Lutter contre le sexisme : un combat sans fin ? [rediff]

Mouv' Nation Vendredi 17 février 2017

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Lutter contre le sexisme, un combat sans fin ?
Dans la pub, dans la rue bien sûr, mais aussi dans le monde politique, le sexisme est partout. Les femmes sont encore trop souvent harcelées, considérées comme des objets ou même agressées sexuellement en direct à la télévision. Un combat sans fin ?

MOUV' NATION #S2E8   Sexisme : un combat sans fin ?

La scène a été diffusée en direct à la télévision sur C8 le 13 octobre. Lors d'une émission spéciale de 35 heures de Touche Pas à Mon Poste, l'un des chroniqueurs de Cyril Hanouna, Jean-Michel Maire, a embrassé un sein de Soraya Riffy, une jeune femme censée incarner le rôle de Kim Kardashian lors d'un sketch. Une agression sexuelle caractérisée alors que Soraya Riffy venait de dire à plusieurs reprises qu'elle ne voulait pas être embrassée... sur la bouche. À ce jour le CSA a reçu près de 3000 plaintes de téléspectateurs outrés. Une séquence qui résume tristement la façon dont les femmes sont parfois considérées. Pour beaucoup, le corps de la femme reste un objet et la drague se transforme allégrement en harcèlement. Ce constat, on peut le faire à travers la société dans tous les milieux et il concerne toutes les classes d'âge.

Dans la publicité pour vendre une voiture, un parfum... ou un yaourt, le corps d'une femme dénudée ou en position de séduction est souvent mis en avant. Pourquoi ?

Dans la rue, les femmes s'autocensurent et évitent de mettre certains vêtements de peur d'être sifflées ou agressées. Est-ce normal ? En politique, ministres ou députés abusent de leur pouvoir dans des allusions graveleuses, des propositions ou des gestes déplacés... et tant pis pour l'exemplarité.

Mouv' Nation a choisi d'interroger celles et ceux qui ont décidé de dire NON. La BAS d'abord, ou Brigade AntiSexiste, un collectif qui agit dans la rue et détourne les publicités en dénonçant leur caractère sexiste quitte à démonter les abris bus pour placer leur propres affiches. Nous avons également rencontré deux jeunes femmes qui travaillent dans le milieu politique. Elles viennent de lancer un site internet qui s'appelle Chair collaboratrice pour dénoncer les comportements machistes et sexistes de certains élus. Enfin, on vous a demandé votre avis sur l'affaire Soraya et pour vous remettre l'histoire en tête, vous pouvez écouter le MIX de Mouv' Nation.

Un petit smack ? Elle a dit oui ? Non, j'ai dit non. 



 

Une femme dénudée dans une pub donne l'idée que les corps féminins sont toujours disponibles. 



Le sexisme est partout donc. Mais paradoxalement, il peut parfois être aussi moins visible qu'il y a quelques années. Dans la publicité par exemple, il peut se cacher dans les détails ou être enrobé d'humour, mais le message dans le fond reste le même et le corps de la femme est toujours utilisé comme un objet pour faire du business et vendre des produits.  
 

Un sexisme installé, habituel, qui rentre dans nos cerveaux jusqu'a ce que finalement la chose paraisse normale.

Pour lutter contre ce phénomène, des militant(es) féministes ont décidé de passer à l'action, c'est la Brigade antisexiste. L'idée c'est de déconstruire les publicités en les détournant ou en les dénonçant. Régulièrement, des membres de la BAS se retrouvent donc dans les rues de plusieurs villes de France pour coller des autocollants "SEXISTE" sur des abris bus ou des kiosques à journaux par exemple, ou en changeant carrément les affiches. Illégal ? Oui. "Mais on prend le risque de ces petites incivilités" nous explique Lucille qui ne rate jamais l'occasion de participer à une action de la BAS, "parce qu'on en a marre qu'on nous vende la jeunesse éternelle qui n'existe pas, parce qu'on en a assez qu'on nous culpabilise en nous incitant à mettre de la crème antiride avant 30 ans".

(À écouter ici)

Les militantes et les militants de la Brigade antisexiste

 

Quand j'étais mannequin, on me disait toujours : la femme est d'abord là pour mettre en valeur l'homme. 


 

On en a tous fait l'expérience, on marche dans la rue, on lève la tête, on croise un kiosque à journaux et on tombe sur une revue avec en couverture une femme jambes écartées, les seins à l'air et le visage masqué. Et on ne parle même pas des journaux pornos mais bien de magazines soi-disant d'actu ou culturels. Tout est bon en fait pour flatter les bas instincts et vendre du papier comme on dit. À la télévision, pas de seins nus (et encore) mais des comportements dégoulinants de machisme. "C'est juste pour rire", voilà ce que certains nous ont répondu quand on vous a demandé ce que vous pensiez de l'affaire de l'agression sexuelle chez Hanouna. Sauf que le sexisme, c'est comme le racisme. Et faire des blagues sur les Noirs ou les Arabes n'est pas plus drôle que de dénigrer les femmes.

(À écouter ici)

 

Vous portez une culotte mademoiselle ? 


 

"Vous portez une culotte mademoiselle" ? "Vous m'invitez chez vous ?"  "T’as l’air énervée, t’as pas baisé hier ou quoi" : ces réflexions sexistes n'ont pas été prononcées dans la rue ou dans le métro mais dans des cabinets ministériels, des permanences de députés ou des bureaux d'élus locaux.

On pourrait penser naïvement que le milieu politique pour cause d'exemplarité serait moins concerné par le machisme.

Faux. La prédominance des hommes est même un facteur aggravant (on compte par exemple moins de 30 % de femmes députés). Il y a quelques semaines, la mise en cause d'un parlementaire, Denis Baupin, accusé de harcèlements et d'agressions sexuelles a mis en lumière les attitudes de certains hommes politiques. L'affaire DSK n'était donc pas qu'un cas isolé, loin de là. Celles qui sont en première ligne ont décidé de réagir. Elles sont jeunes et travaillent aux côtés des élus et en ont plus que marre de subir ce genre de réflexions ou d'agissements. Elles ont donc lancé un site internet qui s'appelle Chair collaboratrices pour recueillir des témoignages... et mettre aussi un petit coup de pression à ceux qui continueraient de ne pas respecter les femmes qui les entourent.

(À écouter ici)

Charlotte Lestienne, 23 ans, et Julie Rozenkranz 25 ans, 2 initiatrices de "Chair collaboratrices"

 

Le son de la semaine choisi par la Brigade antisexiste : Aloise Sauvage - MADU
 




Crédits photos : Marion Lagardère et la Brigade antisexiste
 

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