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Mohamed Hamidi : "La manière d'écrire des histoires n'est pas genrée"
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Une belle équipe
Une belle équipe

Mohamed Hamidi : "La manière d'écrire des histoires n'est pas genrée"

Le réalisateur revient avec "Une belle équipe", l'histoire d'un club de foot du nord de la France dont les membres ont été suspendus. Et pour pouvoir sauver le club, le coach va composer une équipe exclusivement féminine. On retrouve au casting Kad Merad, Alban Ivanov ou encore Sabrina Ouazani.

Mouv : Comment tu as eu l’idée de ce pitch ? 

Mohamed Hamidi : Ma première envie, avant de vouloir parler de foot était de faire un film autour de filles, autour d’actrices et de personnages féminins car j’avais déjà fait pas mal de films autour de personnages masculins. Au début, on a envie d’être un peu autobiographique et donc mes premiers films parlaient d’histoires qui me concernaient plus. Mais celui-là l’est tout autant car vu que j’ai 6 sœurs, j’ai toujours été entouré de cette dynamique féminine, je les ai toujours vu faire plein de trucs ensemble ! Et après je l’ai inscrit dans le foot car je trouvais que c’était à contre-courant.

Oui parce que le foot féminin on commence petit à petit à en parler, notamment avec la Coupe du Monde cette année, mais ça a pas toujours été le cas ?

Oui c’est sur que aujourd’hui le foot féminin est plus à la mode mais quand j’ai commencé à écrire en 2015, on ne savait pas du tout qu'il y allait avoir la coupe du monde en France ni que ça allait autant marcher ! Mais mon idée était vraiment que les filles prennent les commandes d’un univers très masculin et donc le foot m’a sembler logique car c’est un sport que j’ai pratiqué et que je connais bien. Moi je viens de Bondy qui est la ville de Mbappé et j’ai beaucoup jouer au foot gamin, dans notre quartier c’était notre passe-temps favori. 

Dans ton film tu t’amuses à casser les codes, à mettre les mecs en cuisine et les filles sur le terrain, pour toi c’est encore actuel ces mentalités ? 

C’est hyper actuel ! Souvent les mecs disent « quand même c’est un peu caricatural », mais va voir demande aux filles ! Il y a encore beaucoup de mecs qui en foutent pas une, en tout cas pas assez. C’est sur que l’égalité n’est pas encore respectée, y compris dans mon propre foyer d’ailleurs où je me fais violence pour essayer d’être là, pour mes enfants pour les coucher, leur changer la couche, leur faire à manger, les emmener à l’école… Mais c’est vrai que la charge mentale n’est pas encore complètement égalitaire dans le couple, et j’espère que ça évoluera en tout cas mon film va dans ce sens là !

C’est pas si courant des hommes qui font des films sur les femmes ?

Non, et c’est ça que je trouvais intéressant. De la même manière que les femmes ont fait des super films sur les hommes, je trouve que c’est pas genrée la manière d’écrire et de raconter des histoires et c’est mieux comme ça. 

Ton film se déroule dans une petite ville de Province, c’était une envie de base de montrer une autre partie de la France ?

Je voulais que ça se passe dans un milieu populaire, car le foot pour moi est avant tout un sport populaire et je trouve qu’on parle trop du foot par le prisme du fric, des contrats, des mercatos, des sponsors etc… Alors que pour moi ça reste un sport universel ! On joue dans les rues à Sao Paulo, à Bombay ou en Afrique… J’ai inscris mon film dans le nord, j’aurais pu aussi l’inscrire dans les quartiers, en banlieue, mais ça aurait été un autre sujet. Et je m’y était déjà collé avec Jusqu’ici tout va bien (Son précédent film sorti en 2019), je dis pas que j’y reviendrais pas mais je voulais me détacher de cet environnent pour être sur des vraies thématiques universelles. 

Une belle équipe

Tu as réuni un énorme casting pour ton film, tu avais déjà pensé aux acteurs que tu voulais quand tu as écris les rôles ?

Alors y’avait trois personnes que j’avais en tête depuis le début. Kad Merad est l’un des premiers qui m’a demandé ce que j’allais faire après La Vache et j’avais déjà ce pitch et il m’avait dit qu’il  était super intéressé pour le rôle de l’entraineur. Après Sabrina Ouazani, c’est une actrice que j’aime beaucoup avec qui j’avais déjà tourné dans Jusqu’ici tout va bien, et en plus d’être une bonne actrice elle est super bonne au foot donc j’était très heureux qu’elle accepte de faire ce deuxième film avec moi. Et Alban Ivanov, qui était dans mon premier film, que j’ai connu tout petit quand il faisait les premières parties de Jamel. Et le rôle qu’il a de petit mec hyper attachant lui allait super bien. Ce qui est génial avec Alban, c’est qu’on peut lui faire dire des choses que personne ne pourrait dire, mais avec lui ça passe parce qu’il a une gentillesse et une humanité qui font sentir que tout ce qu’il dit est pour la déconne, ce qui permet d’aller plus loin dans la dérision et dans le rire.

Et comment ça s’est passé, les actrices ont du s’entrainer pour le film ?

Oui, il y a eu un vrai travail de coaching et d’entrainement. Les actrices ont beaucoup travaillé en amont, elles ont bossé la posture, les gestes, le contrôle etc… Elles ont travaillé tout ça avec une coach. Après le plus difficile c’était la chorégraphie, car c’est hyper scénarisé, tous les matchs les buts… Sur le terrain il y avait Corinne Petit qui est une grande joueuse de foot qui les a beaucoup aidé et boosté. Elles ont vraiment été formidables les filles !

Aujourd’hui tu t’es imposé comme l’un des nouveau réalisateurs de comédie qui marchent bien, c’était un but pour toi ?

Moi j’ai toujours été un artiste, même si j’ai été prof donc là j’ai pris le train qui passait. Mais oui je pense que j’ai vraiment trouvé ma place, j’aime raconter des histoires, diriger des gens, écrire, faire de la mise en scène. Et c’est vrai que là j’en suis à 4 films en 7 ans, donc c’est beaucoup ! En plus avec quelques succès donc je suis très heureux, c’est tardif mais ça yé j’ai trouvé ma voie !

Une belle équipe

Tu as co-fondé le Bondy Blog y’a plus de 15 ans, tu trouves que la représentation des banlieues changent dans les médias ? 

Un peu, notamment grâce au Bondy Blog car on a aussi fondé une école de journalisme et chaque année il y a 20 jeunes qui trouvent des places dans des rédactions. Et je suis content de voir ses étudiants réussir, car ils ont un autre regard sur la société et sur les banlieues. Après globalement, à l’image de la France, la réponse est non. Quand tu vois Les Misérables de Ladj Ly et le choc que ça a été chez certaines personnes… Moi je suis pas étonné, il raconte ce qu’on voit et vit depuis 30 ans, ce que racontait déjà Kassovitz dans La Haine il y a 25 ans. L’image n’a pas changé mais les gens qui regardent les banlieues changent, donc ça va mettre plus de temps que prévu mais c’est en mouvement. 

Une belle équipe, en salles le 15 Janvier 2020.