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Qui est Gambi, le rappeur phénomène de Fontenay-sous-Bois ?
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Gambi - cover "Hé Oh"
Gambi - cover "Hé Oh"

Qui est Gambi, le rappeur phénomène de Fontenay-sous-Bois ?

A tout juste 19 ans, le jeune rappeur signé sur Rec 118 explose les compteurs de Youtube. Mouv’ est parti à la rencontre des amis d’enfance du rappeur et des habitants de son quartier pour comprendre le phénomène.

« Gambi était livreur de sushis avant de percer, en fait il était comme nous ! » Naim est un ami d’enfance de Gambi, il a grandi dans le quartier de La Redoute à Val de Fontenay dans le 94. Nous sommes mercredi 9 octobre, au pied de l’un des grands bâtiments grisâtres qui surplombent la ville. Les jeunes commencent à se rassembler devant le hall pour échanger les dernières nouvelles autour d’une cigarette. Le jeune homme de 20 ans raconte ses anecdotes avec l’étoile montante signée chez Rec 118. « Tu n’as qu’à regarder ses snap, il prend encore le bus, c’est quelqu’un de simple. » Il garde l’image d’un élève qui rigolait beaucoup à l’école, un brin blagueur mais surtout gentil. Gambi a été diplômé du baccalauréat. « Bon, il s’est peut-être embrouillé avec un professeur une fois… », ajoute-t-il en rigolant. Naim se souvient également des influences du jeune rappeur. « Il a toujours été attiré par le rap américain__, il écoutait des gars comme Chief Keef. »

Il est 15 heures lorsque Alexandre, un ami de Naim descend de son bâtiment. Le jeune homme de 25 ans, grand sourire (à croire que c’est une habitude dans le quartier), prend plaisir à partager lui aussi ses histoires. « Comme beaucoup d’autres jeunes du coin, j’ai figuré dans le clip Hé oh, ça fait plaisir de voir qu’un gars d’ici réussisse, je lui souhaitais déjà avant qu’il pète les scores ! »

Adossé au mur du même bâtiment, Abdou, 23 ans, reconnaît que son succès motive les jeunes du coin à faire de la musique. « C’est un débrouillard, comme tout le monde ! Il a commencé tout seul et n’avait pas beaucoup d’argent », raconte le jeune Fontenaysien. Pour lui, Gambi mérite son succès. « Il a commencé à sortir des clips en 2016 il me semble, et il n’a pas lâché l’affaire ! » Abdou et Naim se rappellent des premiers visuels tournés par le rappeur au sourire ravageur. « Dès qu’il a trouvé les bons managers, il a sorti un clip chaque dimanche », expliquent-t-ils avec un large sourire.

Apprécié et admiré par les plus petits du quartier

La Redoute, c’est plusieurs bâtiments perchés dans les hauteurs de la ville du Val-de-Marne, munie d’une grande dalle bétonnée où plusieurs plans de Popopop ont été tournés. Pour y accéder, dix minutes de marche suffisent depuis la gare RER Val-de-Fontenay. Un petit terrain de foot est adossé à l’une des barres de béton. « C’est ici qu’il a fait un barbecue pour fêter les 100K sur Insta pendant les vacances », se souvient Fadi, 13 ans. L’adolescent avait pu voir la scène depuis son balcon qui donne directement sur le terrain. Gambi avait alors réuni les habitants de La Redoute à partager des merguez autour d’une partie de football. Ambiance joviale et conviviale au rendez-vous.

Le mur de La Redoute, notamment visible dans le clip "Hé oh". ©Radio France

A deux pas du terrain de foot se trouve l’antenne de quartier. C’est ici que les jeunes sont accueillis pour échanger avec les animateurs, pratiquer des activités ludiques et faire quelques parties de cartes. Entre deux parties de babyfoot, Masry, 16 ans, revient sur les souvenirs amassés avec le jeune artiste. « Gambi c’est un bon ! Avant, il habitait au Bois Cadet, c’est un quartier à côté. Mais il y a des rumeurs qui circulent comme quoi il aurait déménagé à Paris. Ses managers sont des grands de notre quartier ! Ils nous connaissent depuis qu’on est petit. » Le jeune Fontenaysien tient à ajouter que lui aussi a figuré dans le clip « Hé oh ». Ici, les adolescents sont fiers de dire qu’ils connaissaient Gambi avant son succès. 

