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"Tout Simplement Noir"... et les autres : plongée dans les mockumentaires francophones
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"Tout Simplement Noir" - Vikash Dhorasoo, JoeyStarr et JP Zadi (Réal : JP Zadi et John Wax)
"Tout Simplement Noir" - Vikash Dhorasoo, JoeyStarr et JP Zadi (Réal : JP Zadi et John Wax)

"Tout Simplement Noir"... et les autres : plongée dans les mockumentaires francophones

Ou, comme on dit en bon françois, les documenteurs.

Avec le succès de Tout Simplement Noir, le genre du documenteur, ou du mockumentary comme on dit aux US, a repris du poil de la bête dans l’hexagone. Le concept est simple : on filme une œuvre de fiction en reprenant un format de reportage/documentaire, comme si tout était vrai. De nombreux spectateurs sont habitués à ce format via des séries et des films qui nous viennent souvent d’outre-Atlantique. Cependant Tout Simplement Noir n’est pas une première pour la France, loin de là. Il y a déjà eu plusieurs exemples bien de chez nous.

NB : on parle ici uniquement de ce qui relève du faux documentaire et pas du tout du found footage, où le parti pris est de jouer la carte « on a retrouvé une vidéo amateur », d’où son utilisation fréquente dans le cinéma d’horreur, tandis que le documenteur est plus souvent utilisé dans la comédie. Ça nous évitera par exemple d’avoir à parler de Pas très normales activités, un film avec Norman en tête d’affiche. C’est mieux pour tout le monde, on ne va pas se mentir.

C’est arrivé près de chez vous

année : 1992

registre : comédie noire

le cadre : Un tueur accepte de se faire suivre par une équipe qui le filme dans son « travail » mais aussi ses moments de détente, ses loisirs, etc. Tout ceci se passe en Belgique, c’est uniquement pour ça qu’il y a écrit « francophone » à la place de français dans le titre de cet article.

ce qu’apporte la forme documentaire : La révélation du talent de Benoît Poelvoorde, déjà. L’alliance entre le format documenteur et la capacité complètement folle de l’acteur à balancer des idioties ou des horreurs tandis que son perso commet des actes abominables marche à fond. C’est aussi un moyen de mieux sublimer la violence pour la rendre drôle et acceptable ; ce genre d’humour sanglant n’était pas la norme en 92. Combiné à des dialogues blindés de punchlines improbables, le tout donne un classique qui ne vieillit pas jusqu’à aujourd’hui.

Old School

année : 2000

registre : comédie policière

le cadre : une journaliste fait un reportage sur un quatuor de truands hauts en couleur.

ce qu’apporte la forme documentaire : les 4 gangsters sont ultra cartoonesques donc fatalement la façon de les filmer amplifie tous les effets comiques. Que ce soit le gros costaud qui explique avoir lu tous les philosophes depuis Platon et conclu que « c’est tous des branleurs » ou le petit nerveux qui fonce en hurlant sur quiconque lui coupe la parole, on ne s’ennuie pas.

Le film a été présenté à l’époque comme une version jeune (avec pas mal de proximité autour du monde du rap) et bourrine de C’est arrivé près de chez vous.

Casablanca Driver

année : 2004

registre : absurde

le cadre : on suit la vie entière d’un wannabe boxeur qui, en plus d’être nul, est complètement demeuré. Il ne comprend rien à ce qu’on lui dit et parle une langue inconnue qui semble hispanique mais ne correspond pas à grand-chose en réalité.

ce qu’apporte la forme documentaire : coup d’essai, coup de maître. Ce 1er film de Maurice Barthélémy en tant que réalisateur est hilarant puisque toute l’absurdité des situations est canalisée par un pseudo-réalisme qui n’a rien à faire là. On a des témoignages qui n’ont aucun sens, des personnages secondaires parfaitement cons, et un bon paquet de cinglés. Pour les nostalgiques de la 1ère époque de la chaîne Comédie mais aussi de « l’esprit Canal » quand il existait encore, vous allez retrouver absolument tout le monde : les Nuls, les Robins des bois, Elie Semoun, Lionel Abelanski, Isabelle Nanty... Mention spéciale à Dieudonné en Don King du pauvre.

La Vie de Michel Muller est plus belle que la vôtre

année : 2005

registre : satire, humour noir

le cadre : la vie de tous les jours de l’humoriste Michel Muller, ou presque.

ce qu’apporte la forme documentaire : connu à l’époque pour ses sketches télévisés assez provocs, l’humoriste Michel Muller se permet ici d’aller beaucoup plus loin grâce au jeu sur la réalité de son quotidien. Le mec est infect avec ses amis, enchaîne les filles faciles qu’un ami lui ramène soir après soir, n’arrive pas à écrire un film, kidnappe Elie Semoun pour comprendre comment avoir du succès, etc. Très sombre, mais drôle.

