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Battles de rap : un état des lieux en France (deuxième partie)
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Wojtek - capture Rap Contenders
Wojtek - capture Rap Contenders

Battles de rap : un état des lieux en France (deuxième partie)

Deuxième partie de l'état des lieux sur les battles de rap en France, récoltée par Yérim Sar et contée par DJ Keri.

La passion

"Des souvenirs d'impro à l'ancienne j’en ai des tonnes, de fins de soirée, fins de concert, mais pas organisé. C’était souvent des gens qui n’avaient pas bu que de l’eau ni fumé que des clopes… Mes souvenirs de clash sont un peu plus lointains, on entendait parler de battles vers Stalingrad. Surtout que tu n’es pas forcément prévenu, le schéma est souvent bordélique : des rappeurs improvisent en fin de soirée ou concert, sans faire exprès l’un coupe la parole à l’autre, l’autre lui fait remarquer ironiquement mais en continuant de rapper et de là part un clash en impro dans une bonne ambiance. Le truc qui a beaucoup manqué aux 1ers battles et impros c’est la trace, audio ou vidéo. Ça a beaucoup limité l’impact au début. C’est vraiment les vidéos et les réseaux sociaux qui ont tout changé__."

"Il y a l’impro et il y a le clash. Il y a eu des clash mémorables en radio, comme Zoxea/Asken/Ill/Dontcha que j’avais loupé d’ailleurs, et plus tard Zoxea/Dontcha, Plus récemment Il y a eu Sinik vs Gaïden en radio, c’était marquant car médiatisé même si ça a fait moins de bruit. Sinon mes 1ers souvenirs c’était limite des légendes urbaines qu’on nous racontait : le cliché avec les barils en feu et des gens qui rappaient l’un contre l’autre, au milieu. Vu le niveau de l’époque c’était impossible de savoir ce qui était ou pas de l’impro pure… Dans les 90’s, Busta Flex et Zoxea étaient des références, Lionel D aussi même si je n’ai pas connu cette période.

Il y a eu plusieurs pics. Dégaine ton style qui était très 91, MC’s League dans le 44 avait fait pas mal de bruits, y’avait un ring, c’était structuré comme un tournoi sportif. End of the weak a débarqué, d’abord au Batofar, vers 2004, en même temps que les battles 12Inch et Battle Arena. L’âge d’or du freestyle pour moi c’était l’époque du Batofar, entre 2002-2005 mais c'était encore  underground. Pour mémoire, à EOW, tout le monde y est passé ! En 2004-2005 j’étais DJ et c’était la première fois que je voyais l’impro sur scène, annoncée, cadrée, brandée. C’était plus des instants « volés », même s'il y a eu le dvd Versus qui reprenait les vidéos du Unkut Contest avec Aladoum, Babali, Mic Orny, Philémon, 2Spee je crois, et même Orelsan, qui a passé un mauvais moment d’ailleurs, le clash c’était pas son truc."

"Mais le vrai point d’orgue c’est quand Rap Contenders a déboulé en même temps que le buzz de l’Entourage. C’était bien fait, en a cappella, facile à comprendre, avec un côté très comedy club. Le concept repris des Word Up permet de plus avoir de souci de copyright. Ça a donné des moments forts où des gens qui avaient des choses à se dire décidaient de régler ça artistiquement sur scène parfois, c’est beau. Ça a aussi donné naissance à des phénomènes comme Wojtek, que tu ne sais plus comment prendre__. On l’a vu direct : quand il y a eu les premiers RC, ça s’est accompagné d’une augmentation de trafic sur toutes nos vidéos, notamment celles de Gaïden, Yoshi, Alpha Wann, Nekfeu. Quand des mecs se présentent en tant que « champion End of the Weak », forcément tu es un peu curieux. Ça a encouragé d’autres à se développer comme Ready or Not qui mêle plusieurs disciplines. Et plus récemment Dernier Mot avec des moyens professionnels puisque c’est Red Bull qui est derrière. Sans que ce soit péjoratif, nous, tous les autres, on est des « amateurs », des passionnés qui ne vivons pas de ces événements. Ce que j’attends de la professionnalisation c’est que ça tire toute la scène freestyle vers le haut, tout simplement. Personnellement, j’ai un métier à côté, le montage et la mise en ligne de vidéos c’était parfois entre 22h et 2h du mat (rires)."

