Nos ancêtres les... esclaves

Mouv' Nation (2015-2017) Vendredi 06 mai 2016

Réécoute
Nos ancêtres... les esclaves
Le 10 mai prochain, la France va commémorer l'abolition de l'esclavage mais que reste-il en 2016 de cet "héritage" ? Mouv' Nation explore les cicatrices encore vives d'une partie de notre histoire et pose la question de l'identité noire dans la République.

MOUV' NATION : Épisode 32 : Nos ancêtres... les esclaves

 

D'abord, un rappel, avec un fait de l'histoire de France assez méconnu et pourtant unique au monde. Notre pays est le seul à avoir aboli l'esclavage deux fois. Pendant la révolution française en 1794 d'abord, avant que Napoléon en 1802 ne rétablisse le Code noir. Ce n'est qu'en 1848 que notre pays abolit l'esclavage définitivement. Un "contretemps" de l'histoire qui symbolise assez bien finalement le rapport très complexe de la France avec son passé esclavagiste. On estime que le port négrier de Nantes est à lui seul à l'origine de la déportation de plus de 500 000 noirs d'Afrique vers les Antilles. Depuis 2001 et la loi Taubira, la France commémore tous les 10 mai la mémoire de ces esclaves mais c'est insuffisant pour un grand nombre de Français qu'ils soient d'origine Antillaise, Africaine ou non. De plus en plus de gens par exemple demandent qu'il y ait plus d'enseignement sur ce sujet dans les livres scolaires, qu'enfin un musée dédié à cette partie de notre histoire voit le jour en France métropolitaine, des associations réclament également des réparations y compris financières pour les descendants d'esclaves. Mouv' Nation donne la parole aux militants antiracistes, à des universitaires, aux Français d'origine antillaise à la recherche du passé d'esclaves de leurs ancêtres et pose des questions peu souvent évoquées : quelles sont les conséquences de cette partie de notre histoire dans la France de 2016 ? Peut-on parler d'identité noire ?


            LE MIX : " Tout va très bien, cocorico ! "

 

 





 

 

         Dans ma famille, l'esclavage c'était tabou    


 

L'histoire de Teddy Ambroise que nous avons rencontré à Saint-Denis concerne directement des milliers de Français. Originaire des Antilles, il est un descendant d'esclave. Une histoire familiale douloureuse qu'il a découverte en 2013 un peu par hasard, "comme une opportunité" dit-il. Cette porte ouverte vers le passé, c'est une association qui lui a permis de la franchir : CM98. C'est un collectif qui travaille depuis des années à remonter l'histoire afin de retrouver l'identité des anciens esclaves. Un travail de mémoire fantastique qui permet à beaucoup de Français originaires des Antilles de renouer avec leurs racines.

Teddy Ambroise, 28 ans, à Saint-Denis (93) devant la stèle où est inscrit le nom de son aïeulle esclave

 





 

 

    On nous traite de racistes, c'est absurde ,

                                le camp  décolonial aura bien lieu    


 

L'esclavage subi par les noirs pendant des centaines d'années a-t-il des conséquences sur les Français noirs d'aujourd'hui ? Oui répondent sans hésiter de nombreux militants antiracistes qui pointent du doigt un traumatisme aux dégâts psychiques encore très présents, et dans le même temps une sorte de déni français sur cette question. "La France a un problème avec une partie de cette histoire" estime par exemple la chercheuse Maboula Soumahoro que nous avons rencontrée. Fania Noël qui se définit comme afro-féministe considère également qu'un racisme latent existe du fait de cet imaginaire. Comme si la France n'avait pas réglé ces questions. Pour faire face à ce constat, de nombreuses initiatives sont portées par des associations souvent décriées. Le dernier exemple en date est un projet justement initié par Fania Noël : la tenue l'été prochain près de Reims d'un camp décolonial uniquement reservé aux personnes racisées... et donc interdits aux blancs selon ses détracteurs. La réponse de Fania Noël est dans Mouv' Nation.

Maboula Soumahoro et Fania Noël

 





 

  En France, on a même du mal à dire noir, on dit black  


 

Rokhaya Diallo est une militante associative, réalisatrice et journaliste. Elle est l'auteure notamment d'un film-documentaire : "De Paris à Ferguson, coupables d'être noirs". L'occasion de faire un rapprochement entre l'histoire des noirs de France et les afro-américains. Selon Rokhaya Diallo, avec par exemple le manque de visibilité, le fait d'être noir en France ne permet pas aux jeunes de se trouver facilement dans la société. Elle insite sur le fait que revendiquer son identité noire est nécessaire même s'il faut pour cela souligner cette différence pour la dépasser. Rokhaya Diallo revient également sur ce scandale provoqué par une ministre française, Laurence Rossignol, il y a peu qui n'a pas hésité à comparer le port du voile islamique à l'esclavage... en employant le mot "nègre".

 Rokhaya Diallo à l'occasion d'une projection de son dernier film "les marches de la liberté "à Gennevilliers

 





 

   Le son de la semaine choisi par Nancy : Azealia Banks 

 

 





 

AGENDA 

Le mardi 10 mai  / La Commemoration night au Favéla Chic à Paris

Samedi 21 mai /   Journée Africana au musée Dapper à Paris

 

Crédits photos : Marion Lagardère

Retrouvez toutes les diffusions de Mouv' Nation ici et la page Facebook Mouv' Nation

 

 

 

Commentaires