Le Bureau (télévision)

année : 2006

registre : malaise, absurde

le cadre : vous connaissez probablement la série américaine The Office, adaptée de la série britannique du même nom. Au départ, le concept avait aussi été acheté par la France (et par l’Allemagne mais c’est pas le sujet) et ça a donné Le Bureau, un one shot d’une seule saison parce qu’après tout le monde s’est focalisé sur la version US.

ce qu’apporte la forme documentaire : sensiblement la même chose que dans les autres versions de la série ; les comportements stupides, cyniques des protagonistes, la paresse, les moqueries, les vacheries, les coups de sang, tout passe à la moulinette de l’angle pseudo documentaire. Même si cette version est en-dessous des deux valeurs sûres anglophones, la présence de l’équipe de Message à caractère informatif à l’écriture permet d’apporter un ton un peu décalé qui fait parfois mouche.

Hénaut président (télévision)

année : 2007

registre : satire politique

le cadre : un outsider total assez naïf se présente aux élections présidentielles, aidé par une équipe de communicants aux dents longues. La série suit sa campagne de A à Z.

ce qu’apporte la forme documentaire : techniquement il s’agit d’un intrus. Certes la forme est à 100 % celle des documentaires nuls qui sont diffusés après chaque présidentielle en prétendant dévoiler « les coulisses de la campagne » d’untel ou « le vrai visage » de X. Mais c’est tout : pas de présence à l’image d’une équipe de tournage. Pour autant, la parodie fonctionne à tous les niveaux, Hénaut et son équipe tombant dans tous les travers possibles et imaginables d’une situation pareille. A noter que 5 ans plus tard un film éponyme a vu le jour, toujours sur le même principe mais l’aspect docu est moins prononcé, sans doute une volonté de se rapprocher un peu plus d’un format « vrai film » classique.

Inside Jamel Comedy Club (télévision)

année : 2009

registre : satire, humour noir

le cadre : la troupe du JCC est suivie par une équipe qui immortalise leur 1ère tournée commune, les répétitions, les voyages, la vie de groupe, etc.

ce qu’apporte la forme documentaire : Chaque membre surjoue son propre personnage en étirant tous ses défauts façon miroir déformant, et on sent que ça leur fait du bien. Fini le côté lisse ou sympa de leurs personnalités publiques. Ici l’ambiance est aux vacheries, à la traîtrise, aux rivalités, au racisme et aux réactions idiotes en tout genre. C’est globalement la meilleure chose dont a accouché le Jamel Comedy Club jusqu’ici, spectacles inclus.

Guy

année : 2018

registre : drame

le cadre : après la mort de sa mère, en rangeant ses affaires, un homme découvre une lettre qui lui apprend la véritable identité de son père. A savoir Guy Jamet, une ancienne gloire de la chanson française. Son fils caché décide de l’approcher en prétendant tourner un documentaire sur sa vie.

ce qu'apporte la forme documentaire : ça ne vous aura pas échappé, c’est le seul spécimen de la liste à être d’une tonalité vraiment dramatique voire carrément triste. Guy prend ainsi un sacré contrepied puisque la caméra, c’est ici avant tout le regard de cet homme qui cherche à connaître son père sans rien lui révéler. De l’autre côté, la performance d’Alex Lutz (qui lui a valu un César) en vieux monsieur revenu de tout est assez touchante dans ses échanges avec son interlocuteur.

Tout Simplement Noir

année : 2020

registre : malaise, satire

le cadre : un loser devenu militant par opportunisme tente de contacter toutes les personnalités médiatiques noires pour les convaincre de l’aider à organiser une marche des Noirs à Paris.

ce qu’apporte la forme documentaire : de l’aveu des réals JP Zadi et John Wax, ça limitait les coûts et permettait d’aller bien plus vite qu’un tournage classique. Ensuite, le film joue à fond sur les regards caméra et la gêne dans pas mal de séquences, chose impossible dans une comédie lambda. Enfin, c’était le prétexte parfait pour réunir autant de célébrités et s’adapter si certains n’étaient pas dispo au dernier moment. Pour la petite histoire, au départ ce n’était pas Soprano qui était censé apparaître, mais un autre célèbre rappeur, qui n’a pas pu pour des raisons qui le regardent.