Macron : le candidat qui te voit déjà milliardaire

Mouv' Nation Vendredi 03 mars 2017

Réécoute
g
Il est le plus jeune des candidats à la présidentielle : Emmanuel Macron, 39 ans, a enfin présenté son programme hier. L'ancien ministre de François Hollande suscite la curiosité mais doit faire face aux critiques notamment quand il défend l'uberisation de l'économie. Reportage à Toulouse et à Paris.

MOUV' NATION #S2E23 :

"Il vaut mieux qu'un jeune des quartiers travaille chez UBER plutôt que de tenir les murs ou dealer". Cette phrase d'Emmanuel Macron qui aimerait que "les jeunes Français rêvent d'être milliardaires" résume assez bien l'état d'esprit du candidat à la présidentielle pour qui "l'économie collaborative" serait facteur de croissance. Le candidat d'En Marche part du principe qu'il vaut mieux avoir un job mal payé et sans protection sociale plutôt que de ne rien faire. Pour les jeunes des quartiers populaires frappés par le chômage de masse, il n'y aurait donc plus beaucoup d'autres choix que dealer ou Uber. Ce serait même pour les jeunes des banlieues "un retour à la dignité" selon l'ancien ministre de l'économie. Mais cette politique de dérégulation de l'économie est au contraire dangereuse selon ses détracteurs qui y voient la définition d'un capitalisme sauvage et la disparition annoncée de l'état dans sa vertu protectrice. C'est le sentiment de Sayah Baaroun que nous avons rencontré. Ce chauffeur VTC est devenu secrétaire général des chauffeurs privés pour dénoncer ce qu'il appelle l'esclavage moderne d'UBER. "Une fois toutes les charges payées, il nous reste 4 euros par heure et ça c'est la France que nous prépare Emmanuel Macron assure-t-il." Dans ce Mouv' Nation la parole également aux partisans de l'ancien ministre de l'économie et aux habitants de Toulouse que nous sommes allés interroger dans le cadre de Mouv' in the City.

LE MIX : "Macron, mais il est où le renouveau putain ?"

 

J'ai lu son livre, j'ai eu l'impression que c'est moi qui l'avait écrit. 


 

Le livre d'Emmanuel Macron s'appelle Révolution et il a d'emblée séduit Océane. Quelques mois après, cette jeune Toulousaine qui n'était pas politisée milite pour son candidat et passe des heures à tenter de convaincre les indécis. C'est en plein centre de Toulouse que nous l'avons rejointe en compagnie notamment de Léo, un autre macroniste âgé de 18 ans. Léo est en première année de droit et il s’est intéressé à Macron en étudiant ses lois quand il était en terminale ES. De fil en aiguille et à travers les réseaux sociaux, il a fini par rejoindre l'équipe du candidat d'En Marche :

On nous dit qu’Emmanuel Macron arrive de nul part mais c’est ça qui est bien, les gens qui s’accrochent à leur mandat ça suffit, nous on veut du renouveau politique et en finir avec le clivage droite gauche.


 

Justement, le positionnement politique d'Emmanuel Macron intrigue beaucoup ceux qu'on a rencontrés. Daniel par exemple qui a 30 ans. "J’ai du mal à le cerner, il fait beaucoup de grandes déclarations mais il n'y a rien de concret, c’est la première fois qu’à deux mois de la présidentielle, je ne sais pas pour qui voter". Emmanuel Macron a c'est vrai mis du temps à dévoiler son programme (téléchargeable ici) puisqu'il ne l'a fait qu'hier. D'autres Toulousains sont sans concession par exemple sur le traitement médiatique qui lui serait à priori favorable, c'est Marie qui parle :

Il parle de bienveillance mais ça veut dire quoi? Moi je pense que  c’est un bon communicant et les médias ont participé à la fabrication de son image. On nous dit : il est beau, il est jeune, il propose une autre voie, on nous martèle du Macron partout mais est-ce qu'il y a un intérêt réel des gens ? 

Bonne question. Ce qui est sûr, c'est que la candidature Macron intrigue et interpelle. Quant à sa proximité idéologique avec François Hollande, elle n'est pas là pour le servir comme le concède Océane :

On nous dit que Macron c’est la même chose que François Hollande mais leurs projets de société sont  totalement différents. C'est aussi idiot que de comparer Mélenchon et Poutou.


 

(À écouter ici)

 

 
Océane, et Léo, deux jeunes avec Emmanuel Macron.

 

L'ubérisation, c'est machiavélique : un intermédiaire possède une technologie numérique, il décide de tout et se gave. 

 
Même si ces derniers mois Emmanuel Macron a voulu prendre ses distances par rapport à Uber, il s'est toujours réclamé de cette nouvelle économie appelée "économie collaborative". Quand il était ministre de l'économie, il s'est même appuyé sur cette stratégie de dérégulation censée produire de la croissance. 
L'économie collaborative, c'est UBER donc mais aussi par exemple Amazon, Bla Bla Car, le Bon Coin, Airbnb... le principe est simple, un opérateur numérique met directement en lien des consommateurs pour faire baisser les prix mais court-circuitent par ailleurs toute l'économie classique comme les taxis, les hôteliers ou les libraires. Pire et on en a la preuve avec Uber, les salariés sont exploités, mal payés et finissent par être pris au piège par leur "employeur". C'est ce que dénonce par exemple Sayah Baaroun, chauffeur VTC et aujourd'hui responsable syndical. Selon lui, UBER a aussi bien réussi dans les banlieues parce qu'il a "profité" du chômage de masse des jeunes prêts à tout pour trouver un emploi : 
 

Tous ceux qui rentrent là-dedans pour s'en sortir se font avoir et ils vont tous par finir par tomber. Ce sont les comptables, les assureurs, et les loueurs qui profitent d'Uber mais le chauffeur lui ne gagne rien. Ils ont essayé ce modèle économique sur les jeunes des banlieues mais on est pas des cobayes.



(À écouter ici)

Sayah Baaroun, chauffeur VTC 

 

Le son de la semaine : L'entourage - Jim Morrison

 


Crédit photo : Nasser Madji + AFP

+ de Mouv' Nation sur Mouv'
+ de Mouv' Nation sur Facebook


Commentaires