« Moi, je le connaissais avant qu’il pète ! J’étais là quand il a tourné Makak 3 en bas du bât 4. C’est à ce moment-là que je l’ai rencontré ! » Ilyes, 13 ans, se rappelle d’un jeune homme sympathique avec qui on peut discuter. « Je l’ai ajouté sur Snap et on a parlé par la suite », précise-t-il. Abordable et humble donc, Gambi renvoie l’image d’un rappeur simple « qui ne se prend pas la tête. » 

"Nous sommes les petits de Gambi", les jeunes de La redoute. ©Radio France

Un drôle de personnage

Pour Nadia Tarhouni, agent de développement urbain à La Redoute, c’est un jeune qui a beaucoup analysé la situation dans les quartiers et qui propose un personnage attachant. « Même si on peut voir une certaine violence dans Popopop, je pense que c’est de la fiction. A la fin, lorsqu’il tire, on voit sa tête avec un sourire sortir du canon ! » Le sourire, le fameux sourire communicatif qui fait de Gambi un rappeur avec qui on aimerait raconter des blagues. 

Blagueur, oui, mais un brin insolent. « Je me suis faite incendiée quand le clip de Hé oh est sorti, on voit Gambi faire pipi sur le mur d’une maison… » A Fontenay-sous-Bois, les quartiers ne sont pas en guerre. « Mais certains habitants confondent les jeunes avec qui ils ont des problèmes le soir et ceux qui font des clips. » Qui dit tournage de clip de rap dit volume sonore élevé. La célébrité grandissante du jeune rappeur est cependant un vrai moteur pour la ville. « Ca incite beaucoup de jeunes à être créatifs et à monter des projets », pointe la Fontenaysienne.

Gambi a évolué dans une ville ambivalente. D’un côté, le vieux Fontenay plutôt riche et bourgeois. De l’autre, plusieurs quartiers populaires dont Larris, La Zup, La Redoute ou encore Bois Cadet. Deux ambiances et deux villes en une. « Les antennes de la ville travaillent toutes en transversalité pour mixer la population », précise Nadia Tarhouni.

« J’ai connu Gambi l’an passé au Bois Cadet lorsque je travaillais à l’antenne de quartier. » Eimma est animatrice dans la structure sociale du quartier voisin. La première fois qu’elle l’a vu, elle se souvient d’un garçon réservé. « Mais il a très vite déployé son beau sourire et rigolé sur tout un tas de choses ! Ça fait plaisir de voir des jeunes de nos structures réussir ! »

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à auchan pas sur les champs

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Dans la salle de l’antenne de quartier, la voix de Gambi s’échappe d’une mini-enceinte. Entre le brouhaha des jeunes qui plaisante, un autre timbre, différent, sort de l’enceinte. C’est celle de Enfantdepauvre, un autre rappeur de la ville, qui venait régulièrement à La Redoute.

Un succès propice au vivier de rappeurs

A quelques rues de la grande tour s’érigent les bâtiments d’une vingtaine d’étages de la ZUP. Il faut descendre une petite rue escarpée pour y accéder. C’est là-bas que Gambi avait fait une apparition pour le clip Baltimore de Enfantdepauvre. « Ici, les rappeurs se connaissent tous un peu, Kaza, Enfantdepauvre et Gambi se sont côtoyés », explique un grand du quartier Larris. Preuve à l’appui, Gambi montre son sourire ravageur dans Hrtbrk #2 de Kaza. Fontenay-sous-Bois a vu plusieurs noms émerger au cours des derniers mois. Kaza et Enfantdepauvre, tous deux frères, proposent un rap mélodique et mélancolique emprunts de bravoure. 

Du côté de La Redoute, les plus jeunes se mettent également à rapper. Fadi n’a que 13 ans et pourtant il enregistre déjà avec ses amis. « Je suis en train de monter mon groupe », explique-t-il avec assurance.

La culture urbaine est portée comme un étendard par la ville. La mairie supporte Gambi et va même jusqu’à partager un article sur le jeune rappeur en lui envoyant « de la force ». 

«  Le Maire de la ville fait même des footings sur la musique de Gambi et de Kaza. Il partage des stories sur Instagram. Il soutient bien la musique locale. », raconte Eimma. Jean-Philippe Gautrais, maire FG, est issu de la ZUP. « Il est à l’écoute du rap ! »  Il ne manquerait plus que le maire fontenaysien "danse la salsa" et la mission sera accomplie pour Gambi.