La professionnalisation

"On avait mis un pied en télé sur France Ô il y a 5-6 ans. Il y a aussi eu La France a un incroyable talent où on est arrivés en finale. EOW ça fait 14 ans qu’on est le plus grand open mic de France...

Tu as d'autres exemples comme Odah et Dako, l’histoire est folle : Nawell Madani les a repérés vu qu’elle était jurée sur un concept, elle les a pris pour sa promo et sa 1ère partie. Ils ont atterri sur Bein Sport dans Pause Café pour faire de l’impro, ils ont continué de faire de la TV, ils rencontrent AKH, Kery James, Soprano, entre temps ils avaient déjà signé pour leur spectacle Les Rois de l’impro. Et à présent c’est des valeurs sûres du stand up. C’est un joli parcours."

"Le but c’est d’avoir un truc 100 % professionnel avec les moyens qui vont avec. Pouvoir dire à quelqu’un « si tu gagnes on a automatiquement un rendez-vous en maison de disque qui suit » c’est parfait. Il faut redonner ses lettres de noblesse à l’impro et surtout le vrai statut que la discipline mérite__. Ce qui rend tout compliqué c’est aussi qu’en réalité on ne sait pas qui va monter sur scène. On connaît les noms des inscrits mais on ne peut pas garantir une qualité précise à 100 % : on est tributaire du niveau général et des mecs sélectionnés. Si l’un est un tueur, ça monte le niveau de tout le monde mais sinon ce sera juste une impro lambda. Du coup pour vendre la soirée c’est compliqué : tu viens dans une salle et peut-être que tu vivras un moment exceptionnel, peut-être pas. Et plus on aura d’exposition, plus des jeunes dans leur chambre se diront ok c’est ça que je veux faire, y’aura de plus en plus de jeunes freestyleurs... Faut transformer l’essai. Le vrai frein est simple : est-ce que dans ta voiture, sur ton téléphone, tu écoutes des lives ? C’est très rare. La problématique c’est ça. On vous a montré que sur scène ça tue, mais si on veut que ça éclate, il faut montrer ce que valent ces mecs en studio, et qu’ils soient présentés par le biais de la ligue dont ils viennent."

"Pour moi les ligues de battle et/ou d’impro sont comme des petits clubs de foot qui détectent des futurs champions. Quand je regarde des images d’archive, on a quand même eu du beau monde. On a des photos dossier (rires) : la Sexion d’Assaut, Vald, Georgio, Deen Burbigo, Lomepal, Alpha Wann, Nekfeu, Guizmo, Big Flo et Oli ou encore Gaïden, Odah alors qu’ils ont 16 ans, etc. Certains sont passés inaperçus, d’autres se sont faits remarquer mais on a eu tous ces mecs là. Sauf qu’on n'est pas en mesure de le faire savoir. Actuellement notre but c’est ça, concrétiser les meilleurs de la ligue actuelle sur un projet discographique bien estampillé et identifié. Pour End Of the Weak on a discuté notamment avec quelqu’un de Polydor et pour tout dire on espère peut-être que ça débouche sur un 1er EP. En réalité on fait un job de découverte d’artistes ! On essaie donc de faire une banque de sons avec nos finalistes, leur faire écouter et si un ou plusieurs les intéressent, parfait. Il y a des pistes, on est au début d’une nouvelle ère, on espère que des moments encore plus forts vont arriver. France 98 c’est beau mais France 2018 c’est bien aussi (rires).Pourquoi pas un nouvel âge d'or de l'impro ?__"