Yasmina Benbekaï
Bintou Dembélé et Yasmina Benbekaï ©Radio France

Mais aller à l’opéra, ce n’est forcément donné à tout le monde avec des places à 200 euros environ. Pour Bintou, le vrai pouvoir d’action serait donc de rendre l’opéra accessible à tous : "J’aimerais qu’un jour, on ait dans le public des personnes qui se diront : j’ai envie d’être un soliste, un musicien et que cette danse ou cette esthétique peut me contaminer et être abordable."

Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, mise en scène de Clément Cogitore, chorégraphie de Bintou Dembélé, direction musicale de Leonardo Garcia Alarcon. Opéra-Bastille, Paris, jusqu’au 15 octobre.