Marine Le Pen : un scénario à la Trump ?

Mouv' Nation Vendredi 10 mars 2017

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A Marseille, Marine Le Pen
À 43 jours de l'échéance, la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle est de plus en plus probable. À Marseille, ses partisans croient même à la victoire finale. Dans la cité de La Savine au Nord de la ville, la crainte de voir la présidente du FN l'emporter ravivent les angoisses.

MOUV' NATION #S2E24 : Marine Le Pen : un scénario à la Trump ?

Marine Le Pen peut-elle devenir présidente de la République ? Il y a quelques mois encore, cette évocation pouvait passer pour de la provocation. À quelques semaines du premier tour, plus rien ne semble impossible. L'élection de Donald Trump aux États-Unis a prouvé qu'une telle éventualité pouvait se produire. Et même si la France n'est pas l'Amérique, notre campagne présidentielle est si imprévisible que ne pas envisager une victoire de Marine Le Pen en mai prochain reviendrait à se voiler la face. L'offre politique en France ne répond plus aux attentes de la plupart. L'affaire Fillon a complètement désorienté les électeurs de droite, le PS lui n'en finit plus de se diviser et les ténors du parti préfèrent aujourd'hui rejoindre le centriste Emmanuel Macron plutôt que Benoit Hamon, candidat pourtant désigné à la primaire de la gauche. Si l'on ajoute à cette situation le risque d'une abstention record et une exaspération énorme des électeurs, alors Marine Le Pen a quelques chances d'entrer à l'Elysée. Sur le terrain en tout cas, personne ne prend cette possibilité à la légère. À Marseille où nous nous sommes rendus, les électeurs et les militants du FN attendent presque tranquillement l'élection du mois prochain. Dans les quartiers populaires en revanche c'est souvent l'angoisse qui prédomine comme à La Savine où le FN est depuis des années synonyme de haine et d'intolérance.

Le Mix : "Marine Le Pen présidente : et si c'était possible ?" 

 

Marine Le Pen, elle est dure mais j'ai envie de lui faire confiance. 


 

C'est dans le 13ème arrondissement de Marseille que nous avons retrouvé quatre jeunes militants du Front National. Enzo, Gérald, Alexia, et Sandra vont régulièrement sur le terrain pour faire campagne pour "Marine". Cette fois, il s'agit d'une opération de "boitage" qui consiste à distribuer des tracts dans le plus de boites aux lettres possibles.

Des tracts pour Marine Le Pen... qui ressemblent à un magazine féminin.

Le 13ème est un territoire très favorable à Marine Le Pen, quartier pavillonnaire éloigné des quartiers nord et des cités populaires, c'est là que Stéphane Ravier, sénateur FN, est devenu maire du 7ème secteur. Ici, les gens votent FN "contre l'immigration" ou "par ras-le-bol" comme nous l'a confiée une habitante partisane de Marine Le Pen. Une autre veut dit-elle lui faire confiance mais sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi. Le rejet de la classe politique est tel que Marine Le Pen parvient pour beaucoup à incarner un espoir dans cette campagne électorale. Les militants du FN l'ont bien compris et jouent sans cesse la carte antisystème. Pourtant le FN est aujourd'hui le mouvement politique qui est le plus inquiété par la justice. Dans l'affaire du financement du parti, le FN lui-même est mis en examen, le vice-président du FN est lui aussi mis en examen, le trésorier du FN également, tout comme des conseillers de Marine Le Pen.

"Les affaires judiciaires du FN ? Du bla -bla, du vent. Marine Le Pen n'a tué personne". Enzo, 24 ans, militant Front National.

Du vent ! Tout comme les sympathisants de François Fillon ou de Nicolas Sarkozy, eux-aussi poursuivis par la justice, les militants frontistes balaient du revers de la main la suspicion qui entoure leur parti, et préfèrent sans surprise pointer du doigt "les 300 millions d'immigrés qui risquent un jour d'arriver en France".  

(À écouter ici)

Gérald, Enzo, Sandra, et Aléxia militent pour le FN à Marseille

Les Le Pen, c'est une entreprise familiale qui profite de la misère des gens pour dénoncer les immigrés.  


 

Dans le quartier de La Savine à Marseille, on vote peu pour Marine Le Pen. Disons qu'on vote peu en général. L'abstention y est en effet très élevée mais cette petite cité des quartiers nord a une histoire avec le FN qui ne laisse personne insensible là-bas. En 1995, un jeune du quartier a été tué par des colleurs d'affiches du Front National. Un crime raciste jugé et reconnu comme tel. Ibrahim Ali, français de 17 ans d'origine comorienne, rentrait d'un concert quand il a été abattu d'une balle dans le dos. A l'époque, le numéro deux du FN Bruno Megret était venu au procès défendre les militants du FN mettant en avant "l'immigration massive". Soly, médiateur social et membre de l'association Sound Musical School B Vice de La Savine se souvient "d'un jeune sans histoire qui voulait juste être comédien" et qui a eu le malheur de croiser des membres du FN à la sortie d'un concert :

Le nom n'a pas changé, la philosophie non plus. Marine Le Pen a un discours plus policé c'est tout. C'est la faillite des autres partis qui fait le succès du Front National, on n'est plus dans une vraie démocratie.


 

22 ans après, le Front National dit avoir "purgé" de ses rangs les militants les plus radicaux... et à quelques kilomètres du lieu où Ibrahim a trouvé la mort, on trouve maintenant une mairie Front National.

"Aujourd'hui les gens votent Le Pen pour tout ou rien résume Mathilde, une habitante de la Savine, on vote FN parce qu'on a raté un entretien d'embauche ou parce qu'on s'est fait crever un pneu de voiture, ça me fait peur, avant d'ajouter" :

À cause du Front National, j'en viens à me demander si je suis légitime dans mon pays alors que je suis Française. Aujourd'hui il y a des quartiers que j'évite. On me traite de sale nègre.


 

(À écouter ici)

Mathilde, et Solly, devant le Sound Musical School B Vice à la Savine à Marseille.

Le son de la semaine choisi par Assraf : Sniper - Du rire aux larmes



Crédits photo : Nasser Madji / Marion Lagardère

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