MENU
Accueil
Melha Bedia : "Je me sens rarement représentée au cinéma"
Écouter le direct
Melha Bedia - film "Forte" (Katia Lewkowicz)
Melha Bedia - film "Forte" (Katia Lewkowicz)

Melha Bedia : "Je me sens rarement représentée au cinéma"

Après son carton sur scène, Melha Bedia sort son premier film "Forte" directement sur Amazon Prime à partir de ce mercredi 15 avril. Une comédie humaine, drôle et féminine. On a rencontré Melha Bedia et Alison Wheeler qui joue sa meilleure amie dans le film.

Mouv : Melha, d’où ça t’es venu cette idée de scénario ? 

Melha Bedia : À la base on m’avait demandé si j’avais une idée de film, et j’en avais pas. Et je me suis retrouvée invité à l’anniversaire d’un pote dans un club de strip-tease, et j’étais la seule meuf habillée. Du coup ce soir là, j’ai commencé à observer ce qu’il se passait autour de moi. J’avais des à priori de ouf sur les femmes qui faisaient de la pole dance, je pensais que c’était des femmes frivoles, qui avaient chauds, pas de parents et pas de dignité. Et au final je me suis fait fermer mon petit clapet, j’ai parlé avec ces filles là. Elles m’ont bouleversées, elles venaient de tout horizon, de tous bords, de tous corps… Il y avait aussi bien une avocate qu’une mère de famille. Et en fait j’ai commencé à vraiment regarder, et je trouvais pas ça vulgaire, au contraire je trouvais ça même super beau ! Elles étaient là à voler autour de la barre, et y’avait ses hommes qui les regardaient avec des grands yeux et je me suis dis j’aimerais bien qu’un mec me regarde un jour comme ça. 

Et du coup tout cet univers t’as inspiré « Forte » ? 

Je me suis dit que le seul moyen de me coltiner à la pole dance c’est de me trouver un extrême. Et la petite grosse qui va se frotter à la barre pour serrer des mecs pour atteindre sa féminité et sa confiance en elle… ça ferait un bon pitch. Du coup on est parti sur ça !

T’as pris des cours du coup, comment ça s’est passé ?

Ba très mal forcément ! Dans un premier temps, ça faisait hyper mal parce qu’on l’oublie mais c’est un vrai sport. C’est des athlètes en fait les meufs, c’est pas des prostitués comme les gens aiment les appeler. Et à ces cours là il s’est passé un petit truc. Au début, il fallait que je me dénude pour adhérer à la barre. Fallait un shorty, et au premier cours j’ai débarqué avec un short de l’Olympique de Marseille. Et pendant les cours, il y avait un vrai truc de bienveillance, de sororité, tout le monde s’entraidait. Et vu que y’a des énormes miroirs, t’as pas le choix que de te regarder. Au début j’avais du mal, après je me tolérais et à la fin je commençais un peu à kiffer. Alors je suis pas Jessica Alba dans ma tête mais ça m’a fait un bien fou. 

Tu le connaissais ce monde du pole dance toi Alison ? 

Alison Wheeler : Pas du tout ! Je voyais ce qu’on nous montrait dans les clips, ou dans des reportages. C’est vrai que c’est vachement lié au boite de nuit cette discipline mais j’y connaissais rien du tout. En plus j’ai vu que ça allait être bientôt aux Jeux Olympiques c’est ouf. Et en même temps quand tu vois les mecs et les nanas qui pratiquent ça, ils ont des corps et des tablettes ça fait pas rire. 

C’est quoi la différence entre écrire un spectacle et un film ? 

M.B. : Ba au début j’avoue que je comprenais pas trop. Mes producteurs qui croyaient au projet, m’ont présenté plein de scénariste. Et en fait j’ai vraiment appris ce métier là, et c’est génial. Au début j'avais du mal avec la structure, les actes, le climax et tout… Et je me suis vite rendu compte que ce que je kiffais le plus c’était écrire les dialogues et les scènes. 

Et c’est toi qui a choisit le casting ?

M.B.: Katia Lewkowicz (la réalisatrice) m’a vachement impliqué. Allison, j’ai pas voulu, elle a passé des essais à la régulière et puis elle a menacer ma mère donc j’ai pas eu le choix. Ramzy (Bedia, son frère dans la vraie vie), c’est ma mère qui l’a imposé, à la base je voulais Didier Bourdon. Ça c’est vrai par contre. Et ça a été génial pour nous car on était un peu en froid car Ramzy voulait pas que je fasse ce métier. Et ça nous a permis de nous faire des vraies retrouvailles rémunérées sur le tournage. On a été un peu intelligent sur ce coup là. Allison c’était une évidence, de mettre une rousse, le fait que ça soit mon amie, et qu’elle ait plus de talent que ces deux caractéristiques réunies. 

