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Jason Divengele : "Il faut que ceux que l’on voit à l’écran ressemblent à ceux qui sont dans la salle."
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L'acteur Jason Divengele s'est confié à Mouv' sur ses projets à venir, sur son perpétuel soutien à la jeunesse, sur le cinéma en temps de Covid et sur le renouveau des César
L'acteur Jason Divengele s'est confié à Mouv' sur ses projets à venir, sur son perpétuel soutien à la jeunesse, sur le cinéma en temps de Covid et sur le renouveau des César

Jason Divengele : "Il faut que ceux que l’on voit à l’écran ressemblent à ceux qui sont dans la salle."

Il se rêvait footballeur, il sera finalement acteur : à 25 ans, Jason Divengele a déjà à son actif plusieurs apparitions au cinéma. Le jeune homme s’investit aussi en dehors du grand écran avec la création d’un collectif de jeunes comédiens. Mouv’ l’a rencontré en amont de la cérémonie des Cesar.

Après le scandale Roman Polanski de l’année dernière, l’académie des César a été entièrement remaniée. Finis les membres nommés à vie mais plus de parité et plus de diversité. Quel regard vous portez sur cette refonte ?

Moi je crois à cette promesse de diversité. Il faut toujours croire en ce que l’on nous promet, et on jugera après. En plus, je sais que ce sujet est très important pour Marina Foïs et Eric Toledano. Je sais qu’ils aimeraient emmener des élèves de tous les horizons au cinéma pour voir des films, pour leur faire découvrir le cinéma. C’est une excellente idée !  

C’est suffisant ?

Je ne veux pas être le porte-parole de la diversité. Je ne veux pas que l’on voit les acteurs uniquement pour leur couleur de peau mais plutôt pour leur jeu et leurs capacités. Moi mon message c’est avant tout de soutenir la jeunesse, de mettre en avant une nouvelle vague d’acteurs et de leur montrer que tout est possible. 

Aujourd’hui vous êtes à la tête du studio I Have A Dream et vous avez lancé une série d’interviews d’acteurs diffusée sur Youtube et qui s’appelle "Rêver est un crime." Pourquoi c’est un crime de rêver ?

"Rêver" et "crime" sont deux mots diamétralement opposés. Et pourtant quand on fait part de nos rêves, les deux mots se rejoignent. On nous fait implicitement comprendre que nos rêves sont trop gros, irréalisables, qu’on n'y arrivera jamais. L’acteur Côme Levin dit que rêver c’est de la désobéissance civique. Il a raison. C’est désobéir à tout ceux qui ne croient pas en nous. "Rêver est un crime" c’est aussi un moyen de dire que pour réaliser nos rêves il faut souvent se dépasser, se forcer, tuer son instinct naturel et ses angoisses pour combattre ses peurs. C’est vrai que le mot est violent mais chez nous beaucoup sont condamnés. Vous savez où il y a le plus de rêves non réalisés ? Dans un cimetière. Et aujourd’hui les cités sont des cimetières vivants.-bas on ne nous pousse jamais à rêver. 

Aujourd’hui les cités sont des cimetières vivants.-bas on ne nous pousse jamais à rêver.

Quels sont vos rêves à vous Jason ?

(Rires) Réaliser mon court-métrage et aller à Cannes ! J’ai envie de cartonner au box-office, faire des projets aux États-Unis et être aux César l’année prochaine ! Mais sur le plan plus collectif, je veux aider les jeunes à réaliser leurs rêves, un peu à l’instar de Jamel ou de Kourtrajmé. Leur faire découvrir le cinéma, leur donner les clés pour réussir dans le milieu et leur prouver que peu importe le milieu dont l’on vient, les rêves sont réalisables.  

De votre côté, vous êtes en pleine préparation d’un court-métrage, vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Alors que j’étais en train de travailler sur une série, j’ai dit un jour à mon scénariste "On va faire un court-métrage pour le festival de Cannes." Ce court-métrage s’appelle "Rêver est un crime" et sera le préquel de la série. "Rêver est un crime" est une dystopie, c’est en fait le nom d’une loi mise en place par le gouvernement qui interdit aux jeunes de rêver. Mais je ne peux pas vous en dire plus que ça pour l’instant, je vous laisse rêver… En tout cas, ce que je veux absolument faire c’est une grosse diffusion chez moi, en plein air, en plein milieu de la cité Riquet dans le 19e arrondissement de Paris pour apporter le cinéma dans les quartiers. 

