Marseille : quand la violence s'incruste au lycée !

Mouv' Nation Vendredi 09 décembre 2016

Réécoute
Marseille : la mort au lycée pour une embrouille
Mourir à 16 ans d'un coup de couteau à la sortie du lycée : c'était jeudi dernier à Marseille. À l'origine, une embrouille sans importance. La violence qui semble se banaliser touche de plus en plus d'établissements scolaires un peu partout en France. Reportage de Mouv' Nation à Marseille.

MOUV' NATION #S2E14 : Marseille : quand la violence s'incruste au lycée

C'est donc pour une vulgaire histoire de casier qu'un lycéen de 16 ans est mort jeudi 1er décembre devant le lycée professionnel Poinso-Chapuis de Marseille. L'histoire est tristement banale : une semaine avant, Laurent et Yann s'étaient déjà bagarrés dans l'établissement mais cette fois, Laurent n'est pas seul, il attend Yann dehors avec deux de ses potes venus d'un autre lycée. Tout va très vite, Yann sort un couteau papillon et le plante dans le cou de la victime... qu'il ne connaissait même pas. En quelques secondes, le destin de deux familles est brisé. Certes Marseille n'est pas la seule ville concernée par des violences aux abords ou dans les établissements scolaires mais au cours de ces derniers mois, les faits se sont multipliés.
À Victor-Hugo dans le IIIe arrondissement, à côté de la gare Saint-Charles, un élève a été poignardé et un lycéen d'un établissement professionnel des quartiers nord a été victime de plusieurs coups de couteau sous un abribus selon Le Monde.

Mouv' Nation s'est rendu à Marseille et a interrogé les élèves de deux établissements : au lycée Saint-Charles dans le centre de la ville et au lycée Saint-Exupery dans les quartiers nord de Marseille.


LE MIX DE MOUV' NATION : "Un regard de travers et ça part vite"

 

 

 





 

"Quand je parle avec des gens qui ne sont pas de Marseille, ils pensent qu'on se ballade tous en gilet par balle"

Marseille a mauvaise réputation. C'est peu de le dire mais les habitants de la cité phocéenne aiment raconter que les choses ne sont pas aussi terribles que ce que les médias rapportent. Si l'on s'arrête aux faits, il y a pourtant eu depuis le début de l'année plus de vingt morts après des règlements de compte liés aux trafics de drogue. Une violence qui semble déteindre sur les plus jeunes qui n'hésitent plus à sortir armés avec "des lames" dans les cartables parfois même à l'intérieur des lycées.

 

Pourquoi le lycéen qui a poignardé un camarade jeudi dernier se baladait avec un couteau papillon ?

 

À Saint Charles, dans le centre-ville de Marseille, le meurtre d'un adolescent de 16 ans la semaine dernière devant un lycée des quartiers sud n'a évidemment pas laissé indifférent mais les élèves interrogés hésitent entre stupeur et fatalisme comme nous le raconte l'un d'entre eux :

 

"La violence on l'a vit au jour le jour et tout peu arriver, quelqu'un peut péter un câble à tout moment et me planter. Il faut faire avec mais c'est dur de ne pas se laisser marcher dessus et de ne pas répondre quand tu es provoqué..."               

 

À Marseille, plusieurs équipes par exemple de l'ASM (Association pour la Médiation Sociale) tentent au quotidien de créer du lien avec les élèves et de "réagir avant que ça n'éclate". Marvin et Anaïs par exemple :

Anaïs, Marvin, et Antoine de l'ASM, l'Association Sociale de Médiation

 

"Notre arme, c'est la parole on rencontre rarement des vrais durs, plutôt quelques fortes têtes. Les tensions que l'on vit dans les établissements scolaires traduisent surtout des incompréhensions, certains élèves ne comprennent pas ce qui se passent autour d'eux comme les règlements de compte par exemple et parfois ils n'arrivent plus à gérer."


 (À écouter ici)

Des élèves du lycée St-Charles de Marseille







Des policiers ou des vigiles devant les lycées
?


Comment faire pour lutter contre les violences aux abords des établissements ? Certains hommes politiques ou des proviseurs de lycées demandent par exemple la présence d'agents de sécurité devant les établissements. Une prise de position choquante pour beaucoup d'enseignants dont Caroline Chevet que nous avont rencontrée. Prof de philosophie au lycée Saint-Exupery dans les quartiers nord de Marseille et syndicaliste au SNES, elle considère que le travail des médiateurs doit suffire à apaiser les tensions car Marseille la solidaire est aussi la ville la plus pauvre de France. Comme nous l'ont confié par exemple les lycéens de Saint Exupery, on ne peut pas comprendre les phénomènes de violence qui touchent la ville sans les lier à la grande précarité de beaucoup d'habitants.        

(À écouter ici)

 

(Et ici)

Au lycée Saint-Exupery de Marseille
 





Le son de la semaine / DJ Khaleid - Do you mind

 

 

 


Crédits photos : Nasser Madji et AFP

 

+ de Mouv' Nation sur Mouv'
+ de Mouv' Nation sur Facebook

 

Commentaires