Melha Bedia et Valérie Lemercier dans Forte
Melha Bedia et Valérie Lemercier dans Forte

Vous êtes amies dans la vraie vie, du coup je suppose que le tournage était fluide entre vous ?

M.B. : Ba en fait c’est comme aller sur son lieu de travail avec une meuf que tu vois tous les jours. Et c’était hyper rassurant de l’avoir sur le tournage. 

A.W. : Il y a un vrai moment quand même au début, où y’a un petit flottement genre « à quel moment je joue vraiment ? », parce que il y a une petite pudeur entre amie. Tu veux pas forcément te montrer sous ton jour de taff. En plus tu le vois quand l’autre il fait un truc faux, tu le vois tout de suite. Et tu te permets de le dire… 

Alison, tu incarnes une jeune maman célibataire, qui veut quand même profiter de sa vie. C’est un rôle qui t’as plu ?

Oui grave. C’est un rôle de femme d’aujourd’hui. Il y a plein de femmes qui ont fait des enfants tôt, qui les ont élevé seule, et qui ont du mal à trouver une vie sentimentale qui va avec. Je pense que la galerie de personnages du film est un peu un tableau de notre génération, qui cherche à se trouver. Et ça prend une vie en fait pour trouver ta féminité, ta masculinité ou ton entre les deux. 

Et comment vous le définiriez ce film, car ce n’est pas qu’une simple comédie, il apporte une vraie réflexion derrière sur les femmes, la féminité, la confiance en soi etc…?

M.B. : C’est enfin un film avec des vrais gens. C’est assez rare, moi je me sens rarement représentée au cinéma pas parce que je suis rebeu ou autre, mais parce que trop souvent les personnages féminins sont bourrés de stéréotypes. Là on a fait une tournée province, et les gens te disent merci, ils s’identifient pour la première fois à des personnages. 

A.W. : C’est vrai que y’a plein de personne qui sont tombées dans les bras de Melha, un peu ému. 

M.B. : Mais oui. J’ai du faire plus de 1700 câlins, ça m’a trop touché ! J’ai essayé de mettre un maximum de moi pour que le film soit le plus sincère, franc et naturel possible parce que dans ma tête j’étais pas une scénariste ni une comédienne. Donc pour pas me sentir comme une imposture, je me suis dit que j’allais mettre tout de moi, de ma vraie vie, de mes potes et au moins on me taxera pas de mytho. 

Alison Wheeler dans Forte
Alison Wheeler dans Forte

Tu dirais que c’est un film gérérationnel ? 

M.B : Ba nous on est quand même une génération bien paumée entre 20 et 30 ans. Demain t’as une pote qui enchaine les conquêtes, c’est une pute, une qui est coincée dans son coin vierge, elle donne pas envie, un mec trop sensible ba il est gay, à l’inverse si il est trop virile il est macho. On a pas le bon dosage dans notre société et dans notre génération du coup j’ai vraiment dépeint ce que je voyais autour de moi, au moins je suis sûre que c’est vrai. 

Comment justement ne pas jouer un rôle de façon cliché ?

A.W. : En travaillant avec des personnes qui écrivent différemment comme Melha, des jeunes scénaristes, des gens qui ont envie de raconter d’autres histoires et qui ont un autre regard. Mais ça se fait de plus en plus. Je me reconnais pas dans cette vague de gens qui disent qu’ils savent pas écrire pour les femmes. Et d’ailleurs y’en a moins. Il y a beaucoup de chose qui se disent en ce moment et ça fait avancer le débat intelligemment. 

Justement, en tant que comédiennes femmes de 30 ans dans la vague, vous le sentez ce changement ?

M.B. : Ecoute ça commence ! J’ai eu ma première proposition où je dois juste jouer une institutrice de 30 ans sans qu’on me dise elle est reubeu, elle est jeune, elle est grosse. Moi toute ma vie j’ai fait des second rôles où j’étais soit l’humoriste qui vient manger un donuts dans le film, soit la reubeu wesh wesh. Là ça commence à bouger j’ai l’impression, en tout cas on avance. 

A.W. : Après c’est le luxe quand on a déjà vu travailler sous plein de jour différent. Je pense que c’est encore compliqué pour les personnes qui arrivent et qui ont pas encore de visibilité. C’est toujours plus facile de faire un contre-emploi quand on a déjà vu qui tu étais. De toute façon dans ce métier c’est dur de parler de soi, surtout quand tu joues quelqu’un d’autre en permanence. 

Forte, disponible dès ce mercredi 15 avril sur Amazon Prime Video.