J’imagine que vous attendez la réouverture des cinémas avec impatience.

Oui bien sûr ! Après moi je suis un peu bizarre, je ne suis pas cinéphile. Quand je veux regarder un film, je veux être sûr que je ne vais pas perdre mon temps. Et puis la réouverture des salles c’est nécessaire pour notre santé ! Pour tout ceux à qui la culture manque, pour tout ceux qui travaillent dans ce milieu et surtout pour tous les gars qui essaient d’organiser des dates ! C’est dur pour eux en ce moment, les pauvres.  

Il faut rouvrir les cinémas pour tous les gars qui essaient d'organiser des dates ! 

On parle beaucoup des difficultés du cinéma en ce moment, mais en parallèle il y a des projets moins imposants qui essaient de se monter, comme le vôtre. C’est compliqué de réaliser un film aujourd’hui ? 

Pour l’instant, nous n’avons pas eu de soucis majeurs. C’est vrai que les temps de tournage sont rallongés à cause du Covid. À chaque fois que quelqu’un l’attrape ou est cas contact, on arrête tout pendant plusieurs jours ! La machine est ralentie mais ça continue quand même de tourner. En revanche les distributeurs n’achètent plus de films. Finalement le plus dur c’est de trouver les acteurs. On ne peut plus organiser de casting physique alors on demande à recevoir les démos par mail. Mais c’est catastrophique. Le pire c’est quand c’est un ami qui filme celui qui fait le casting, alors là c’est du grand n’importe quoi (rires) !

Tout ça ne vous démotive pas ?

Non pas du tout ! Je me dis que le cinéma est en train de faire une mise à jour. Il va repartir avec une nouvelle équipe et nous on veut faire partie de ces nouvelles têtes. Ça peut être un mal pour un bien. Le cinéma de demain ne sera plus le cinéma d’hier. Il y aura une nouvelle jeunesse, plus de diversité et plus de fougue à l’avenir. Maintenant, il faut que ceux que l’on voit à l’écran ressemblent à ceux qui sont dans la salle.  

Quelles sont les plus grosses difficultés ?

Le financement. Notre budget est tout petit. Dans ce cas là, il faut y aller au culot. On s’apprête à tourner une scène de manifestation pour le court-métrage et pour ça on a besoin de fermer l’avenue de Flandre, à Paris. Mais ça coûte très cher. Je décide donc d’aller voir directement Anne Hidalgo (ndlr : la maire de Paris) mais je n’ai aucun contact avec elle. Je vois sur son agenda qu’elle doit se rendre à Nancy un vendredi. Pour y aller depuis Paris, il faut partir de la gare de l’Est. Alors je me rends là-bas très tôt le matin en me disant qu’elle devrait prendre le train de 7h48 pour arriver à Nancy à 9h. Mais je n’avais aucune certitude ! Et là, je vois madame Hidalgo chez un marchand de journaux. Je m’approche d’elle et elle accepte de me parler. Je lui pitche mon projet - j’avais bien révisé la veille pour ne pas bégayer - et elle décidera finalement d’associer la ville de Paris à notre projet ! Il faut provoquer sa chance. Si on ne le fait pas, personne ne le fera pour nous.  

Vous serez devant votre télé pour la cérémonie des César ? 

Bien sûr ! En plus c’est Marina Foïs qui présente. Je l’ai interviewée récemment d’ailleurs. À cause du Covid nous n’avons pas pu la rencontrer dans nos locaux habituels. On a donc décidé d’installer deux fauteuils en plein milieu de la cité et c’est dans ce cadre là qu’on a fait l’interview. Pleins de jeunes ne la connaissaient pas mais ils ont quand même pris des photos avec elle. Elle devient un modèle pour les petits du quartier. C’est un signal fort qu’elle envoie ! Elle passe du tapis rouge à la cité. Ça montre aux jeunes que tout est possible !